Si le climat était une très grosse banque -too big to fail-,(1) il serait déjà sauvé !

Par centaines de milliards d’euros, les
gouvernements ont injecté des
montagnes d’argent, depuis un an,
pour sauver les banques perdues dans des
montages financiers les plus tordus. Et
c’est sans compter les garanties publiques
par milliers de milliards d’euros auxquelles
les gouvernements se sont engagés
pour soutenir le secteur bancaire... Rien
qu’en Europe, c’est pas moins de 3361
milliards d’euros (2) d’aides que la
Commission européenne a autorisé de
octobre 2008 à novembre 2009. Alors
qu’il n’ y aurait pas d’argent pour
résoudre les problèmes d’éducation dans
les pays pauvres (3) sans parler de la faim
dans le monde, les banques centrales
pour sauver le système d’un effondrement
total, trouvent comme par enchantement
les milliards nécessaires.

Et comme si une épidémie d’amnésie
générale frappait, les banques recommencent
à distribuer des bonus mirobolants
par milliards. La banque américaine
Goldman Sachs a mis de côté 11,4 milliards
de dollars pour distribuer à ses traders
(spéculateurs), mieux qu’en 2007,
« avant » la crise. Comme si les mêmes
causes n’allaient pas produire les mêmes
effets.

Pendant ce temps, les conséquences de
notre mode de vie et du système capitaliste
sont de plus en plus graves pour
notre environnement et le réchauffement
climatique. (4) C’est sans doute la plus
grande menace du XXI ème siècle. Le
sommet de Copenhage dans lequel des
millions de personnes avaient mis
d’énormes espoirs s’est terminé par un
échec : pas d’engagement précis, pas de
contraintes, ni de mode d’emploi pour ne
pas dépasser l’augmentation de température
de 2° demandée par les scientifiques
du GIEC. (5) Le président (international)
des Amis de la Terre, Nnimmo
Bassey déclare : « Nous sommes écoeurés de
l’incapacité des pays riches à s’engager sur
les réductions d’émissions de gaz à effet de
serre qu’ils savent être nécessaires, en particulier
les Etats-Unis qui sont historiquement
le premier émetteur mondial de gaz à
effet de serre. » Alden Meyer, membre d’un
groupe de scientifiques qui a son siège à
Washington, l’Union of Concerned
Scientists relève que l’accord ne permet
pas de prévoir un palier, idéalement fixé
autour de 2015, après lequel les émissions
globales commenceraient à diminuer.
Or, pour les climatologues, « il est
d’une importance critique d’avoir un
palier puis une décroissance qui commencerait
bientôt ». Un point clé qu’a
aussi souligné le plus haut responsable de
l’ONU pour le climat, Yvo de Boer, à la
clôture de la conférence de Copenhague.
« La possibilité de rester dans la fenêtre
d’opportunité scientifique est de plus en
plus réduite », a-t-il prévenu.

Alors que faire ? Nous ne pouvons
renoncer à la limitation des émissions de
CO2, sauf si nous pensons avoir une
autre solution. Si le découragement vous
gagne et que vous pensez que nos tentatives
pour diminuer nos émissions sont
inutiles, pensez aux efforts que cela
demanderait de s’adapter à la catastrophe
qui s’annonce.

Comment un système économique,
basé sur la production et la consommation
de biens infinis, pourrait changer de
direction ? Pour relancer la machine, le
système demande à chacun d’entre nous
par la publicité de consommer plus pour
relancer la croissance économique (et
donc des gaz à effet de serre). Et cette
croissance est l’objet principal de toutes
les attentions de nos représentants politiques.
Et en même temps, le réchauffement
demande de réduire de manière
importante nos rejets de gaz à effets de
serre. C’est comment dire, tout à fait
schizophrène ! Comment y arriver sans
changer notre mode de vie ? Nous savons
bien qu’il est temps car il quand il fera
trop chaud, les carottes seront cuites !

Nous sommes de plus en plus nombreux
à prendre conscience que la croissance
économique n’arrange rien et,
qu’au contraire, elle est le « moteur » des
crises. Face à ce constat et face à l’incapacité
pour la grande majorité de nos représentants
politiques de faire cette analyse
et d’en tirer les conséquences, de plus en
plus de citoyens souhaitent ne plus
attendre et passer à l’action ; d’abord dans
leur vie, en attendant que des actions collectives
puissent se développer.

L’expérience dans les groupes de simplicité
volontaire montre que lorsque
nous abordons la thématique « Les
meilleurs moments de notre vie », chacun
en arrive à la conclusion que c’est toujours
lié à une relation avec un autre être
humain et non à l’achat ou la possession
d’un bien matériel. Aux Amis de la Terre,
nous aimons bien cette phrase de Gandhi
qui nous invite « à être le changement
que nous voulons voir dans ce monde ».
Est-ce que nous vivons une époque où
nous pouvons nous permettre de ne pas
essayer ?

Patrick Olczyk

Notes
(1) « Too big to fail » : « Trop grosse pour tomber
 » expression employée pour désigner les banques
dont la taille et le poids dans l’économie entraîne un
risque systémique pour tout le système financier et
le système économique comme la crise de 2008 l’a
démontrée avec la faillite de Lehman Brothers

(2) CFO World News : « D’octobre 2008 à
novembre 2009, la Commission européenne, gendarme
européen de la concurrence, a comptabilisé
toutes les aides qu’elle a autorisées pour soutenir le
secteur bancaire : 3361 milliards d’euros. Moins de
30% de ces aides ont pour l’instant été utilisées, soit
958 milliards d’euros. Dont 216,15 milliards proviennent
d’aides directes des États, soit 1,7 % du
PIB européen ».
⚠️ <html>http://www.cfoworld.lu/index.php?option=com_co</html>
ntent&task=view&id=959&Itemid=80

(3) Selon le Rapport de l’Unesco du 24 avril 2009,
“une aide annuelle estimée à 11 milliards de dollars
serait nécessaire pour atteindre les objectifs clés en
matière d’éducation dans les pays les plus pauvres du
monde. En 2007, l’aide à l’éducation de base dans ces
pays n’a atteint que 2,6 milliards de dollars, soit le
quart du montant nécessaire, et elle représente une
fraction infime des quelque milliers de milliards de
dollars injectés dans les banques et les secteurs frappés
par la crise économique mondiale”.

(4) Je dirais plutôt « catastrophe climatique »

(5) GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental
sur l’évolution du climat.