Le pétrole, on ne parle plus que de lui ou plutôt de son prix qui n’en finit pas de monter.

Pour quelles raisons ?

Nombre de causes sont avancées : les spéculateurs qui après avoir « perdu » le juteux marché immobilier américain ont trouvé une autre manne ; la consommation croissante des pays émergents comme l’Inde et la Chine qui sont devenues nos lointaines usines ; des problèmes d’exploitation technique dans des pays africains ; etc.

Sans être fausses, ces raisons masquent une vérité encore difficile à reconnaître, à accepter : la production mondiale de pétrole est arrivée à son maximum et les demandes d’accroissement de production de tous nos super premiers et chefs d’état n’y feront rien. Il faudra faire avec de moins en moins de pétrole et personne ne s’y est préparé, ni les citoyens, ni les états ! Au mieux, une structure politique internationale limitera la consommation de chaque pays garantissant en contrepartie un prix stable et convenu. Au pire, on continue à faire confiance au « marché » avec « l’offre et la demande » qui fixe le prix et alors...

L’Eau, ressource essentielle pourtant renouvelable, suivra-t-elle cette voie ?

On pourrait bien le croire quand on entend dire qu’elle devient rare, que la solution est sa « marchandisation », sa « privatisation » pour en optimiser l’exploitation.
Riccardo Petrella dans sa conférence « Faire la Paix avec l’Eau » du Je 22 mai à l’université de Liège a remarquablement montré comment ce processus de « marchandisation », de « pétrolisation » de l’eau se met en place et à qui il profite.

Devant plus d’une centaine d’universitaires et spécialistes du secteur public et privé de l’eau, il a aussi clairement soutenu quelques idées fortes des Amis de la Terre avec la verve qui lui est habituelle :

- le WC est un scandale : un tiers de la consommation domestique d’eau potable y passe ;
- le potentiel de l’eau de pluie qui tombe sur nos toits est complètement négligé ;
- les solutions doivent d’abord être locales et la construction de grands barrages est une erreur maintenant bien démontrée.

Les discussions successives de nos spécialistes de la « gestion domestique durable » de l’eau avec Riccardo Petrella se concrétisent ainsi dans les conférences d’une des personnalités mondiales les plus médiatiques sur ce sujet important.

Au niveau politique, devant le milliard et demi de personnes n’ayant pas, aujourd’hui, accès à l’eau potable principalement parce qu’elles sont pauvres, Ricardo Petrella réclame la mise en place rapide d’une fiscalité mondiale qui pourra redistribuer une aide efficace à cette partie de l’humanité actuellement complètement oubliée. Cette fiscalisation mondiale serait, pour lui, la plus grande avancée sociale de notre siècle.

Autant pour le pétrole, c’est d’abord d’actions de réduction de la demande dans nos pays riches dont nous avons besoin, autant pour l’eau, c’est le refus collectif d’en accepter la marchandisation qui doit être notre priorité.

Ezio Gandin

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