Dans un précédent article de notre SaluTerre, nous avons mis l’accent sur la seconde moitié de l’âge du pétrole qui se profile à l’horizon. Comme le confirment aujourd’hui de nombreux scientifiques, le « pic pétrolier » est imminent. Il y aura toujours du pétrole dans le sous-sol, mais son extraction deviendra de plus en plus difficile à pratiquer et à rentabiliser. Au-delà de ce pic, des pénuries au niveau mondial s’ajouteront inexorablement au prix devenu alors très élevé, malgré les réserves toujours existantes. Dans les pays occidentaux, dits « riches ou développés », la dépendance de tous les secteurs économiques au pétrole abondant et bon marché est telle qu’une autre économie devra être « expérimentée » pour éviter un crash économique et social.

"Voyageur,
il n’y a pas de routes,
les routes
se font en voyageant"

Proverbe espagnol

Malheureusement, le problème du pic pétrolier est sous-évalué par la majeure partie de la population. Et quand bien même on accepte la venue de ce pic, certains voudraient nous rassurer en nous affirmant que les futures avancées de la technologie viendront à bout de la raréfaction du pétrole. Nous pensons que c’est une illusion : les découvertes technologiques, si tant est qu’elles se réalisent, ne seront vraisemblablement jamais assez rapidement et massivement en application pour compenser la réduction inéluctable des énergies fossiles. Non, ce n’est pas un problème de disparition du pétrole ou de technologie à améliorer mais c’est bien un problème de changement d’ère, la fin de la civilisation du pétrole. C’est toute notre manière de vivre qui doit être remise en question.

Au-delà de ce constat, certains citoyens de notre petite planète ont décidé de prendre leur avenir en mains et de rejoindre le réseau des « Transition Towns », les « Villes en Transition ». Le concept a vu le jour en Grande-Bretagne, initié par Rob Hopkins, et a été progressivement mis en place par quelques villes pionnières comme Totnes (2006) ou Kinsale. Le nombre de « Transition Towns » s’étend aujourd’hui comme une tache d’huile (!) vers les USA, l’Australie, la Nouvelle-Zeelande. Au Japon et au Chili, deux villes viennent de rejoindre le mouvement. Des initiatives sont en projet en France, en Italie. La Belgique n’est pas en reste puisqu’en Flandre les premières séances d’information à l’intention des citoyens intéressés par ce projet ont été lancées cet automne par une petite association écologiste.

Et en Wallonie demandez-vous ? Il ne tient qu’à nous de rejoindre les pionniers qui ont décidé de relever le défit de ce changement imposé de civilisation

Mais pourquoi une Commune,
une Ville dite « en transition ? »

Dans le but de qualifier une entité « locale » qui se donne pour objectif de se bâtir un futur moins gourmand en énergie et de se doter d’une meilleure aptitude de « résilience », c’est-à-dire à faire face aux nouvelles contraintes énergétiques, écologiques, sociales, économiques.... Construire cette résilience de la communauté humaine locale, c’est renforcer sa capacité à absorber les chocs qui accompagneront la fin de l’ère du pétrole. Il n’est pas question d’un retour en arrière ; il s’agit d’être plus autonome en termes de nourriture, d’énergie, d’emploi, de transports et d’économie. Ceci implique de : re-localiser une grande partie des activités (afin de devenir moins dépendant des importations/exportations) ; relocaliser le travail ; changer ses habitudes en matière de déplacements, de consommation... En pratique, il faut mettre en place un “plan de descente énergétique” qui vise le long terme car tous les paramètres d’une société trop énergivore ne se changent pas en un ou deux ans. L’important est d’anticiper et de ne pas attendre que le « réservoir » soit vide : il s’agit de commencer la transition dès aujourd’hui.

D’importantes initiatives officielles visant la « durabilité », au-delà du pétrole, ont déjà été lancées aux Etats-Unis, par exemple le projet de descente énergétique de la ville de Portland (600.000 habitants) sur la côte ouest des USA. Mais la particularité des « Transition Towns » réside dans le fait qu’elles émanent de la population même et non des autorités publiques, même si très rapidement, la collaboration avec les pouvoirs publics locaux est fortement souhaitable. L’initiative et la mobilisation des « villes en transition » s’inscrit dans une optique de changement souhaité, voulu, maîtrisé et non imposé comme il se produirait de toute façon avec la disparition progressive du pétrole.

En pratique, le but d’une initiative de transition est de susciter, de coordonner ou de soutenir les différents projets qui émanent de la communauté en créant des groupes de travail thématiques : alimentation, déchets, énergie, enseignement, déplacements, logement... Le mouvement actuel des « Transition Towns » - « Communes et Villes en Transition » - donne une grande importance à la relation, à la discussion, à l’enrichissement mutuel, quelles que soient les différences des participants en terme de parcours personnel, d’âge, de compétences... Une grande place est donnée aux initiatives des jeunes et à l’éducation, car le monde de demain ce sont eux qui le construisent. Les anciens sont aussi mis en avant : leur expérience passée d’un monde moins dépendant au pétrole peut inspirer. Cette dynamique allie volontairement la force du groupe avec l’implication personnelle ; elle a le mérite de libérer le génie collectif et l’enthousiasme de la communauté. Surtout elle permet de construire des liens sociaux plus forts et plus durables.

A travers le monde, ce sont déjà plus de 50 villes qui sont officiellement entrées dans un processus de transition et plus de 700 groupes locaux sont en cours de formation... Parallèlement à ce développement fulgurant, un réseau bénévole, le « Transition Network », a été créé pour faire connaître le travail initié dans les communes de Totnes et de Kinsale. Sa vocation est d’inciter, d’informer, d’encourager et de relier les communautés (communes, villes, villages...) afin qu’après une phase de sensibilisation elles adoptent une initiative de transition. La constitution en réseaux permet de diffuser et de valoriser les acquis de chaque communauté.

Il est clair que ces initiatives rejoignent par beaucoup d’aspects les orientations, les motivations de la Simplicité Volontaire et de la Décroissance Economique Soutenable. Le but n’est pas de survivre, mais de vivre mieux, autrement ; de se recentrer sur l’essentiel.

En ce sens, les Amis de la Terre Belgique se sont positionnés et sont actifs via :
- un travail de réflexion, d’information et de diffusion au niveau du groupe « SOS », groupe de réflexion sur la Décroissance Economique Soutenable
- un groupe de pilotage qui encadre le travail de Véronika qui a rejoint les ATB pour mettre sur pied le lancement de la dynamique des Communes et Villes en transition en Belgique francophone.

Nous sommes certains que chacun à son niveau peut déjà s’inscrire aujourd’hui dans ce type de démarche et mettre en pratique des actions qui tendent à réduire ses émissions de carbone et sa dépendance aux énergies fossiles : préférer les transports en commun et le vélo, consommer local, changer une pelouse en potager, manger moins de viande. Chacun peut aussi resserrer les liens de la communauté locale en rejoignant un RES (réseau d’échange de savoirs), un SEL (service d’échange local) un GAC (groupement d’achats communs) ou le processus de Transition local, s’ils existent.

Si vous désirez aller plus loin, pour vous informer, soutenir ou pour initier un projet de transition, n’hésitez pas à venir nous rejoindre lors d’une réunion du groupe SOS ou à contacter Veronika au secrétariat de Dave ou par courriel :
veronika.paenhuyzen[at]amisdelaterre.be

Véronika