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Les éoliennes... pour ou contre ?

Mots-clés : #Economies d’énergie #changements climatiques #Energies renouvelables

Mis en ligne: mardi 3 février 2009 - Modifié : 16 février 2009

Au-delà de l’élément subjectif que constituent les aspects paysagers, le contexte de l’épuisement des sources d’énergie fossiles nécessite une réduction drastique de notre consommation d’énergie, un investissement massif dans les techniques les plus économes en énergie (l’efficacité énergétique), et un recours maximum à toutes les formes de production d’énergie renouvelable.

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éolienne

Je ne souhaite pas prendre position sur les aspects paysagers parfois mis en avant pour refuser leur implantation : cet élément me semble trop subjectif, et la décision d’utiliser ou non cet argument doit être laissée aux personnes qui seront amenées à vivre à proximité des lieux d’implantation.

Cet argument paysager est néanmoins fort ambigu, puisque certains acceptent sans broncher l’installation de lignes à haute tension dont les pylônes sont bien moins élégants que les éoliennes, sans même parler des câbles électriques qui rayent l’horizon de part en part...

Et sous ces paysages que nous prétendons défendre au nom des générations futures, nous n’hésitons pas à enterrer nos poubelles et nos déchets nucléaires.

N’oublions pas que les éoliennes ne sont la plupart du temps installées que pour une vingtaine d’années et que leur démantèlement, au profit éventuel d’autres techniques devenues entre-temps plus rentables, est non seulement aisé et peu coûteux, mais aussi garanti par un fonds financier constitué par leur promoteur.

Si certaines personnes et associations s’opposent systématiquement et sans nuance à tout projet d’implantation, il me semble pourtant utile d’adopter une approche plus calme et plus objective de cette problématique.

En effet, bien des chiffres et arguments avancés par ces détracteurs relèvent de la plus pure fantaisie.

Reprenons-en quelques-uns :

La production éolienne est aléatoire, car tributaire de la météo.

Cette variation de production est intégrée dans la gestion générale du réseau électrique.
De nombreux pays européens, plus en avance que nous dans le domaine éolien, gèrent ces variations sans le moindre problème. Par exemple, le Danemark où l’éolien assure actuellement plus de 25% de la production d’électricité, gère son réseau sans difficulté.

La période de fonctionnement d’une éolienne n’excèderait pas 120 jours par an.

Il s’agit là d’une période de fonctionnement fictive, équivalente à la pleine puissance de la machine. En réalité, une éolienne fonctionne presque tous les jours, mais à des puissances variables suivant la force du vent. C’est l’énergie totale annuelle qui compte et qui est reprise dans les calculs de rentabilité. Et cette rentabilité est bien réelle ! Sans cela, des pays comme l’Allemagne, le Danemark, et bien d’autres encore, n’auraient pas installé des milliers d’éoliennes sur leur territoire, et ne continueraient pas à en installer.

La production éolienne se retrouve à nouveau aux mains de lobbies industriels.

Nous regrettons vivement que les pouvoirs régionaux et communaux manquent, à quelques exceptions près, une réelle occasion de se réapproprier la maîtrise de la production d’énergie. Mais refuser l’énergie éolienne sous prétexte qu’elle n’est pas d’initiative publique ou citoyenne, c’est nécessairement laisser cette place à la production d’électricité nucléaire et donc à Electrabel qui ne peut raisonnablement pas être assimilée à une entreprise de « générosité publique ».

Alors, pourquoi, deux poids, deux mesures ?

Une éolienne nécessiterait pour sa construction plus d’énergie qu’elle n’en produit.

Le bilan énergétique pour la construction, l’exploitation et le démantèlement d’une éolienne est compensé, dans les cas les plus défavorables, en moins d’un an. Au-delà de cette période, l’éolienne produit une énergie 100% propre.
Par comparaison, une centrale nucléaire doit fonctionner pendant environ huit ans pour produire en électricité toute l’énergie qui a été consommée lors de sa construction (aciers, bétons, etc.) !

Tous les éléments de l’éolienne ne seraient pas recyclables.

98 % des matériaux employés sont recyclables, seules les pales constituées de fibre de verre doivent être traitées en décharge de classe 2 (déchets industriels non dangereux et déchets ménagers). Peut-on en dire autant pour les autres centrales de productions d’électricité (nucléaires notamment) ?

L’implantation d’éoliennes impliquerait une forte dépréciation immobilière.

Il est généralement admis l’existence d’un léger effet dépréciateur momentané sur la valeur immobilière locale, en cas d’annonce d’un projet éolien. Lorsque le projet est en fonction, l’immobilier reprend le cours normal du marché. La perte de 30% de valeur est par contre complètement fantaisiste et ne correspond en rien aux constats sur le terrain.

Pourquoi ne pas se limiter à l’implantation des éoliennes en mer ?

L’implantation en mer, est plus coûteuse que sur terre, et les conditions météo rendent plus difficile voire parfois momentanément impossibles les travaux de maintenance. Le meilleur rendement de ces installations compense néanmoins ces inconvénients. D’autre part, vu les espaces disponibles en mer (à la côte belge, du moins), et surtout, vu notre consommation boulimique d’énergie, il est également nécessaire d’installer des éoliennes sur terre, dans les zones qui s’y prêtent.


L’éolien a nécessité de gros investissements publics à la charge des citoyens
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Les technologies nouvelles ont toujours nécessité un soutien financier public lors des phases de recherche, de développement et de déploiement initial. Cela a été le cas pour toutes les sources d’énergie, fossiles et nucléaire inclus. Il est nécessaire de rappeler que, dans des pays comme la Belgique ou la France (p.ex.), environ 65% des subsides alloués par l’Etat vont... au nucléaire ( !), environ 30% aux énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon), et seulement environ 5% vont à toutes les énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolien, biomasse, etc.).

Ainsi, depuis les années ’70, l’Etat Belge alloue, chaque année, environ 150 millions d’euros au secteur nucléaire dans son ensemble (chiffres actualisés)...
Quant à la gestion des déchets radioactifs et le démantèlement des centrales nucléaires en fin de vie, nous pouvons nous attendre à de très mauvaises surprises financières... du moins si nous voulons gérer ces problèmes avec un minimum de sérieux et de sécurité sanitaire.

L’éolien constituerait un danger majeur pour la faune.
Probablement un des arguments les plus galvaudés !

Les chiffres avancés ne tiennent compte d’aucune réalité et négligent volontairement de faire mention des causes réelles de mortalité des oiseaux : 58% par collision avec les immeubles et les vitres, 14% par collision avec les lignes à haute tension, 11% par prédation par les chats domestiques, 8% par collision avec les automobiles, 7% à cause des pesticides, 1 % par la collision avec les tours de communication, et moins d’1 % pour les éoliennes.

Les chiffres avancés de 25 oiseaux/éolienne/an ne constituent donc qu’un mensonge de plus pour dénigrer l’éolien, et ne reposent sur aucune donnée fiable. Seule une étude approfondie préalable de l’avifaune locale et un suivi de plusieurs années permettraient de mesurer cet impact avec précision. Le principe de précaution dans et à proximité des sites Natura 2000 et en Zones de Protection Spéciale reste évidemment incontournable.

Les éoliennes seraient bruyantes.

Allez donc vous promener, par vent fort, sur les sites où sont implantées les grandes éoliennes de dernière génération. Vous jugerez par vous-même. Vous constaterez qu’elles ne font pas plus de bruit que... le vent dans les arbres ! Allez-y, prenez votre temps, écoutez...

Quant aux infrasons, ultrasons, ou autres « vibrations mystérieuses », ils sont plutôt le fruit d’imaginations inquiètes, ainsi que le produit d’appel de quelques sites Internet en mal d’audience.

Les éoliennes ne résisteraient pas aux tempêtes.

Comme toute construction humaine, une éolienne a une certaine résistance maximale, au-delà de laquelle son intégrité est menacée. Lors de sa conception, le fabricant tient compte des vitesses de vent maximales mesurées sur le site d’implantation, et majorées d’un coefficient de sécurité supplémentaire. Certaines éoliennes installées sur des îles, en plein océan, peuvent ainsi résister à des vents de plus de 250 Km/h !
Les dernières tempêtes européennes (en France notamment) ont fait des massacres parmi les pylônes de lignes à haute tension... mais aucune éolienne n’a souffert.
Bien sûr, un accident (dû à un défaut, p.ex.) peut toujours survenir. Mais dans le cas des éoliennes, les conséquences d’un tel accident n’ont aucune mesure de comparaison avec les perturbations provoquées par les bris de lignes à haute tension ... et ne parlons même pas des conséquences d’un échouage de pétrolier, ou d’un accident dans une centrale nucléaire...

D’autres aspects mériteraient encore d’être développés, mais la place manque ici pour le faire.

Je ne pourrai jamais assez inciter toutes les personnes confrontées à une demande de permis d’implantation d’éoliennes, de bien se renseigner et de réfléchir calmement avant d’émettre une opinion.

Il y a les éoliennes, mais il y a aussi tout le contexte...

Au rythme de la consommation mondiale actuelle, nous disposons de réserves de charbon pour une période de 100 à 200 ans, de pétrole pour 30 à 40 ans, de gaz naturel pour 60 à 80 ans et d’uranium pour 40 à 60 ans.

Au-delà, il restera un peu d’énergie fossile disponible mais sa rareté et les difficultés d’extraction, en influant sur les prix, la mettront hors de portée financière de la grande majorité de la population.

Cela revient à dire que notre génération (j’ai 56 ans), responsable de cette logique de surconsommation énergétique, ne laissera à la génération suivante (nos enfants) que peu de moyens pour leur permettre une vie comparable à la nôtre.

Pouvons-nous, de surcroît, leur refuser les moyens d’inverser cette tendance ?

Refuser l’éolien, n’est donc pas une démarche sans conséquence, et aura des implications extrêmement importantes sur la qualité de vie de ceux qui nous suivrons.

Mais, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !

L’éolien à lui seul ne résoudra pas grand-chose.

Sans une réduction drastique de notre consommation d’énergie, un investissement massif dans les techniques les plus économes en énergie (l’efficacité énergétique), et un recours maximum à toutes les formes de production d’énergie renouvelable (éolien, solaire photovoltaïque, solaire thermique, biomasse, hydraulique, etc.), les pénuries d’énergie, le changement climatique, et leurs conséquences désastreuses ont encore de beaux jours devant eux.

Pour éviter cela, il faut apprendre à vivre autrement .... Afin que nos enfants et petits enfants puissent tout simplement vivre !

Chacun doit assumer sa responsabilité sociétale, et agir à son niveau.

Dans l’association que je représente, bien des personnes ont déjà entamé ces changements : utilisation de l’eau de pluie, jardins potagers, panneaux solaires, amélioration de l’isolation, choix d’une électricité verte, modes de déplacements doux, consommation locale, etc.

C’est le moins que nous puissions faire.

Marcel Guillaume.

Président des Amis de la Terre-Belgique..