Comment le gaz alimente la pauvreté énergétique et le changement climatique

Répartition des ressources en gaz non conventionnel en Europe

« Pas cher, pratique, vert »… Cette flamme bleue éclatante… L’industrie du gaz a utilisé toutes ses cartes en main pour se vendre comme la source d’énergie de choix en Europe.

Mais alors que la pression monte pour éliminer progressivement les combustibles fossiles, l’industrie du gaz a réorganisé son marketing, présentant les chaudières à gaz fossile comme une réponse à la précarité énergétique. En fait, l’industrie du gaz instrumentalise les ménages pauvres en énergie dans le cadre de sa stratégie de relations publiques pour défendre ses intérêts et bloquer les propositions politiques visant à aller au-delà du gaz et à fournir des logements sans énergie fossile.

Mais les faits sont clairs. Le gaz n’est pas seulement dangereux pour le climat, il maintient les ménages enfermés dans la précarité énergétique cet hiver.

LE GAZ EST INSTABLE ET CHER

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PRIX INSTABLES : Les prix du gaz ont atteint des sommets records, avec une augmentation de 500 % en un an. Avant la crise énergétique, le prix du gaz pour les ménages européens avait augmenté régulièrement depuis une décennie déjà (+20% depuis 2008) tandis que le coût de l’électricité diminuait ( Eurostat : Prix du gaz naturel pour les ménages consommateurs, UE27, 2008-2020 ). Le gaz est une source d’énergie instable et coûteuse.

SUBVENTIONS ÉLEVÉES : Le gaz est fortement subventionné par les contribuables : une étude récente (en anglais) a révélé que l’UE (à elle seule) a accordé plus de 5 milliards d’euros de l’argent des contribuables à des projets gaziers. Il ne s’agit pas seulement d’infrastructures : les appareils à gaz sont également fortement subventionnés par les États membres. Au moins 19 pays de l’UE continuent de subventionner les nouvelles chaudières à gaz (jusqu’à 2 500 euros par foyer !) au lieu de soutenir des solutions plus sûres, plus propres et plus efficaces comme les pompes à chaleur .

LES RENOUVELABLES SONT MOINS CHER : Même avant la flambée des prix du gaz, la construction d’un nouveau parc éolien était déjà moins chère que l’exploitation d’une centrale électrique au gaz existante – et le gaz deviendra comparativement plus cher à mesure que le coût des énergies renouvelables continuera de baisser.

LE GAZ ACCENTUE LES INÉGALITÉS

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FACTURES IMPAYABLES : Les changements climatiques, les accidents techniques et la géopolitique font du gaz une source d’énergie peu fiable et coûteuse, exposant les ménages à des factures de chauffage et d’électricité volatiles. La flambée des prix du gaz fait basculer des millions de personnes supplémentaires au bord du gouffre cet hiver, vivant dans le froid, l’humidité et l’obscurité, ce qui nuit évidemment à la santé et à la dignité. Mais 50 millions d’Européens vivaient déjà dans la précarité énergétique avant la crise, selon une publication de 2018. Des estimations récentes de 2021 indiquent qu’un nombre impressionnant de 80 millions de foyers européens n’étaient pas en mesure d’éclairer, de chauffer ou de climatiser suffisamment leur maison. Au Royaume-Uni, l’augmentation des factures due à la crise énergétique actuelle pourrait pousser jusqu’à 1,5 million de foyers dans la précarité énergétique cet hiver.

LIMITÉE : On ne peut pas compter sur l’industrie du gaz pour atteindre les communautés marginalisées, malgré l’empressement des décideurs à voir le gaz comme une solution unique. Des études montrent que les zones rurales sont souvent exclues du réseau, car elles sont considérées comme non rentables par l’industrie gazière. Cela oblige les ménages à opter pour des solutions plus chères et plus facilement accessibles comme le mazout de chauffage, ce qui entraîne des inégalités régionales . Une autre raison pour laquelle nous avons besoin d’énergies renouvelables qui offrent des solutions propres et abordables pour tous.

INACCESSIBLE : Il y a ici un risque énorme pour une juste transition énergétique. Alors que les ménages à revenu élevé passent à un chauffage électrique plus propre, le système d’échange de quotas d’émission proposé pour les bâtiments et les transports signifierait que les ménages les plus pauvres, sans le soutien financier nécessaire pour mettre fin à leur dépendance aux combustibles fossiles, devront littéralement payer le prix de notre transition énergétique.

LE GAZ EST DANGEREUX

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ALIMENTER LE CHAOS CLIMATIQUE : En tant que combustible fossile, le gaz est un émetteur majeur de dioxyde de carbone et un facteur de dégradation du climat. L’industrie gazière rejette de grandes quantités de méthane dans l’atmosphère — à presque toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement — réchauffant davantage le climat. Les fuites de méthane, lorsqu’elles sont correctement prises en compte, rendent le gaz naturel aussi mauvais que le charbon. À l’échelle mondiale, l’augmentation des émissions de méthane (y compris du secteur de l’énergie) pourrait être responsable d’une augmentation de 0,6 °C des températures mondiales d’ici 2050, nous éloignant encore plus d’un avenir sûr et vivable. Le maintien d’un seuil de 1,5°C nécessite de sortir le plus rapidement possible des gaz fossiles.

PAS DE GAZ VERT : Pour justifier la construction de nouveaux pipelines et d’infrastructures gazières, l’industrie du gaz blanchit les gaz comme l’hydrogène en tant que remplacements «propres» possibles du gaz fossile. L’hydrogène n’est pas propre : l’hydrogène renouvelable représente moins de 0,1 % de l’hydrogène produit dans l’UE. C’est aussi très peu efficace : les pompes à chaleur produisent de la chaleur 6 fois plus efficacement que les chaudières à hydrogène . L’adaptation du réseau de gaz serait également extrêmement coûteuse : la recherche estime qu’elle pourrait tripler le coût total du chauffage. D’autres gaz dits verts comme le biogaz doivent être utilisés avec parcimonie, car ils contribuent au changement climatique.

LE GAZ EST UN DANGER POUR LA SANTÉ : Les appareils à gaz exposent les ménages à de nombreux polluants intérieurs dangereux qui peuvent causer de l’asthme et d’autres maladies respiratoires . Les poêles à gaz peuvent rendre l’air intérieur jusqu’à 5 fois plus pollué que l’air extérieur, tandis que les appareils de chauffage au gaz sont encore plus dangereux . Les accidents liés au gaz peuvent également être mortels : rien qu’en 2019, le gaz a causé 153 accidents en Italie, faisant 23 morts et 308 blessés.

CHAUFFER NOS MAISONS, PAS LE CLIMAT

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Le gaz n’est pas la réponse à la précarité énergétique. Voici plutôt ce dont nous avons besoin :

MAISONS SANS ÉNERGIES FOSSILES : Des alternatives propres et abordables pour décarboner les maisons existent déjà : les pompes à chaleur, les cuisinières à induction, le chauffage urbain maintiennent déjà les gens au chaud et à l’aise sans avoir besoin de gaz ou d’autres combustibles fossiles. La révision de la directive sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD) est l’occasion de propositions politiques audacieuses, notamment la suppression progressive des chaudières à gaz dans les nouveaux bâtiments d’ici 2025 et dans les bâtiments existants d’ici 2030.

DES RÉNOVATIONS MAINTENANT : des programmes de rénovation en profondeur sont essentiels pour réduire notre consommation d’énergie et notre pauvreté énergétique en même temps, offrant à chacun une maison chaleureuse sans brûler d’énergie inutile. Les normes minimales de performance énergétique dans le secteur résidentiel avec des garanties sociales sont un outil politique crucial pour y parvenir.

RÉORIENTATION DES SUBVENTIONS : Pour le climat et la justice sociale, l’argent public doit financer des solutions plutôt que de mettre de l’huile sur le feu. Les subventions aux fossiles doivent être progressivement supprimées et remplacées par un financement pour la rénovation des bâtiments et le chauffage durable. Le Fonds social pour le climat doit également disposer d’un financement substantiel pour faire face aux coûts initiaux d’une transition énergétique juste.

Des millions d’Européens vivent dans la précarité énergétique. Pour faire face aux urgences climatiques et sociales, des mesures urgentes sont nécessaires pour fournir à tous les ménages un logement décent et une énergie propre et abordable.

Le gaz est cher, peu fiable et dangereux. La dépendance de l’Europe au gaz maintient les gens enfermés dans la précarité énergétique et dans le froid cet hiver. Il est temps d’en terminer avec le gaz et de passer à autre chose.

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Un article des Amis de la Terre Europe. https://friendsoftheearth.eu/news/times-up-for-gas/