Depuis une quarantaine d’années, les infrastructures routières ont connu un développement colossal. Ce « tout à la voiture » pose cependant bien des problèmes. Embouteillages, pollution, le cadre de vie des riverains et la sécurité des autres usagers de la route en ont pâti. Aujourd’hui, des idées de déplacement alternatif émanent tant du politique que de l’associatif. Le train, le bus ou le vélo apportent leur solution. Pour autant que les autorités compétentes débloquent les fonds nécessaires.

Circuler librement, c’est se déplacer autrement !

En 25 ans, le nombre de voitures a doublé. Nous sommes loin d’avoir payé les conséquences de cette « évolution ». La récente crise pétrolière nous permet d’en juger. Cependant, dans le contrat d’avenir pour la Wallonie, le gouvernement s’est engagé à créer les conditions pour un changement. Certes, il faudra du temps, des moyens et surtout, une évolution des mentalités aussi bien dans le chef de la population que des responsables politiques. À l’occasion de la semaine de la mobilité, qui s’est déroulées du 22 au 30 septembre 2000, le ministre wallon de la Mobilité et des Transports, José Daras, a invité les associations, les communes, les écoles, les entreprises et les citoyens à lui soumettre des projets. Une soixantaine de ceux-ci ont été retenus : une mise à l’essai de nouvelles lignes de bus, la promotion du vélo dans les écoles, le multivoiturage,... Le Ministre en a également profité pour lancer officiellement un vaste programme d’éducation au vélo. Afin de mettre en oeuvre le volet « mobilité douce » du Contrat d’Avenir, il a annoncé 3 initiatives visant à développer, en collaboration avec des mouvements associatifs, la pratique du vélo.

« à bicyclette... »

Parallèlement à l’aménagement des voiries pour la seule automobile, l’utilisation de la bicyclette n’a logiquement cessé de décroître. D’autres causes ne sont pas à négliger comme la disparition progressive des équipements destinés au cyclistes (abris et remises-vélo dans les entreprises et dans les écoles). Certains prétexteront que la Wallonie ne se prête pas à la pratique du vélo en raison des caprices de notre climat ou du côté abrupt de notre relief ! En outre, il existe un obstacle culturel qui s’oppose à l’usage du vélo comme moyen de déplacement ; il apparaît le plus souvent réservé aux loisirs et au sport. D’autres objecteront que jupette, talon aiguille et costume cravate se conjuguent mal avec dérailleur, intempéries et transpiration...! Sans compter le poids colossal des cartables que doivent supporter les écoliers. Pour parvenir à réconcilier le citoyen avec le vélo, une première étape consiste à proposer des infrastructures performantes via un réseau de voies cyclables sur l’ensemble du territoire. Sa mise en place est prévue dans le Contrat d’Avenir pour la Wallonie. Si la Wallonie désire se doter d’un tel réseau dans un délai de 10 ans, elle devra y consacrer un budget adéquat.

"Les deux cent cinquante communes et les cinq provinces devront contribuer à cet effort. Pour les y aider, j’ai décidé de consacrer, cette année, l’ensemble de mon budget d’impulsion destiné aux plans de mobilité, soit 75 millions de francs, à la construction de pistes cyclables, de parcs-vélo et à d’autres mesures pour inciter le personnel communal à utiliser la bicyclette."

souligne le Ministre José Daras. Une deuxième condition simultanée avec la première vise à aider les Wallons à vaincre leurs appréhensions et leurs préjugés à l’égard des deux roues et les former à une conduite préventive. Ce qui leur permettra de circuler en sécurité tant que les infrastructures ne sont pas entièrement aménagées.

Remettre les Wallons en selle

L’un des principaux obstacles souvent invoqués pour l’usage du vélo comme moyen de déplacement concerne les risques du trafic et la peur qui en résulte. Or, parmi les différents facteurs dont dépend la sécurité du cycliste, le comportement de ce dernier a toute son importance. Afin d’apporter aux personnes une réponse à la difficulté majeure que représente le danger du trafic, le G.R.A.C.Q. (Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens) organise depuis déjà de nombreuses années des séances de vélo-école, principalement à Bruxelles et à Liège. Pour rouler dans la circulation, il faut savoir manier un vélo et connaître les principales règles du code de la route, mais aussi être capable de déjouer les pièges d’une infrastructure routière en général non conçue pour les cyclistes. Se déplacer à bicyclette demande l’adoption d’un certain nombre de règles élémentaires de prudence et de vigilance. L’objectif principal de la vélo-école consiste précisément à habituer le public à prendre sa place dans le trafic, à surmonter ses craintes et à en acquérir une maîtrise suffisante. Elle s’adresse à tout le monde, jeunes et adultes, cyclistes débutants ou confirmés. L’expérience et la compétence du G.R.A.C.Q. a permis au Ministre José Daras de donner, le 27 septembre dernier, le coup d’envoi de la première école de moniteurs de vélo-ecole en Europe. L’école des moniteurs a pour mission de former les animateurs aptes à dispenser des cours de vélo-école et d’encadrer une balade-école mais aussi de proposer leurs services aux communes et aux associations qui le souhaitent.

La vélo-école des familles

La Ligue des Familles, association regroupant environ 100.000 familles des communautés francophones et germanophones, vient de se doter d’une série d’outils de formation permanente concernant les déplacements des familles. Ainsi, depuis le 27 septembre 2000, la Ligue des Familles met en place un réseau de vélo-écoles des familles. De plus, une collaboration avec l’École Wallone des moniteurs de vélo-école est établie, permettant aux sections locales de la Ligue des Familles de bénéficier de l’aide d’un moniteur breveté pour organiser une vélo-école dans leur commune.

Un guide du ramassage scolaire à vélo

Les statistiques révèlent que seulement 3 % des enfants se rendent à l’école en vélo. Ce faible pourcentage s’explique par le fait que les parents jugent plus sûr de déposer leurs enfants en voiture. En 1997, un ramassage scolaire à vélo est organisé à Naninne, près de Namur par l’association Pro vélo. Ce ramassage a rassemblé jusqu’à 40 élèves. Aujourd’hui, il n’est plus organisé. Le cliché « vélo = danger » s’est progressivement estompé et les élèves se déplacent maintenant de manière autonome. Ainsi, une trentaine de vélos garnissent le range-vélo de l’école de Naninne. Le bilan est plus que positifi : des enfants ravis, des parents rassurés, les abords de l’école plus sûrs, un village plus accueillant.

Selon l’étude du Professeur Toint consacrée à la mobilité des ménages, 33 % des déplacements sont inférieurs à 2 Km et 54 % à moins de 5 Km. Par conséquent, la moitié de nos déplacements sont donc adaptés à l’utilisation du vélo. Et pourtant, aujourd’hui encore, le vélo joue un rôle bien trop marginal dans la mobilité des Wallons. Il est bien évident que le vélo ne convient pas pour tous les types de déplacements. Cependant, si 20 % des personnes qui font moins de 3 Km ou qui conduisent leurs enfants à l’école en voiture, prenaient l’option de la bicyclette, cela représenterait 10 % de trajets automobiles en moins. Les avantages ne manqueraient pas : économies de carburant, économies pour les ménages, qui pourraient éventuellement se passer d’une deuxième voiture, et meilleure fluidité du trafic. Alléchant non ?

Enfin, une loi réglemente l’ « indemnité bicyclette » qui s’élève à 6 BEF/Km. Elle est octroyée par l’employeur aux travailleurs qui effectuent entièrement ou partiellement à vélo le trajet de leur domicile à leur lieu de travail. De plus, cette indemnité est exonérée de l’impôt sur les revenus et cotisations de sécurité sociale.

Partager une voiture plutôt que de l’acheter

Principalement dans les grandes villes, l’occupation de la voirie par les voitures réduit la place disponible pour les piétons et les transports publics. Dans ce contexte de saturation quasi quotidienne, un système parti de Suisse et d’Allemagne pourrait bien en réduire, du moins partiellement, les conséquences.

Le multivoiturage ou car-sharring est un système de location de voitures qui propose un service alternatif et équivalent à la possession d’une voiture privée, principalement pour les ménages urbains. Ainsi, on n’achète plus une automobile mais on en loue une quand on en a besoin. Avantages de la formule : plus de problèmes de stationnement, d’entretien et de réparation. En outre, en considérant qu’une voiture partagée remplace 5 véhicules privés, le multivoiturage permet de regagner l’espace dont la ville a besoin. Aux Pays-Bas, le système a pris sa vitesse de croisière et démarre en Grande-Bretagne. Concrètement, les véhicules peuvent être empruntés à tout moment. La réservation se fait par un simple coup de téléphone à la centrale. La durée de location peut varier d’une heure à plusieurs jours. Les véhicules sont disponibles en permanence dans différentes stations disséminées dans la ville en stationnements réservés. Pour l’ouverture de la voiture, on utilise sa carte magnétique d’abonné.

Au niveau du coût, l’abonné verse d’abord une caution de plus ou moins 25.000 BEF. L’abonnement annuel revient à 250 BEF. Pour l’utilisation du véhicule, le prix est fonction des kilomètres parcourus et du temps d’utilisation. En outre, le client a la liberté de choisir entre différents types de voitures. A Cologne, la plus grande station européenne dispose d’environ 300 véhicules et le client peut s’en procurer à moins de 10 minutes à pied de son domicile.

Quant à la Belgique, le projet d’implantation d’une société de multivoiturage est toujours à l’étude. Selon le cabinet du Ministre régional des Transports et de la Mobilité, différents sites, principalement des grandes villes, devraient être déterminés pour fin 2000 ou début 2001. Il semble que Charleroi et Liège pourraient être les premières villes à emboîter le pas. L’idée est de promouvoir une utilisation rationnelle de l’automobile en complémentarité avec les transports en commun. À ce sujet, des négociations sont en cours. Le multivoiturage propose donc aux citadins dont les besoins sont en général assurés grâce aux transports en commun, une alternative à l’achat d’une voiture dont l’usage n’est qu’occasionnel. Aristote n’a-t-il pas dit : « la richesse réside bien plus dans l’utilisation que dans la possession » ?