Nous venons de vivre un petit épisode de baisse des prix pétroliers. Pas d’illusions toutefois : nombreux sont les spécialistes qui s’accordent pour dire qu’une fois quelques mécanismes de régulation instaurés et une reprise de la demande relancée les cours du brut vont rapidement reprendre leur tendance à la hausse. Mais qu’en est-il des réserves ?

Jusqu’à son dernier rapport annuel, l’Agence internationale de l’Energie (AIE) ne prenait pas du tout au sérieux ceux qui prétendaient que celles-ci pourraient atteindre leurs limites. Mais entre 2007 et 2008, l’Agence a totalement changé d’interprétation et suggère pour la première fois dans son dernier rapport un scénario où les approvisionnements mondiaux de pétrole pourraient atteindre leurs limites. Il y a peu, dans une interview au journal “The Guardian” (15/12/08) Fatih Birol, économiste consultant pour l’AIE résumait ses recherches comme suit : « Cette année, nous avons examiné la situation pays par pays, gisement par gisement, y compris les gisements off shore. Nous sommes allés vraiment dans le détail. L’an passé c’était une intuition, et cette année c’est la conclusion de notre recherche (...) En termes d’image globale, en supposant que l’OPEP investisse d’une façon opportune, le pétrole traditionnel global pourra continuer à être produit, mais nous escomptons quand même qu’il atteigne un plateau vers 2020, ce qui ne constitue évidemment pas une bonne nouvelle du point de vue de l’approvisionnement global ».

Donc si ce monsieur ne se trompe pas dans ses prévisions, il nous reste environ 11 ans pour nous préparer... Mais faut-il réellement attendre la dernière minute ? Ne sera-t-il pas trop tard ? Doit-on attendre le choc pour réagir ? Avons-nous encore assez de temps pour mettre en place de manière généralisée des énergies alternatives efficaces et réorienter nos modes de vie vers une utilisation plus sobre et responsable des ressources de notre amie la Terre ?

De leur côté, les compagnies pétrolières ne semblent pas trop se poser de questions, s’accrochant dur comme fer à l’or noir et continuant à rechercher du pétrole à tout prix même si il doit être moins rentable ou détruire les derniers vestiges d’une nature inviolée... Ainsi, au Pérou, un projet d’exploitation pétrolière de la compagnie Pernco menace les derniers indiens isolés de la forêt amazonienne et leur biotope, misant sur un potentiel de production qui s’élèvera jusqu’à 100 000 barils de pétrole par jour.

En Alberta (Canada) l’exploitation destructrice des sables bitumineux de surface se développe, frisant la catastrophe environnementale. En effet, ces installations nécessitent une grande quantité d’énergie, (obtenue à partir du gaz naturel !), pour produire la chaleur et l’électricité nécessaires aux activités de récupération d’extraction et de raffinage de ce pétrole lourd, dit également non conventionnel.

En outre, 2 à 5 barils d’eau douce sont indispensables pour produire un seul baril de pétrole et les eaux usées rejetées sont toxiques détruisant ainsi l’écosystème d’une région entière du Canada. Malgré cela, de nouveaux investissements sont mis en place pour re-développer l’activité.

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Au lieu de profiter de cette accalmie dans l’oeil du cyclone pour accélerer le changement de notre mode de vie source de gaspillage de ressouces limitées, on nous incite à consommer tant qu’il en reste.

Jusqu’à une époque récente, il était trop coûteux et complexe d’exploiter les sables bitumineux pour produire du pétrole. Ces dernières années, toutefois, la hausse des hydrocarbures et les changements technologiques ont rendu cette exploitation possible et très rentable. Le brut de l’Alberta, intimement mêlé au sable, revient cher à produire : 15 à 20 dollars le baril, contre 5 pour le pétrole saoudien. Mais il rapporte, c’est l’essentiel. Et dans l’avenir, il risque de rapporter encore plus car ce qui devient rare devient d’emblée prisé. Et forcément cher... tant qu’il y a de la demande.

À nous de sortir de la spirale !

Veronika