L’enseignement est un vaste dossier. Pour s’en convaincre, il
suffit de voir tous les changements apportés depuis 30 ans par
les différents ministres qui s’en sont occupés. Un membre des
Amis de la Terre avance ici une réflexion personnellle pour contribuer au débat.

Un enfant épanoui maîtrise et
apprécie sa liberté, l’utilise pour
aimer, s’investi généreusement
dans une société en quête de vérité et
affectionne la coopération avec les autres.
Eduquons bien nos enfants... pour un
monde meilleur.

La prime enfance

Dès sa naissance (et déjà dans le ventre de
sa maman...) le bébé prend ses repères et
développe des relations au monde extérieur
et à lui-même qui détermineront
une grande part de son comportement
ultérieur. Cette conquête du monde se
fera par étapes, dans un ordre déterminé
 : il existe des stades que le parent devrait
connaître et respecter... Quelques
exemples. A 9 mois, le bébé a impérativement
besoin de la présence maternelle -
ou de la personne faisant fonction - et
panique lors d’une absence longue ou
brutale. La maman évitera donc ce
moment pour un placement à la crèche.

Forcer une socialisation de l’enfant avant
la date serait une perte d’énergie, voire
dommageable. Les découvertes des différentes
parties de son corps, des mouvements,
du danger, se feront en temps
voulu. L’ouvrage « Les étapes majeures de
l’enfance » par Françoise Dolto, en 1994
chez Gallimard (folio) est un bon outil
pour orienter le parent, le rendre plus
serein et plus pertinent dans ses sollicitations
et exigences à l’égard de son petit.

Communiquer

La qualité, la régularité et la densité de la
communication parent-enfant est bénéfique
pour tous deux. L’adulte investira
du temps et du coeur à observer son bébé,
l’écouter, le rassurer, le toucher, lui expliquer
les événements par des paroles ou
tout autre langage mais aussi par des
silences, dans le vécu et les préoccupations
du tout petit.

Trouver un équilibre
entre liberté personnelle
et interdits

Equilibre entre un espace intime de liberté
 : pour y développer la créativité, la
rêverie, l’expérimentation... et des
limites imposées par 2 motivations légitimes
 : tantôt parce qu’au-delà, « il y a
danger pour toi » ... tantôt parce qu’audelà,
la communauté en souffrirait
trop...On ne peut pas négliger cette
communauté, qu’elle soit proche et
réduite à la famille ou étendue à l’humanité
entière. Nul ne peut menacer ces
humains en équilibre avec leur environnent.
Les limites imposées qui jalonneront
l’éducation d’un enfant s’accorderont
donc avec cette protection du groupe
tout entier.

Les limites sont indispensables
pour l’enfant
car structurantes

De nombreux ouvrages développent
cette thèse. Etty Buzyn dans « Je t’aime,
donc je ne céderai pas » chez Albin
Michel. Catherine Ternac y consacre tout
un chapitre dans « Chambre à part ». La
personnalité de l’enfant se construit d’autant
mieux qu’il y a des limites établies,
constantes et explicables. Lorsque les
limites sont dépassées, la communication
se met en marche puis des réparations
pertinentes sont proposées à l’enfant.
S’inscrire dans la vérité par l’accueil de
la réalité et le droit à l’imperfection
On évitera bien des frustrations, voire
des souffrances profondes, en reconnaissant
à l’enfant le droit d’être imparfait,
limité, différent dans son être et dans ses
compétences. On le dynamise en lui
témoignant une confiance enthousiaste
dans les capacités qui sont les siennes. La
sérénité sera meilleure si l’enfant sait qu’il
a le droit d’avoir ses sentiments et de les
exprimer.

L’alimentation

Si après avoir investi son temps et son
intelligence dans une nourriture préparée,
son nourrisson lui oppose un refus
(... probablement légitime), la maman se
sent dévalorisée. La relation se détériore
et l’harmonie se voile. La solution seraitelle
l’apport de sucre et de quelques parfums
 ? Gare aux préparations en pots qui
orientent les goûts du future adulte et
éloignent des aliments naturels et adéquats
 ! La bonne attitude serait de proposer
à bébé des aliments séparés, non
accommodés, peu cuits... voire crus, pré
mâchés. La réponse de bébé varie d’un
jour à l’autre parce que les besoins de son
petit corps varient et son instinct se met
peu à peu en place pour exprimer la
demande correcte. Du coup, la relation
mère-enfant n’est plus polluée par l’aliment...
Les goûts d’abord proches du lait
maternel s’élargiront au cours des prochains
mois ou années vers des saveurs
diverses.

L’enseignement, institution
critiquée par Yvan Illich

Illich a soigneusement observé la société
moderne dans les années 1950/1980 et
les différentes institutions qui organisent
les réponses à ses besoins fondamentaux.
D’abord en France, puis en Amérique
Centrale et aux Etats-Unis. Avec d’autres
chercheurs expérimentés, il organise ou
participe à plusieurs dizaines de séminaires
où le système scolaire et tous les
efforts chez les maîtres, dans le matériel
mis en oeuvre ou dans la pédagogie seront
analysés et critiqués. En 1972, il écrira ses
conclusions dans « Une société sans école ».

Les institutions

Elles ne sont que des solutions partielles,
imparfaites, lourdes et dominantes à des
besoins réels et pertinents de la société. Il
ne faut donc pas confondre l’Ecole avec
l’éducation, le Traitement Médical avec les
soins de santé, les Services Sociaux avec la
vie de la communauté, l’Eglise avec la religion,
la Police avec la sécurité de chaque
personne, l’Armée avec la sécurité de la
nation, le Travail Productif avec la survie au
quotidien. Cependant, les institutions
reçoivent la confiance des individus et de
gros moyens financiers de la part des gouvernements.

Elles peuvent ainsi confisquer
les valeurs humaines fondamentales. L’ère
scolaire est née en 1800, dans les villes où
l’industrie sévit dans les familles et y
confisque les personnes les plus efficaces à
la vie domestique et à l’éducation des
enfants. Il fallu donc canaliser ces jeunes
désoeuvrés, futurs citoyens ! Du coup, l’industrie
a pu « débaucher » sans scrupule,
produire plus... et permettre l’époque du
chemin de fer, puis de l’automobile.
L’enseignement, institution initialement
portée par des religieux, n’a cessé de progresser
en coût et en sévérité.

Ça coûte cher

Illich observe que l’enseignement absorbe
 7 % du revenu national. La sortie par le
haut (écoles supérieures et universités) ne
représente que 10 % dans une même
génération, alors que 10 % ont abandonné
sans avoir réussi la 5è primaire. A
New-York, il est possible d’apprendre une
seconde langue pour 600 dollars, tandis
que les 12 années d’école avant université
y coûtent 15 000 dollars.

Construction sociale
et injustices

L’enseignement ne peut atteindre efficacement
les 5 rôles qu’il s’attribue :
- tuteur pour l’enfant qui n’est pas
capable de prendre les décisions
quant à son avenir
- conseiller, où investir son attention,
comment s’y prendre,...
- arbitre, comptabilisant les bons
scores et pénalisant les fautes
- garant, qui certifie les valeurs
acquises
- concepteur d’un programme, sélection
des matières à maîtriser
Quant à lui, l’enseigné, un tant soit peu
contestataire, refusera que son école lui
impose sa surveillance, ses certifications,
un système de compétitivité et son endoctrinement.
Par sa méthode de soumission à
un rite scolastique complexe, l’école fournit
aux entreprises des travailleurs dociles et
zélés autant que des compétences à produire.

Par contre, les élèves n’ayant pas réussi
produisent des pauvres acceptant leur
misère légitimée par absence de diplôme.
Une amertume sociale qui pourrait préparer
une lutte de classe... Résultats : l’élite
héréditaire est remplacée par une élite du
mérite (au terme des études scolaires) tandis
que la masse urbaine prolétaire se marginalise.
L’école ne serait qu’une passerelle
de plus en plus étroite entre ces 2 mondes.
Le fossé s’élargit. L’école publique et gratuite
réduit l’égalité de chances devant
l’éducation et la formation.

Quelques expériences
intéressantes

Dans les bidonvilles de Porto Rico, pour
20 dollars par enfants, Paulo Freire organise
chaque année un mois d’apprentissage
intensif en calcul, lecture et écriture.
Des ouvriers agricoles s’alphabétisent
avec passion si des mots essentiels sont
écrits sous leurs yeux (eau, argent, faim,
exploitation...). Certains pratiquants
sont plus efficaces que beaucoup d’enseignants.
48 jeunes hispaniques et sans
emploi de Harlem sont recrutés et formés
durant une semaine à l’emploi d’un
manuel d’apprentissage de l’espagnol.

Durant 6 mois, chaque jeune enseignera
cette langue à 4 adultes en demande.
Avantages ? Valorisation et rémunération
du jeune comme formateur, efficacité
supérieure de l’apprentissage pour un
coût très bas. Solution idéale pour remplacer
l’institution scolaire
Eduquer c’est éveiller l’indépendance
des individus et la fraternité entre eux,
mais c’est aussi amener à découvrir et à
utiliser les connaissances accumulées par
la communauté.

L’enfant partagerait son temps entre 3
préoccupations :

- la formation par le travail dans une
famille, entreprise ou autre communauté,
sous l’attention particulière
d’un adulte expérimenté et patient
- auprès d’un fournisseur de moyens
d’apprendre : bibliothèques, sessions
courtes de formation sur un
thème spécifique, intégrer une classe
d’apprentissage basique,...
- se confronter à des paires (camps de
jeunesse, cours de récré, maison de
jeunes...) avec animateur

Pour de jeunes adultes plus autonomes,
Illich imagine un réseau de communication
où chacun, à chaque moment de son
existence peut avoir l’occasion de s’instruire
tout en partageant ses connaissances
avec un tiers qui aurait les mêmes
intérêts et questionnements. Après avoir
trouvé ce tiers, un apprentissage mutuel
et enthousiaste peut s’improviser (en quel
lieu ? qu’échanger ? pour atteindre quel
objectif ? quelle durée...). Que quelques
chercheurs établissent des technologies
pour faciliter un maximum d’interactions
personnelles libres et motivantes, loin de
la technocratie !

Le démantèlement de l’institution scolaire
passe par une loi qui interdirait la
demande d’un diplôme ou pédigrée scolaire
à l’entrée d’une formation ou d’un
emploi... Seule, une période d’essai
pourrait exposer à l’exclusion.

André Foguenne

SaluTerre 105