Non, les Amis de la Terre ne veulent pas marcher sur les plates-bandes de GAIA ou d’autres associations de protection des animaux.

Nous vous proposons ci-dessous quelques extraits choisis d’une série d’échanges qui se sont passés, récemment, via la messagerie électronique au sein de la régionale Est. Comme au théâtre, nous vous les présentons sous forme d’une pièce en 5 actes autour d’une question apparemment anodine : « Qui veut du lapin et du bon ? ».

- ACTE 1 : la question de Didier

Bonjour les Amis carnivores,

Ce petit mail info commerce local (je n’ose pas l’appeler pub pour mon clapier ;-) ). J’élève avec mon grand-père quelques lapins. Ceux-ci ont été plus prolifiques que moi, heureusement, et nous en avons de trop pour le congélateur.
Je vends donc du lapin découpé et emballé prêt à être congelé au prix de 8 Euros le kg.

Ils sont disponibles dès la semaine prochaine.

- ACTE 2 : un végétarien réagit ...

Chers amis carnivores,

Une calorie animale nécessite en moyenne 7 calories végétales. Au revoir forêt amazonienne qui disparaît pour nourrir le bétail...
Notre empreinte écologique indique que nous consommons en moyenne 5,5 hectares par personne alors que nous avons droit actuellement à 1,8 hectare par personne.
Pour diminuer notre empreinte, nous n’avons pas beaucoup le choix : agir sur les transports, l’isolation des bâtiments et ............ la consommation de viande.

A vous d’y réfléchir....

Patrick

- ACTE 3 : un spécialiste précise ...

Bonjour à tous ... les carnivores et les non carnivores,

Patrick a raison, il faut au moins 7 calories végétales pour une calorie animale. En écologie (la science !), on estime même qu’il en faut 10 en moyenne pour passer d’un niveau trophique à l’autre. Alors vous imaginez celui qui mange du poisson c’est encore bien plus grave le rapport est de 1/100, 1/1000 ou 1/10000 selon l’espèce consommée et je ne parle pas des poissons d’élevage nourris à la farine (de poisson !) ... La viande doit être considérée comme un mets qui accompagne les plats basés d’abord sur une alimentation végétale et non l’inverse (...) : la pièce maîtresse d’une assiette accompagnée de quelques maigres végétaux juste là pour donner de la couleur. De plus une consommation quotidienne de viande n’est absolument pas utile !

Donc ne culpabilisons pas les mangeurs de viande mais proposons une consommation responsable et (très) modérée. Privilégions les circuits courts (donc merci Didier), l’élevage extensif ou en tous cas sur sol (et non hors sol). Acceptons aussi de payer le juste prix pour la nourriture pour soutenir ceux qui produisent correctement et rendre possible des pratiques agricoles en accord avec les cycles naturels ....

Allez dire aux peuples qui vivent dans des régions herbagères (hauts plateaux, montagnes, certaines côtes, ...) où seul l’élevage (extensif !) est possible qu’il faut se reconvertir à la culture des céréales par exemple !

... Consommer beaucoup moins de viande est une nécessité, mais attention également d’où proviennent nos légumes, nos fruits. C’est donc l’ensemble des productions alimentaires qu’il faut repenser et mettre en corrélation avec l’occupation des terres, les moyens de production, les transports, la démographie, l’énergie (engrais, pesticides, forces mécaniques, ...), etc.

Claude

- ACTE 4 : on tente une synthèse ...

A Claude,

Vraiment chouette ton message... équilibré... si j’ose dire... clair, sage, souple... respectueux de la diversité de la biodiversité. La diversité n’est pas la même partout... les "règles" ne peuvent donc pas être les mêmes partout... sinon la règle "supérieure" qui, voudrait que la richesse de la biodiversité en un lieu donné soit le signe du respect que nous avons pour la Terre dans ce qu’elle a de plus global...

Philippe

- ACTE 5 : Didier revient et nous offre une conclusion pleine de vérités et d’émotions

Je n’ai pas répondu de suite car j’ai lu vos réactions, j’ai médité vos réponses, j’ai réfléchi à mes actes, à mes choix.

Je suis éleveur de lapins depuis l’âge de six ans. Et oui, j’ai 25 années de cuniculture derrière mois. Depuis lors, j’ai toute une ménagerie de petits animaux à poils comme à plumes. Ma passion, en fait, c’est l’élevage. Aussi, la mort de mes animaux n’est pas le but de mon travail, mais bien la finalité. Le plaisir, c’est le choix des reproducteurs, l’attente de la mise-bas, découvrir les lapereaux dans leur nid, les voir grandir, sélectionner les plus beaux pour la suite. Une partie de la passion, c’est la sélection, la génétique...

Il faut savoir que l’être humain a sélectionné les animaux depuis des siècles et a ainsi créé des centaines de races de chaque type d’animal, suivant les régions ou l’usage que l’on en faisait. Nous avons ainsi contribué à la biodiversité, même si c’était à notre profit.

Or cette biodiversité aujourd’hui est menacée et de nombreuses races sont en voie d’extinction suite à l’industrialisation de l’élevage qui ne travaille plus qu’avec une ou deux races et leurs hybrides adaptés aux conditions de rendement maximum. ...Je pense que nous nous devons aussi sauvegarder cette biodiversité, elle fait partie de notre culture, de notre patrimoine.

Lorsque je réfléchis à ce que m’a apporté l’élevage tout au long de ces années, il me vient ceci en premier : une admiration de la vie, un lien à la terre, des racines plus profondes sans doute avec ma nature d’être humain (des générations d’ancêtres ont domestiqué, sélectionné) et un art de vivre. Imaginer aussi l’acte de consommateur que je pose lorsque je mange un de mes lapins plutôt que de me rendre au supermarché pour acheter un tas de viande emballée sous vide et bien souvent insipide...

Je me dis bien souvent qu’un retour à la terre serait saluterre, pardon salutaire ;-), pour beaucoup de mes semblables : apprendre à produire et faire fructifier son terrain que ce soit par l’élevage ou par la culture de légumes et de fruits.

En ce qui concerne le fait de tuer, j’’accepte la mort de mes animaux dans la mesure où ils ont eu la chance de vivre leur vie et que je pense leur avoir donné la meilleure possible.

Je pratique le sacrifice des tous mes animaux moi-même, par respect pour eux, pour les accompagner jusqu’au bout et pour être certain que c’est bien de la manière la plus respectueuse qu’ils mourront. Le plus souvent, je leur parle et leur explique mon geste. Aussi, selon ma façon de voir les choses, ils continuent d’exister dans leur descendance...

Je terminerai en me demandant si le fait d’avoir son propre petit élevage avec le mode de vie qui y est lié (plutôt sédentaire puisque je pars rarement en vacances, par choix, mais aussi parce que mes activités font en sorte que je n’en ai pas le besoin ; je dis toujours à mes élèves :" le simple fait d’ouvrir une ruche et je suis en vacances"), d’apprendre à prendre du plaisir avec des choses simples comme la contemplation d’une nouvelle portée ou de l’animal qui correspond le mieux au standard de sa race après des années de sélection, ce n’est pas ça la vraie simplicité volontaire ...

Mes salutations terriennes d’omnivore,

Didier

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