L’électricité est certainement parmi toutes les énergies que nous utilisons à la maison celle qui est le plus oubliée mais aussi celle qui manque le plus dès qu’une panne survient. Devant notre forte dépendance à l’électricité, les auteurs nous invitent à développer en conscience et en actes notre responsabilité d’utilisateur car le petit clic sur l’interrupteur n’est pas sans conséquence.

La fée électricité côté face

L’avènement de l’électricité date de la fin du 19ème siècle. Très vite, elle connaît un succès « éblouissant » en permettant l’éclairage public et privé. Par la suite une foule d’applications se sont développées comme :

− machine à laver et séchoir
− frigo et congélateur
− cuisinière et autres équipements de cuisine
− radio, Hi-fi, TV et home cinéma
− équipements informatiques
− machine à coudre et tout matériel de bricolage
− circulateur du chauffage central et pompe à chaleur
− et beaucoup d’autres. Réfléchissons simplement à nos habitudes de vie en faisant par la pensée le tour de la maison...

Et un bon siècle après sa diffusion, de nouveaux besoins « électriques » ne cessent encore de se créer. Ces nouveaux équipements sont très vite considérés comme « indispensables », mais est-ce vraiment le cas ?

La fée électricité côté pile

Lorsque nous appuyons sur l’interrupteur ou allumons la télévision, nous sommes loin de penser à tout le cycle de production qui nous offre ce confort devenu si banal. L’électricité n’est pas une source d’énergie en tant que telle ; elle n’est directement disponible nulle part sur la Terre. Elle est à l’image de l’eau chaude qui circule dans nos radiateurs. Le courant transporte l’énergie
électrique, comme l’eau chaude l’énergie thermique. Cette énergie est obtenue par la transformation d’une source primaire (gaz, charbon, pétrole, uranium, biomasse, vent, soleil, chute d’eau, courant d’une rivière ...) en électricité acheminée au travers d’un réseau.

Dans cette production interviennent aussi des cycles dits
secondaires, moins perceptibles. Il s’agit de l’énergie consacrée à la construction et au démontage des centrales électriques, au conditionnement, au traitement et au transport de la source primaire jusqu’à la centrale, au traitement et au conditionnement des déchets, ainsi que de l’énergie dissipée et donc perdue au final pour l’utilisateur. C’est ce qu’on appelle l’énergie grise.
Nous le constatons, derrière cette prise à deux trous si familière, se cache tout un système qu’il est intéressant d’examiner afin d’assumer en toute connaissance de cause notre responsabilité d’utilisateur.

Les sources de production de l’électricité

Au niveau mondial, l’électricité est produite principalement au départ de combustibles fossiles (gaz, pétrole, charbon, etc.) En Belgique, l’uranium avec la
filière nucléaire est très important car il couvre un peu plus de 50% de la production ; la Belgique est un des pays les plus nucléarisés au monde. S’y ajoutent, chez nous, pour une faible part, les énergies renouvelables avec essentiellement l’énergie hydraulique mais aussi l’éolien, la biomasse et le photovoltaïque en croissance rapide.

Au vu de l’exploitation toujours en croissance des ressources non renouvelables, la tendance lourde ne pourra être qu’une augmentation continue du prix de l’électricité interrompue par des phases d’instabilité à la hausse comme à la baisse car ces ressources seront très vite insuffisantes, puis épuisées. La solution est donc à rechercher ailleurs que dans cette voie qui appartient au passé.

Notons au passage que les centrales nucléaires belges n’ont pas été construites pour rencontrer les besoins de l’époque ; on a fortement stimulé notre consommation
d’électricité pour justifier puis payer au plus vite ces centrales. Ainsi, l’éclairage autoroutier si dense en Belgique participe à ce processus par l’absorption de la
production nocturne - surtout d’origine nucléaire - et ceci afin d’assurer la rentabilité des centrales... à nos frais et au dépens de l’environnement. On est ici à
l’opposé d’une gestion rationnelle de l’énergie, et ce au niveau national !

Au niveau énergétique, les sources fossiles et nucléaires sont et seront de plus en plus génératrices de graves tensions géopolitiques à l’échelle mondiale pour se
les approprier, alors que les sources d’énergie renouvelable sont porteuses d’indépendance et de paix : nul embargo n’est possible sur la pluie, la biomasse, le
vent ou le soleil.

Une solution réside dans la production d’électricité verte - à la condition de contrôler parfaitement la provenance de celle-ci. Depuis la libéralisation du marché
de l’électricité, de nouveaux fournisseurs se présentent à nous. Profitons de cette opportunité pour poser un acte
citoyen en optant pour un fournisseur « vert ». Mais soyons attentifs, certains contrats dits « verts » actuellement proposés en Belgique ne garantissent en fait
que 50% d’énergie verte, le reste étant constitué d’énergie électrique classique, et donc nucléaire pour moitié environ !

Il est à craindre que ce marché belge de l’électricité verte soit vite saturé ; seul le soutien d’une production décentralisée répartie à l’échelle individuelle et dans
des collectivités pourra réellement l’étendre. On pense ici tout particulièrement aux panneaux photovoltaïques couvrant nos toits, aux éoliennes, aux microstations
hydrauliques, à la cogénération provenant de la biomasse, à la géothermie, etc.

Une énergie souple ?

Eh bien non : c’est même une des formes d’énergie des plus délicates à gérer car elle est très difficile à stocker en quantité importante pour un coût raisonnable.
De ce fait, il faut produire tout juste un peu plus que ce que l’on va consommer ; c’est tout le travail des gestionnaires du réseau d’anticiper au mieux
ce que sera la consommation d’une ville, d’une région, d’un pays, dans quelques heures, dans quelques minutes ! C’est aussi cette difficulté de stockage qui bloque le développement de la voiture électrique à grande échelle depuis... un siècle ! Comme moyen de déplacement, seuls les trains et les trams sont adaptés à l’énergie électrique, car ils sont connectés en permanence à un réseau qui leur fourni instantanément la puissance dont ils
ont besoin.

Une énergie performante ?

Il faut savoir que la conversion de l’énergie initiale (énergie primaire) en électricité (énergie secondaire) est principalement obtenue aujourd’hui par la voie
thermique - production de vapeur suivie par la mise en rotation d’une turbine génératrice - et elle se solde au final par une perte des deux tiers : le rendement de
conversion ne dépasse pas 30% ! Et le reste... il réchauffe l’atmosphère et les rivières. Ainsi, la production d’électricité par les matières fossiles et par l’uranium
est tout simplement un désastre énergétique
et environnemental.

Rappelons que le rendement d’une bonne chaudière au mazout ou au gaz se situe au-dessus de 90 % ; pour le bois,
c’est très variable mais on atteint environ 80% dans les installations les plus performantes. Cet exemple démontre, on ne peut mieux, que certains usages de l’électricité
devraient être fortement limités : le chauffage électrique de la maison tout comme le chauffage électrique des aliments en sont deux des plus beaux exemples.

Quelles sources d’énergie pour demain ?

Le principal « gisement » d’énergie à la
disposition de chacune, de chacun est, à
court terme, le NégaWatt. C’est l’énergie
qui n’est pas consommée, tout simplement !
Economiser, en quelques années, 30%
voire 50% de notre consommation électrique
personnelle est la portée de pratiquement
tous les consommateurs : utilisation
d’ampoules économiques, chasse
aux veilleuses des appareils Hi
fi/ordinateurs/TV par l’insertion de blocs
interrupteurs, remplacement de la cuisinière
électrique par une cuisinière au gaz,
achat d’appareils électroménagers de classe
A++, par de petits changements de nos
habitudes, etc.

Insistons aussi sur le fait que le développement
du NégaWatt induit une démarche individuelle d’économie qui
peut ensuite s’étendre à d’autres consommations
voire à toutes nos autres consommations de biens matériels et de services ; on en arrive ainsi à la simplicité
volontaire que les Amis de la Terre mettent
en avant depuis quelques années. Au niveau collectif, c’est le développement d’un mixte « vert »-biomasse,
hydraulique, géothermie, solaire, éolien, etc. - qui devrait être privilégié. Et en ce qui concerne la production d’énergie électrique par la voie thermique, le rendement actuel de 30% peut devenir 60% et plus si la production se fait par cogénération. Cette technologie ne fait pas des miracles ; elle valorise simplement la
chaleur produite par la génératrice en chauffant par exemple les bâtiments proches. Après le développement des
grosses unités de cogénération, des micro-cogénérateurs s’installent actuellelement pour fournir de petits immeubles en chaleur et électricité ; une large diffusion
chez les particuliers ne devrait pas tarder.

Mais, au-delà de ces mesures qui ne sont que des adaptations rationnelles, notre démarche devrait intégrer un questionnement plus global sur l’utilité réelle
des appareils qui remplissent nos habitations.
Par exemple, pourquoi ne pas envisager le remplacement du sèche linge très énergétivore par... un fil à linge, au
moins pendant quelques mois de l’année.

Les causes de l’augmentation continue de la consommation électrique domestique sont multiples. Examinons-en
quelques unes. En 1970, il y avait environ 3 160 000 habitants en Wallonie. En 2004, c’était 3 396 000, soit7 % de plus. Durant la même période, le nombre de ménages est passé de près de 1 084 000 à 1 447 000, soit 33% d’augmentation ! Le nombre de personnes par ménage se réduit de plus en plus, ce qui entraîne une diminution de l’efficience énergétique par personne. L’exigence
permanente de toujours plus de confort, indicateur du bien-être d’une population, est également un facteur de croissance de la consommation. Par ailleurs, si
on constate bien à une amélioration progressive
des performances énergétiques de l’équipement des ménages (nouvelle chaudière à haut rendement, meilleure
isolation des habitations, frigo basse énergie...) celles-ci sont contrebalancées par une hausse du nombre d’équipements de ces mêmes ménages. Ainsi, un deuxième
puis troisième téléviseur s’invite dans nos
maisons ; le vieux frigo, remplacé par un
nouveau plus performant, n’est pas jeté,
il reste branché dans la cave et sert d’appoint !

Vive les panneaux solaires thermiques ?

Un mot pour terminer sur les conséquences
désastreuses que peut parfois
engendrer une bonne intention si elle
n’est pas étudiée dans son ensemble.
Imaginons une installation d’eau sanitaire
chauffée par de l’énergie fossile, remplacée
par une installation de panneaux
solaires thermiques. En Belgique, de
telles installations solaires couvrent en
moyenne environ 60% des besoins
annuels en énergie pour l’eau chaude
sanitaire, et un « appoint » de 40% en
énergie « classique » reste donc toujours
nécessaire. Nous pourrions dans ce cas espérer que
des 11 unités d’énergie primaire initialement consommée pour 10 utiles (cas d’un chauffage à haut rendement), 4 unités d’« appoint » sont encore nécessaires,
grâce à l’apport solaire de 7 unités. Eh
bien ce n’est malheureusement pas le cas
si cet « appoint » est réalisé avec de l’énergie
électrique. En effet, dans ce cas ces 4
unités utilisées nécessitent 12 unités
d’énergie primaire dans les centrales thermiques
de production, vu leur faible rendement,
environ 30%. Le gain énergétique
global apporté par le solaire serait
de 11-12= -1 unité, soit un gain négatif
bien loin de l’objectif initial attendu de
11-4= +7 unités ! Et c’est malheureusement
parfois le cas de certaines installations
solaires.

La solution est, ici, toute simple ; il faut évidemment effectuer l’« appoint » des 4 unités manquantes par l’utilisation d’une source d’énergie primaire performante,
provenant du chauffage central, par exemple. Alors seulement le placement de l’installation solaire est globalement favorable d’un point de vue énergétique.

Bon à savoir, non ?

Vincent Golard, Véronique Cornette et Ezio Gandin


Pour en savoir plus :
- L’énergie expliquée aux enfants, E. Luyckx, CCI sa, DGTRE, 2003
- http://www.apere.org (Utilisation rationnelle de l’énergie)
- « Cahier Négawatt » des Amis de la Terre
- Face à la menace climatique ; l’illusion du nucléaire, brochure du réseau « Sortir du nucléaire », 2007. Téléchargeable à cette adresse http://www.sortirdunucleaire.org/sinformer/brochures/RAC/brochure-rac.pdf


Un petit équipement précieux : le consomètre
On peut facilement mesurer la consommation
d’un appareil électrique au moyen d’un bloc
consomètre, de taille et de prix semblables aux
programmateurs horaires classiques. Il est
d’ailleurs disponible dans les mêmes rayons des
magasins de bricolage courants mais parfois aussi
à la commune via les guides ENERGIE. Mesurer
la consommation de chacun de nos appareils électriques
peut nous permettre de mieux optimiser
notre consommation. Bonne chasse aux gaspis.