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La poule de HERVE race locale menacée

1) Description

Adaptée pour vivre dans les fermes herbagères éparses du Plateau de Herve dont elle a tiré son nom, cette jolie volaille est une poule sobre et rustique. Elle offre, à côté de son charme indiscutable, l’intérêt de sa production.

Chez la Herve, pas de parure éclatante, la simplicité est son seul ornement. Plutôt petite, elle est peu exigeante côté logement. Elle n’a que très peu d’affection pour son dortoir et n’hésite pas à passer la nuit à la belle étoile, juchée sur les arbres des alentours du poulailler.

C’est une poule très rustique : de constitution vigoureuse, formée dans une contrée au climat humide et au sol argileux, elle résiste aux principales maladies de la volaille. Les poussins sont particulièrement résistants et leur élevage n’enregistre que très peu de pertes.

Sa ponte peut atteindre 150 à 180 œufs si elle est bien sélectionnée. Elle est précoce et couve volontiers tout en étant alors excellente mère.

Plus d’un historien local la mentionne dans ses écrits en la décrivant comme « li neure poie dè paï » (la poule noire du pays) à l’oreillon rouge et à la queue en éventail.

Notons que nos grands-pères, qui étaient de fins gourmets, savaient apprécier l’exquis de sa chair. Son oeuf aussi était très recherché sur les marchés d’Aubel, Herve et Verviers.

Les amateurs doivent savoir que la Herve est avant tout une volaille vive qui aime la liberté. Une clôture classique de 1,2 mètres ne la retient pas, même éjointée. Elle

2) Historique

La HERVE fait partie des plus anciennes races de notre terroir. Elle est connue sur le Plateau de Herve depuis des temps immémoriaux. Avec l’Ardennaise, elle semble provenir en ligne droite de l’ancienne poule GAULOISE, volaille dont elle a d’ailleurs conservé certaines mœurs.

HERVE et Ardennaise ont un ancêtre commun dont elles ont conservé les coutumes sauvages. Le type des deux races est cependant clairement différent. Si on trace une forme géométrique autour du dessin standard de chacune d’elles, l’Ardennaise s’inscrit dans un rectangle tandis que la HERVE, au contraire, s’inscrit dans un carré parfait. Tout chez elle est rondeur, alors que chez l’Ardennaise, les lignes extérieures sont allongées. Le port du cou, de la poitrine, du dos et de la queue sont également différents. De plus, on ne trouve pas et on ne peut pas trouver chez la HERVE la pigmentation foncée intense qui est une qualité très importante chez l’Ardennaise.

A l’origine, on la trouvait principalement dans tout le Pays de Herve, c-à-d dans la partie de la Province de Liège entre Meuse et Vesdre, mais aussi dans une partie de la Basse-Meuse.

Comme pour l’Ardennaise, la naissance en 1893 à Liège de la société « l’Union Avicole de Liège » va avoir une grande influence sur la propagation de la race. Pas moins de 25 sujets figurent à son exposition en 1895.

Le 25 décembre 1896, l’Union Avicole (U.A.) présente et fait accepter par la « Société Nationale pour l’Amélioration de l’Aviculture en Belgique » un standard de la race.

Le début du XXème siècle voit arriver à l’U.A. un Hervien « pur sang » de la meilleure trempe, feu Monsieur WEERTS, appelé plus tard le père de la HERVE.

Toute sa vie durant, Monsieur Weerts ne poursuivra qu’un seul objectif : la propagation et l’amélioration de la poule de Herve, tant sur le plan utilitaire que sportif. Il fonde un club spécialisé avec l’appoint duquel la HERVE s’améliore très sensiblement.

En 1910, la « Poultry Organisation Society » d’Angleterre envoie en Belgique son expert, Edward BROWN, pour faire un rapport sur l’aviculture belge. Au sujet de la HERVE, cet expert s’exprime en termes élogieux et dit de la « HERVE FOWL » que « under ordinary condition », c-à-d « sans être forcée », la HERVE pond facilement ses 140 œufs par an, ce qui, à l’époque, était une moyenne très honnête pour une volaille de ferme.

La guerre 1914-1918 vient cependant détruire en grande partie le cheptel existant. A l’aide de quelques sujets typiques conservés par Monsieur Weerts, la HERVE reviendra très vite à la surface et, à l’exposition de l’U.A. de Liège de janvier 1925, figurent à nouveau le nombre impressionnant de 149 poules de Herve.

Au « Club de la HERVE », c’est le Dr. Vétérinaire GILSON qui reprend le flambeau.

Malgré les importations massives de volailles italiennes, la HERVE semble tenir le coup sur son plateau de l’Est de la Belgique. Survient alors la seconde guerre mondiale qui va à nouveau durer quatre longues années et bien mettre à mal les populations d’animaux de ferme, ressource alimentaire précieuse.

Quelques bonnes souches sont conservées aussi bien par des amateurs que par la Station de Section des Races belges de Herenthout. Nous la rencontrons encore régulièrement pendant quatre ou cinq ans aux expositions et puis, d’un coup, c’est le néant, la HERVE a complètement disparu sans que l’on s’explique comment et pourquoi.

Durant les années qui suivirent, on revit de temps à autre quelques sujets inscrits sous cette dénomination à certaines manifestations, plus ou moins éloignés du standard d’origine. C’est au départ de ces animaux et d’autres trouvés ça et là dans des cours de ferme que la race a pu revoir le jour.

Nous retiendrons le travail d’un éleveur et juge, Willy Lecoq qui, accompagnés d’autres éleveurs comme Christian Mulders et Robert Cardols, a dès les années septante, entrepris la reconstitution de la race, notamment à partir d’ardennaises et de sujets croisés.
Voici une quinzaine d’années, Jean Bauwens a donné un coup de fouet à la population de HERVE avec un élevage important et une bonne sélection. Il assure alors la dissémination de nombreux sujets au quatre coins du Plateau. Suite à des problèmes de consanguinité, il a introduit « du sang » (des gènes) de Famenoise et plus tard de Cotentine suite à trop de consanguinité. Cette dernière ressemble de très près à la Herve avec pour différence un œil orangé qui reste difficile à corriger.

Il en est aussi qui travaille dans l’ombre avec efficacité. Depuis plus de trente ans, sans contact avec le milieu des expositions, Léon Demonceau est parvenu dans son coin de Fléron à maintenir et améliorer un petit cheptel. Son élevage a pour origine quelques sujets retrouvés dans une cour de ferme et qui avaient pas mal de ressemblances avec la race d’origine. Une sélection minutieuse lui a permis d’obtenir d’excellents résultats. Aujourd’hui, par croisement avec une race dont il garde le secret, il est occupé à reconstituer une lignée de la variété Mauheid. Cette dernière dans les tons de gris bleu liseré a existé pendant la seconde moitié du 19ème siècle, tout comme une variété coucou ou « COTTE DE FER ». Ces variétés qui avaient été obtenues au moyen de croisements étaient plus fortes, plus lourdes et moins sauvages. On en trouve encore des sujets reconstitués aujourd’hui, mais la noire reste largement prédominante.

3) Standard

Origine :

Comme son nom l’indique, elle est originaire du plateau du même nom. Son habitat se situe exactement dans la partie de la Province de Liège située entre la Meuse et la Vesdre, ainsi que dans une partie de la Basse-Meuse. La race semble être très ancienne. Elle portait la dénomination de « Poie neure dè paï ».

Apparence générale :

Taille moyenne, plutôt petite, poitrine arrondie. Formes plutôt arrondies et queue portée assez relevée sans exagération. Elle est éveillée, hardie.

Propriétés :

Comme sa sœur, l’Ardennaise, elle aime la liberté et vole avec facilité. Elle semble avoir conservé une partie de l’oiseau sauvage, quant à l’aptitude de « chercher sa vie ». Elle est bonne pondeuse d’œufs d’un beau blanc, pesant de 60 à 65 grammes. Sa ponte annuelle est de 150 à 180 œufs. Elle couve rarement, mais est bonne mère. Les poussins s’élèvent facilement. Sa chair est fine et délicate.

Poids :

- Coq adulte : 2,500 Kg
- Poule adulte : 2,000 Kg
- Coq jeune : 2,000 Kg
- Jeune poule : 1,500 Kg

COQ

- Tête :moyenne, effilée.
- Bec :de longueur moyenne, un peu courbé à sa pointe, corne foncée ou noire,sauf chez la « cotte de fer ».
- Crête :simple, droite, régulièrement et pas fortement dentelée, assez forte. Elle s’avance assez fortement sur le bec et se termine par un lobe arrondi se détachant et se relevant bien de la nuque - rouge vif.
- Œil :brun foncé à noir, plus clair chez la « cotte de fer ".
- Oreillons :Petits, lisses, uniformément rouge vif.
- Face :rouge vif.
Barbillons :un peu allongés, de grandeur moyenne, rouge vif.
- Cou :vigoureux, bien proportionné, grâcieusement arqué.
- Camail :épais.
- Poitrine :bien développée, non massive, portée en avant, arrondie.
- Dos :assez large, longueur moyenne, légèrement incliné vers l’arrière, bien proportionné au corps.
- Queue :bien développée, portée assez haute à 45°, grandes faucilles larges et longues, bien arquées - assez ouverte.
- Ailes :bien fermées, visibles, légèrement écartées du corps vers la pointe, portées dans une position fière.
- Cuisses :peu apparentes.
- Tarses :moyens, lisses, gris ardoise (peuvent avoir une pigmentation rouge).
- Doigts :quatre, bien proportionnés, de la couleur des tarses.
- Ongles :de la couleur du bec.

POULE

Les mêmes caractères que chez le coq, sauf :

- Tête :plutôt petite.
- Bec :moyen.
- Crète :moyenne, simple, droite de préférence, mais pouvant être légèrement inclinée, régulièrement dentelée, rouge vif.
- Barbillons :petits, arrondis, rouge vif.
- Cou :assez long, relevé.
- Dos :très large.
- Abdomen :assez développé.
- Queue :bien fournie, portée assez haute, demi-ouverte.

VARIETES

Noire (couleur type).
Bleue (dite MAUHEID).
Coucou (dite COTTE de FER).

DEFAUTS

- Port défectueux de la crête - -Trop haut sur pattes
- Cuisses saillantes - -Couleur défectueuse des tarses
- Yeux trop clairs
- Queue trop ouverte ou trop pincée chez la poule
- Face, crête, oreillons et barbillons rouge foncé

DEFAUTS GRAVES AMENANT UNE DISQUALIFICATION DANS LE CADRE DES EXPOSITIONS.

Des animaux qui présentent ces défauts ne correspondent pas suffisamment à la race que pour en porter le nom.

- Manque de type
- Oreillons blancs
- Crète trop volumineuse (de Leghorn)
- Queue d’écureuil
- Camail trop peu développé chez le coq
- Pigmentation noirâtre dans la crête, la face, les oreillons et les barbillons
- Ailes portées trop hautes ou trop pendantes
- Toute pigmentation jaune dans le bec, les tarses ou la peau

4) Et aujourd’hui ?

La population de HERVE est relativement stable. Toutefois, la survie de la race repose sur quelques éleveurs passionnés.

Il existe un Club des Eleveurs de la Poule de Herve dont le siège est Xhendelesse. Malheureusement, il manque de dynamique faute d’un nombre suffisant d’adhérent. La meilleure exposition pour voir des Herve est sans conteste le concours provincial de Liège qui se déroule au Hall de Criée de Battice-Herve en novembre ou décembre suivant les années.

Les Amis de la Terre soutiennent l’élevage de cette race rustique et bien adaptée pour un élevage amateur. Un coq et quelques poules sont le départ idéal d’un élevage familial. L’intérêt principal réside dans l’autonomie possible. On profite d’une poule qui couve pour élever quelques poussins. Les poulettes serviront à renouveler les pondeuses et les coquelets feront de délicieux poulets pour la casserole. Au bout de quelques années, on échange un coq avec un autre éleveur pour éviter les risques de consanguinité. Avec ce mode d’élevage, on est indépendant des élevages industriels qui produisent les poulettes pondeuses hybrides que l’on retrouve dans les filières traditionnelles. De plus, la Herve est relativement autonome pour trouver sa nourriture dans les prés environnants.

Il est important, pour la pérennité de la race, qu’un maximum d’amateurs se lancent dans l’élevage, de manière à maintenir un pool génétique suffisant.

Les expositions de petit élevage regroupent les passionnés qui souhaitent comparer leurs sujets aux autres. Ces événements permettent de rencontrer d’autres éleveurs, favoriser les contacts et les échanges d’animaux. Il est bien entendu possible d’élever des Herve ou toute autre race sans jamais participer à ce type de concours. Toutefois, ceux-ci sont essentiels pour assurer le maintien des caractéristiques de la race.

En résumé, la survie de la HERVE passe par deux éléments interdépendants : un noyau dur d’éleveurs sélectionneurs qui participent aux expositions et une population, la plus importante possible d’animaux répartis chez des éleveurs amateurs.

5) Où se procurer des sujets pour débuter un élevage ?

Voici quelques adresses d’éleveurs sélectionneurs. Nous ajouterons volontiers à notre rubrique tout éleveur sélectionneur ou amateur qui se manifeste.

Didier Brick :

œufs fécondés et poussins (disponibles dès mars sur réservation), adultes (disponibles à partir de septembre)
Rue Hawis, 58 4630 Soumagne 04/375.09.88 ou dbrick[at]scarlet.be

Jacques Moise

Chemin de Ruyfs, 15 4837 Baelen 087 89 07 77

Léon Demonceau

Rue de Jupille, 71 4620 Fléron 04/358.95.03

Marcel Cornet

Rue Rys de Mosbeux, 66 4870 Trooz 04/351.67.92

Jean-Marie Prégardien

Voie Ledent, 19 4652 Xhendelesse 087/46.93.66

Marc Heyeres

Roiseleux, 19/A 4890 Thimister 087/44.72.76

Robert Cardols

Le Haumont, 29 4650 Grand-Rechain 087/31.23.14

Jean Bauwens

Rue Halleux, 558 4650 Charneux (Herve)
Tel/fax : 087/67.44.17
uniquement oeufs à couver disponibles en toute saison.