Rencontre des Objecteurs de croissance - été 2007, Creuse

Du 26 au 29 août, le collectif des Objecteurs de croissance s’est redonné rendez-vous à Royère de Vassivière dans la Creuse. Ce collectif s’est créé suite au lancement des Etats - Généraux de la Décroissance Equitable (EGDE) à Lyon en 2005.

Cette année, les rencontres ont encore créé une grande mobilisation tout au long des quatre jours avec environ 350 personnes présentes. Le but principal de ce rassemblement était d’envisager et d’élaborer un projet politique avec un outil politique pertinent (réseau ou mouvement) capable de porter les fondamentaux des Objecteurs de croissance dans le débat public tout en le différenciant clairement du parti pour la décroissance déjà existant (PPLD) ; une charte « Appel des objectrices et objecteurs de croissance » est issue de cette rencontre1 [1].

Parallèlement, il était prévu deux journées d’ateliers thématiques traitant des critiques de la société capitaliste et des alternatives individuelles (simplicité volontaire) et collectives.

Cette rencontre a hélas été traversée par une certaine confusion provenant du nombre d’ateliers proposés, incitant les participants à une « surconsommation » peu constructive au final, et au forcing fait par les organisateurs pour l’élaboration de la charte.

Selon moi, la précipitation dans laquelle a été lancé cet « Appel des objectrices et objecteurs de croissance » - justifiée par l’urgence de la situation sociale, écologique et politique actuelle - témoigne bien que nous sommes encore trop ancrés dans les carcans de la société que nous critiquons et voulons changer.

Ce constat exige de nous recentrer sur ce que nous voulons vraiment créer ensemble et apprendre la sagesse de le faire sans précipitation. La phrase de Bernard Charbonneau, figure historique et essentielle de la décroissance, encore trop peu reconnue, illustre à merveille cette attitude :

« Si pressé par l’urgence, nous ne décollons pas de l’actualité, nous échouerons, soit par incapacité à juger la situation faute de recul, soit, pire, pour avoir réussi en oubliant nos raisons d’être. Notre paradoxe est de devoir nous hâter lentement, sommés de réfléchir dans une maison qui prend feu. Mais on ne force pas plus le développement d’un grand changement humain que celui d’une plante. » (dans Le feu vert. Autocritique du mouvement écologique. 1980)

Dé-marche de l’après-croissance

Cet été, du 14 juillet au 8 août 2007, une marche transfrontalière a sillonné la Wallonie depuis Maubeuge jusque Liège. Son mon : la « Démarche de l’après-croissance ». Vous l’avez peut-être croisée par chez vous...

Ce projet est né de la rencontre de citoyens d’âges et d’horizons divers, préoccupés par la question de l’environnement et de la “croissance” économique, se mobilisant afin de partager ce questionnement avec tout un chacun. Parmi eux : moi, qui vous fait ici le témoignage de mon vécu à travers cette mise en ’démarche’.

Nous avons marché..., beaucoup marché mais pas uniquement. L’aventure s’est enrichie d’ateliers, de rencontres authentiques, de découverte de projets alternatifs, de succulents plats préparés collectivement, en autonomie, avec des ingrédients locaux et biologiques. Nous transportions nos toilettes sèches, nos vivres et notre « cuisine » (poêles à bois et nécessaire de cuisine) sur des charrettes que nous avions fabriquées nous-mêmes. Nous avancions d’étape en étape, en cherchant le contact direct avec les gens ; telle était notre manière de manifester.

Dans la phase de préparation de cet événement, la marche se voulait à caractère politique. Au final, les témoignages des participants laissés dans le carnet de bord et sur le site internet, les termes qui se retrouvent le plus souvent sont : accueil, simplicité, chaleur, bienveillance,... Pour une marche politique ça pourrait paraître étrange et pourtant...

Cette marche était imprégnée de ce choix de relier nos chemins pendant un temps pour gérer ensemble la micro-cité que nous avons créée pour l’occasion. Ni chefs, ni soumis, disposés à être plutôt que paraître, nous avons transformé l’utopie en réalité. Bien que tout n’ait pas toujours été rose et violette, cette ’démarche’ a été pour moi une leçon de vie qui influence continuellement mes pensées. Tant d’expériences vécues qui change le rapport au temps, la capacité à lâcher prise, la qualité d’écoute, le sens de la convivialité, de l’autonomie collective,... de la simplicité.

En ce sens, cette expérience de la démarche de l’après-croissance se situe bien au-delà de mes attentes. Ces quelques petits mots ’plus de liens, moins de biens’ que nous avions repris comme slogan de la ’démarche’, j’en ai compris et vécu l’essence-même seulement sur la route parmi les marcheurs, le sac au dos...

Maintenant, la marche est terminée... mais la ’démarche’ continue ! Nombre d’initiatives ne cessent d’émerger de l’esprit des marcheurs : ateliers thématiques et de savoir-faire, GAS (groupements d’achats solidaires), habitats groupés et aussi d’autres marches dans l’esprit d’ouvrir à d’autres personnes (pourquoi pas des enfants, des handicapés, des sans-papiers,...) la possibilité de ce vécu particulier à travers cet acte fort et non-violent qu’est la marche.

Cathy

bannière de la démarche

Forum Social des Trois Rivières


Faucon (France) - été 2007

Le Forum Social des Trois Rivières est un Forum Social Local (FSL) fondé sur les mêmes principes que ceux du premier Forum Social Mondial au Brésil, à Porto Alegre, en 2001.

Face à une mondialisation dominée par le productivisme, la rentabilité à court terme et l’économisme destructeur de vie, ce forum social à l’échelle locale et rurale - organisé par l’association CHAMP (Collectif d’ Habitants, Associations et Mouvements de Pays) et la Municipalité de Faucon - s’était donné pour objectif de développer des pratiques de lien social non seulement différentes et contestataires mais aussi plus joyeuses, plus festives et plus créatives :il s’agit de faire la preuve que d’autres modes de vie commune sont désirables et possibles.

Opération réussie avec brio !

Du 31 août au 2 septembre 2007, ce village fort de quelques dizaines de maisons (Vaucluse, Sud de la France) a accueilli environ mille personnes ! On soulignera l’accueil qui s’est manifesté au delà de toutes les espérances : la plupart des personnes inscrites étaient invitées chez les habitants du village et des alentours. Bon nombre de nos hôtes avaient même tenu à séjourner, le temps du forum, chez des amis ou dans des caravanes pour laisser leur habitation entièrement disponible aux participants externes. « Voir la vie autrement, consommer différemment et être des acteurs engagés dans la vie de tous les jours », voilà l’esquisse qui s’est dégagée avec beaucoup de finesse durant ces trois journées tant à travers les activités prévues que pendant les moments plus informels.

Au programme : des ateliers thématiques et pratiques, films, théâtre de rue, exposition, musique, concert, bal, fête... Ce forum social a également été délicatement griffé par quelques échanges avec des personnes connues comme Miguel Benasayag (philosophe, psychanalyste et ancien combattant de la guérilla guévariste en Argentine), Pierre Carles (journaliste et documentaliste), Serge Latouche (professeur émérite d’économie et penseur de la décroissance économique soutenable), Jaquelina López Almazán et Samuel Hernández Morales (CODEP - APPO - MEX1 venus de Oaxaca au Mexique), Bruno Mattei (professeur de philosophie) et Jean-Claude Besson-Girard (peintre et théoricien de la décroissance) qui s’est glissé comme dans un gant de velours dans le rôle d’animateur de cet événement.

Quelques coups de pinceau posés par ces mains de maîtres ont permis de peaufiner la fresque collective qui s’est créée lors de ces multiples échanges. Quelques idées fortes ont surgi du tableau :

- Les espaces de communauté sont des espaces de liberté d’où peuvent émerger les forces collectives indispensables à l’autogestion ;
- Le rôle de la femme avec sa sensibilité particulière est précieux pour entrer en résistance et œuvrer au changement de notre société ;
- A l’heure de la globalisation de la pensée, investir le présent et le local (dans toute la diversité que ça peut impliquer) pour vivre le changement que nous voulons voir dans le monde est un enjeu de taille ;
- La décroissance induit un changement beaucoup trop profond dans notre relation à nous-mêmes, aux autres et à la nature que pour rester uniquement dans les carcans du politique ;
- Prendre conscience de la portée des notions du désirable et de l’esthétique à travers les pistes de changement que nous souhaitons par la décroissance ; si l’utopie ne se manifeste pas au travers de ces notions, nous avons perdu d’avance ;
- Face au mythe géant de la croissance de notre société de démesure, il nous faut résister pour faire en sorte que cette société retrouve le sens de la mesure, le respect des limites dans toute chose ;
...

En guise de conclusion, voici une phrase d’un des intervenants qui m’a marquée : « La décroissance est quelque chose qui doit naître petit à petit, avec humilité et beaucoup de sérieux ». Je voudrais la mettre en relation avec cette phrase de Margaret Mead qui accompagnait le programme de ce forum social : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde. C’est même la seule chose qui se soit jamais produite ».

Cathy

http://www.demarche.org