Nous avons besoin d’une législation stricte autour du climat, la Belgique est l’un des plus mauvais élèves de la classe dans cette matière, et en reste au stade des vaines promesses et des demi-mesures. La première mondiale du vidéoclip ’The Big Ask’ a eu lieu le 27 novembre 2008 au Parlement fédéral. Le réalisateur Nic Balthazar s’est adressé aux membres du Parlement.

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act now

"Vénérables élus du peuple, grâce aux Amis de la Terre/Friends of the Earth, je suis ici non seulement pour vous présenter un film mais aussi pour vous transmettre un message. Dans le petit film que nous voulons vous proposer,et que nous avons tourné cet été à Ostende avec plus de 6.000 (!) acteurs, une petite fille se demande comment il se fait que qu’elle puisse comprendre l’ampleur de la menace climatique, alors que ceux qui sont censés veiller à notre bien - c’est à dire vous en fait - n’ont aucune idée de la gravité de la situation. Est-ce de la mauvaise volonté ? Comment pourrais-je vous en accuser ? Ignorance ? Comment pourrais-je vous en soupçonner ? Mais la question reste bel et bien douloureusement sans réponse. Comment se fait-il que l’avenir de la planète vienne si rarement à l’ordre du jour de ce respectable hémicycle ? Que direz-vous à vos petits-enfants, quand ils vous demanderont de quoi vous vous êtes occupés, alors que la planète pouvait encore être sauvée ?

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Nic Balthazar

Car la “vérité qui dérange” que nous avons voulu exprimer au moyen de ce film est la suivante : il nous reste entre 4 et 10 ans pour agir de façon efficace. Hélas, ce n’est pas la prédiction d’un pseudo-Nostradamus cherchant à vous faire la leçon. Ce sont bien les conclusions douloureuses auxquelles aboutit le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Evolution du Climat), mis en place par les Nations-Unies, qui - comme toutes les organisations qui se lamentent de leur impuissance - a reçu l’an dernier le Prix Nobel de la Paix. Même si ses rapports restent toujours des plus prudents, le sentiment d’angoisse qu’ils génèrent n’en est pas moins là. Le vice-président du GIEC, Jean-Pascal Van Ypersele, vient précisément de vous expliquer à l’aide de graphiques terrifiants à quel point la situation est dangereuse. Tout comme l’homme qui est à la tête du GIEC, le Prix Nobel de la Paix Rachendra Pachauri qui était présent dans notre pays il y a deux mois. Hélas, à part un, aucun de nos dirigeants n’était présent. Mais il y avait moins de caméras que lors de la venue de Al Gore...

C’était angoissant d’écouter cet homme se plaindre de ce que, jusqu’à présent, les signaux d’alarme tirés chaque année par le GIEC ont été totalement ignorés par la politique internationale. Pardonnez-moi donc si je reste encore ébahi de votre absence à tous ce jour-là. Je voudrais faire une comparaison naïve. Supposez que le représentant d’une organisation qui regroupe la NASA, l’ESA et toutes les autres organisations spatiales vienne vous voir, et vous transmette la preuve irréfutable que des martiens menacent notre planète en la faisant se réchauffer continuellement. Il nous expliquerait qu’il nous reste entre 4 et 10 ans pour adopter un plan de sauvetage au niveau international. N’y aurait-il non plus personne pour écouter ?
Le vrai problème, c’est que nous devons dès aujourd’hui nous attaquer à un adversaire bien plus redoutable : nous-mêmes. Et c’est un millier de fois plus compliqué : car nous sacrifions aussi la survie de la planète sur l’autel de la sacro-sainte économie.

La puissance de la société de consommation tourne sur elle-même. Face à une crise bancaire, il n’y a pas une seconde à perdre ! Quelques heures suffisent pour libérer des milliards, dont personne ne peut tenir le compte. Pour cela, on trouve de l’énergie : sauver les banquiers !
C’est compréhensible : l’effondrement du système bancaire nous aurait coûté encore beaucoup plus cher. Mais puis-je - dans toute ma naïveté politique - demander pourquoi le même raisonnement ne s’applique pas à la crise climatique. Demandons-nous par exemple combien l’ouragan Katrina a coûté à la Nouvelle-Orléans ? Comment se fait-il que de l’on trouve des milliards pour cette crise financière et qu’en dix ans, nous n’avons pas installé une seule éolienne off-shore, alors qu’un pays comme le Danemark produit par ce moyen un quart de son énergie. Ah oui ! C’est parce que les éoliennes gâchent le paysage de notre belle côte belge. Cela pourrait être une bonne blague belge, si ce n’était pas à pleurer. Comme l’est le manque d’avenir offert à mes enfants. Comme le sont les centrales au charbon que l’on veut ouvrir dans le port d’Anvers. Comme le Ring de Bruxelles, que l’on veut élargir à seize bandes, histoire d’agraver encore l’infarctus sur nos artères routières. Je pourrais évoquer de nombreux autres projets (...), alors qu’entre-temps, nous sommes classés par le respectable Institut Fédéral Suisse de Technologie à Zurich comme les cancres du protocole de Kyoto, après la Chine, l’Australie et l’Amérique de George Bush.

Je sais que vous êtes tous profondément pleins de bonne volonté. Que vous avez bien sûr déjà tenté de faire quelque chose. Parce que vous avez tous des fils et des filles. Parce que vous savez qu’il existe des alternatives - qui ne contrarient pas l’économie, bien sûr. Mais le temps n’est plus à la lenteur politique. Donc, comme vous le demandent les nombreux citoyens dans ce film : Act Now ! S’il vous plaît. Oubliez vos petites querelles de partis, oubliez vos chamailleries communautaires, oubliez vos rancunes et vos guéguerres provinciales... Rejoignez-nous maintenant dans un combat que nous pouvons encore gagner, au lieu de nous retrouver tous ensemble victimes d’un désastre.

Et pour (m’adresser à) ceux qui continuent à croire en une conspiration générale des mouvements environnementaux sponsorisée par... oui, par qui ? Les Martiens, sans doute... (...) que faites-vous donc de ce bon vieux principe de précaution ? Imaginons - même si c’est pour vous une erreur - que les conclusions des climatologues ne mènent pas à une forme collective d’égarement intellectuel. Que c’est vraisemblablement maintenant, sinon jamais. Si plus tard - hourra ! - il ne restait plus de CO2 dans l’atmosphère - eh bien notre plus grave problème resterait alors d’avoir opté pour des maisons super-isolées, de meilleurs transports en commun, une économie durable, des panneaux solaires super-performants et des technologies innovantes et respectueuses de l’environnement... Quelle erreur magnifique nous aurions alors commise ensemble, chers élues et élus du peuple. "

Nic Balthazar
(traduction Véronique)

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