Si l’on conseille bien souvent de privilégier la filière courte pour la consommation des biens et des denrées, il est un domaine où ces conseils devraient s’appliquer alors que l’on songe rarement à les formuler ou à les mettre en pratique...

Il s’agit bien entendu de l’eau et plus particulièrement de l’eau de pluiequi nous est livrée gratuitement et sans dépense d’énergie sur nos toitures et dans nos citernes. Bon nombre d’Amis de la Terre utilisent l’eau de pluie au quotidien et la réservent à un usage bien plus intéressant que la simple alimentation de leur chasse d’eau, cette chasse d’eau ayant tendance à être remplacée par un panier de copeaux pour leur toilette à litière.

L’eau semble infinie. Notre planète, dite « planète bleue » regorge de réserves d’eau, ce qui lui donne cette si attrayante couleur pour peu que l’on s’éloigne de quelques millions de kilomètres pour profiter pleinement de la vue. Le cycle naturel de l’eau la reconduit inlassablement de l’océan au nuage et du nuage à... l’océan la plupart du temps ! Plus de 70% de la surface terrestre est occupée par de l’eau et la plus grande partie de l’eau issue de l’évaporation des océans y retourne sans passer par la surface des continents. Ces continents, victimes de l’activité humaine, victimes des conditions climatiques voient leurs réserves d’eau diminuer drastiquement ou leurs précipitations s’abattre de façon irrégulière et soudaine. Que l’on souffre de sécheresse récurrente ou d’inondations à répétition, rares deviennent les lieux où l’eau s’écoule sans faire de dégâts...

Le problème est dramatique dans certaines contrées où les nuages existent bel et bien et déversent bien des précipitations, mais la chaleur au sol est telle que cette pluie n’arrive pas sur terre : elle s’évapore avant. D’autres contrées ne sont pas mieux loties quand bien même les précipitations ne manquent pas car la déforestation empêche la retenue de ces quantités d’eau qui finissent en torrents de boue, saccageant tout sur leur passage.

Ces aspects-là sont les plus spectaculaires et il convient de s’en inquiéter de façon urgentissime, mais il reste une partie immergée à cet iceberg : la qualité générale de l’eau douce diminue chaque année et les zones de captation exemptes de pesticides et autres hydrocarbures ont quasiment disparu. De toute la masse globale de l’eau circulant chaque année sur notre planète, seule une infime partie est accessible sous forme d’eau douce (environ un pourcent). Que cela semble minime...

Bien que nous n’aimions guère la « drache », il semble pourtant que ce soit un privilège de pouvoir bénéficier chaque année d’une quantité d’eau suffisante pour nos besoins essentiels, ces besoins étant réduits d’un tiers environ dès que l’on opte pour la toilette à litière.

La Belgique a une pluviométrie permettant d’avoir un apport d’eau régulier tout au long de l’année sauf rares exceptions (canicules, sécheresses de longue durée). Cela nous permet de répondre aux besoins de deux personnes « standard » ou aux besoins de quatre personnes pour autant que l’on soit un minimum économe [1]. Une indépendance, voire une autonomie complète est tout à fait accessible en ayant une citerne de dimensions raisonnables (mais cependant supérieure à la norme de la Région Wallonne qui est limitée à 1m3 par équivalent-habitant, ce qui est nettement insuffisant). De l’arrosage à la boisson en passant par la douche et la lessiveuse il est possible de réserver l’eau de pluie à tous les usages. L’eau de pluie, filtrée en fonction de l’usage auquel elle est destinée est une eau de qualité à bien des égards. Les détracteurs parleront de l’eau de pluie comme si elle devait être consommée (bue) directement au sortir de la corniche : acide, chargée de fientes d’oiseaux et autres débris organiques (feuilles, mousses...), etc. Or, son séjour en citerne neutralise son acidité et l’eau est minéralisée (pour autant que la citerne soit en béton !). La filtration correctement organisée permet d’utiliser cette eau pour son hygiène corporelle sans danger et les systèmes de potabilisation offrent toutes les garanties de qualité. La valorisation de l’eau de pluie induit une démarche différente dans la conception que l’on a de notre consommation. Le réflexe d’économie est plus présent même si l’on reste (par sécurité) branché sur le réseau de distribution : une citerne vide nous rappelle clairement notre consommation. Bien que de faible incidence sur la masse globale de l’eau de pluie tombée sur notre territoire (champs, prés, forêts...), les citernes permettent une régulation au niveau urbain et forment une sorte de gigantesque bassin d’orage. L’eau de pluie, bien que chargée des polluants atmosphériques ne percole pas au travers d’une terre saturée en pesticides et n’est pas captée au sein d’un cours d’eau où se déverse le trop-plein des stations d’épuration... quand station il y a, ce qui est loin d’être une généralité.

Il reste les aspects économiques, ceux-ci n’étant pas négligeables : bien que l’investissement de départ soit relativement conséquent, l’économie qui en découle est tout à fait attractive et pour peu que l’on opte pour une installation raisonnable et raisonnée il est tout à fait « intéressant » financièrement de privilégier l’eau de pluie à l’eau de distribution. Notre revue « De la Gouttière au Robinet » , arrivée quasiment à épuisement sera très bientôt rééditée et mise à jour. Ce dossier sera le plus complet possible car comme le dit si bien cette devise chère aux Amis de la Terre : « Penser globalement, Agir localement », il est utile de considérer la problématique de l’eau dans sa réalité au niveau mondial tout en considérant les aspects pratiques de la valorisation de l’eau de pluie au quotidien.

Marc Van Damme


Lors d’un exposé, Joseph Orszagh [2] nous faisait part de son avis à propos du principe du « pollueur-payeur » appliqué sur la seule base de la consommation d’eau. Selon lui, ce mode de calcul n’est pas correct car on peut très bien avoir une grosse consommation d’eau (en arrosant son jardin, une serre...) et ne produire qu’une faible quantité d’eaux usées. On peut en revanche avoir une moindre consommation et rejeter des eaux fortement polluées (en lavant un véhicule par exemple).

Notes

[1Un toit de 100 mètres carrés (surface au sol) permet d’alimenter un ménage avec une moyenne de 80 mètres cubes d’eau par an. Une moyenne de 0.15 m3 (150L) par m2 constitue un rapport correct afin de calculer le volume de votre citerne par rapport à la surface de votre toiture.

[2Jusqu’au 30 septembre 2002, la date de sa mise à la retraite, le professeur Joseph ORSZÁGH était chercheur à l’Université de Mons-Hainaut. Pendant 15 ans il a été le représentant des Amis de la Terre à la Commission des Eaux de la Région Wallonne.
Voir cette page