EDITO : Nouvelle facturation de l’eau : imbuvable !

Depuis le début de l’année 2005, les modalités de facturation de l’eau sont modifiées en Région wallonne. Les raisons de ce changement semblent louables puisqu’il s’agit d’harmoniser les tarifs et de calculer les montants à payer en proportion des quantités consommées. Cela, c’est la belle face de la médaille dont se félicitent les sociétés de distribution. Mais la médaille présente une face cachée qui provoque la grimace de notre mouvement et de tous les défenseurs de l’environnement.

Un coût soi-disant vérité !

Que nous dit-on ? Désormais, le prix de l’eau financera son épuration après usage, ce qui sera plus clair. En réalité, intégrer le coût réel de notre politique de gestion de l’eau essentiellement curative plutôt que préventive (une véritable catastrophe écologique et économique !) rendrait le prix de l’eau inabordable tant le coût des frais d’égouttage et d’épuration est exorbitant. Présenter ainsi les changements tarifaires, c’est tartiner d’une couche de vernis environnemental une logique purement comptable. Nous ne pouvons accepter que le souci de l’environnement soit ainsi détourné ! En outre, il s’agit d’un amalgame entre les coûts de distribution de l’eau et une partie des frais de traitement de sa pollution. Il noiera les efforts des citoyens qui évitent de polluer l’eau en utilisant des produits respectant l’environnement et qui diminuent leurs rejets d’eau polluée en utilisant des dispositifs individuels efficaces d’épuration. On est donc bien loin d’un impact positif sur l’environnement !

Pour un prix équitable !

Une part importante du prix de l’eau, dans la redevance, finance sa distribution. Or, lorsque l’habitat est concentré, ces frais se répartissent sur davantage d’usagers. Il serait plus équitable et plus cohérent avec la réalité environnementale d’envisager deux types de redevance ; plus élevée pour les habitats dispersés voire isolés et moins élevée pour les habitats groupés. Cette formule tiendrait compte en plus du fait qu’en ville (forte densité des logements), les possibilités d’approvisionnements alternatifs (puits et citernes d’eau de pluie) sont plus faibles que dans les zones rurales à habitat dispersé.

Un pas de plus vers la marchandisation de l’eau

Les distributeurs ajoutent que les augmentations seront minimes voire inexistantes. Nous partageons les craintes de la Fédération Inter-Environnement Wallonie, dont nous faisons partie, de voir le prix de l’eau augmenter notablement à plus ou moins brève échéance car ce souci de transparence du prix de l’eau marque surtout l’intention de transformer un service public de fourniture de l’eau à tous en commercialisation d’un liquide traité et débité. Cette logique nous inquiète car elle mène tout droit aux libéralisations, à la dérégulation des prix et à des accès inégalitaires.

Haro sur les consommateurs économes et les citernes inciviques !

La nouvelle structure tarifaire découragera surtout les efforts pour économiser les ressources d’eau potable et utiliser des ressources alternatives. La Société Wallonne de Distribution d’Eau (SWDE) reconnaît en effet que « l’augmentation sera la plus sensible pour les tout petits consommateurs soit moins de 30 m3 par an » (voir Le Soir du 28/01/05)

Elle ajoute même « qu’il ne faudrait pas en arriver à un état contradictoire où le réseau public de distribution ne serait plus qu’un palliatif aux ressources alternatives (puits, citernes ...). Car dans ce cas, avec des frais fixes de réseau qui restent énormes, si la consommation poursuit une chute libre, le prix du mètre cube va exploser en pénalisant en première ligne ceux qui n’ont pas les moyens financiers ou les possibilités techniques de se doter de ressources alternatives. ». Bref, les citoyens qui s’équipent et utilisent leur citerne sont des inciviques en puissance ! Il devient donc évident que les sociétés distributrices ont rayé de leur politique le volet « protection de l’environnement » et que, dans le domaine de l’eau, la Région wallonne privilégie la logique marchande au détriment de la protection des ressources naturelles. Installer une citerne ? Très bien ! Utiliser son contenu ? Pas recommandé ! Bonjour la cohérence !

Pourquoi diaboliser l’eau de pluie ?

Pourquoi, en effet, à l’instar de ce qui se fait dans le domaine de la consommation d’énergie, ne pas favoriser équipements et comportements qui économisent les réserves d’eau potable et utilisent davantage les ressources alternatives comme l’eau de pluie ? Il suffirait de quelques primes judicieuses, de campagnes d’information documentées pour que ces ressources alternatives soient accessibles à un grand nombre avec des installations efficaces et durables. Cela serait en phase avec les mesures communales qui favorisent l’équipement et l’usage des citernes d’eau de pluie ou l’imposent dans de nouvelles constructions comme cela se passe en Région flamande. Mais de cela, il n’en est pas question !

Depuis des années, notre mouvement prouve par ses recherches et l’expérimentation de ses membres que l’eau de pluie, très douce et peu polluée, peut être utilisée pour tous les usages dans la maison y compris être facilement buvable grâce à un équipement (citerne et filtres) amortissable en quelques années.
Aux citoyens à réagir !
Notre mouvement, Les Amis de la Terre-Belgique dénonce la logique cachée de ces nouvelles modalités fiscales qui n’inciteront ni à utiliser l’eau, cette ressource précieuse, de manière rationnelle, ni à éviter sa pollution par des produits nocifs. La nouvelle manière de faire payer l’eau aux Wallons ne pénalise pas les consommations « de luxe » ou excessives.

A l’instar des systèmes de tarification adoptés par la Flandre et la Région bruxelloise, une tarification à la fois progressive, pour encourager les économies, et solidaire, pour tenir compte de la composition des ménages, construirait une véritable politique sociale et environnementale de l’accès à l’eau publique.

C’est à chaque citoyen de donner un signal clair aux décideurs politiques en redoublant ses efforts afin de protéger les ressources en eau potabilisable (choix de produits de lavage biodégradables, utilisation parcimonieuse de l’eau) et d’utiliser une ressource de qualité : l’eau de pluie.

Nos propositions

Plus généralement, les Amis de la Terre rappellent leurs options en matière de fourniture d’eau : tarification progressive, solidarité sociale en tenant compte de la composition des ménages, suppression de la taxe d’épuration sur l’eau consommée pour la prélever par l’intermédiaire d’une taxe lors de l’achat de matières polluantes comme les détergents, lisibilité pour le consommateur de l’évolution annuelle de sa consommation, du système de traitement de l’eau qui lui est fournie, de ses caractéristiques (qualité, acidité, teneur en nitrates et en pesticides, provenance).

Un pas vers une société des NégaWatts - Une campagne qui veille !

Un gaspillage incognito

On ignore encore beaucoup trop souvent que nombre de nos appareils électriques (TV, Hifi, vidéo, ordinateur, etc...), que nous pensons avoir éteints, sont en réalité en mode de veille. De ce fait, ils sont responsables d’une consommation « cachée » d’électricité. On estime que la consommation en mode de veille évitable correspond en moyenne à 10 % de la consommation électrique globale (entre 5% et 30% suivant les ménages). Cela représente une dépense annuelle moyenne de 50 euros par ménage et, à l’échelle de la Wallonie, de plusieurs millions d’euros. Au niveau européen, cette consommation inutile correspond à la production d’une dizaine de centrales nucléaires...

Souhaitez-vous économiser 10% sur votre facture d'électricité ? (dessin de Cémoi)

Réagissons !

Le nombre de ménages augmentant - de plus en plus de personnes isolées - ainsi que l’offre d’équipements électriques utiles et inutiles, la consommation d’électricité est en hausse constante. Devant cette situation et les conséquences désastreuses de la surconsommation énergétique pour la Terre et pour tous ses habitants,
il est urgent qu’individuellement et collectivement nous devenions des producteurs de NégaWatts (le NégaWatt est l’unité de l’énergie qui n’est pas produite, la meilleure des énergies). Notre consommation énergétique doit être réduite avec comme objectif final de ne plus dépendre que de sources d’énergie renouvelables et d’atteindre ainsi une société durable d’un point de vue énergétique.

Etablissons la liste des « gourmands inutiles » !

Les appareils, de plus en plus nombreux, responsables de cette consommation électrique « cachée » sont : le vidéo (magnétoscope), la TV, le lecteur DVD, la chaîne HI-FI, les ordinateurs. Ainsi, pour le magnétoscope, sa consommation en mode de veille représente environ les 95% de sa consommation totale. Vous avez bien lu : seulement 5 % de sa consommation est vraiment utilisée pour lire ou enregistrer des cassettes.

Le fonctionnement permanent et inutile de ces appareils, qui résulte de la volonté des producteurs de réduire au maximum le coût de fabrication, augmente d’autre part les risques d’incendie dans les habitations : des équipements électriques qui prennent subitement feu ... cela n’existe pas. Il est donc urgent de susciter une large prise de conscience de la population et de légiférer afin de réduire au maximum ces pertes d’énergie et d’argent, et d’agir en faveur de notre environnement et du bien-être des générations futures.

Appareil en Veille, j’y Veille !

Cet appel que nous lançons afin d’attirer l’attention des citoyens, des secteurs politiques et industriels sur cette consommation énergétique cachée sera relayé de deux manières.

Dans un premier temps, une conférence-débat « clé sur porte » sera proposée à tout groupe de citoyens intéressés. Vous pourrez la découvrir dans le programme des exposés du Salon de l’Eau le dimanche 24 avril à 11h à NamurExpo. Destinée au grand public, elle vise à propager la bonne habitude de mettre systématiquement hors tension les appareils non utilisés. D’autres pistes y sont approfondies : éviter d’acheter des appareils équipés de « gadgets » qui s’avèrent inutiles à l’usage (horloges, programmateurs, ...) et source de problèmes ; débrancher systématiquement les appareils lorsqu’ils ne sont pas utilisés ; utiliser des prises et multiprises munies d’un interrupteur. De telles multiprises sont disponibles pour un prix très raisonnable. Et si la mise sous tension permanente est nécessaire, on choisira des appareils qui ont une consommation en veille minime.

Adaptons les appareils !

Au-delà de la bonne volonté des citoyens, une adaptation de la législation et une prise de conscience des fabricants d’appareils électroménagers sont aussi indispensables. C’est pourquoi nous interpellerons les secteurs politiques et industriels afin que les appareils électriques répondent aux 5 exigences suivantes :

  1. La puissance utilisée en mode de veille doit être indiquée clairement sur le boîtier et dans la fiche technique de tous les appareils électriques concernés
  2. S’il y a une consommation électrique, même très faible, cela doit être aisément visible via par exemple un témoin lumineux sur l’appareil
  3. L’interrupteur principal de mise sous et hors tension doit être placé sur le circuit primaire du transformateur des appareils électriques concernés
  4. Le mode de veille ne consomme pas plus de 10 kW.heure par an
  5. Les informations qui sont mises en mémoire par l’utilisateur (par exemple, les différents canaux pour un magnétoscope ou une TV) doivent le rester même lors d’une mise hors tension prolongée de l’appareil.

Pour plus d’information sur la campagne « Appareils en Veille, j’y Veille », contactez-nous