Notre pays a le triste privilège d’avoir un habitat parmi les plus mal isolés de toute l’Europe ce qui entraîne une consommation énergétique des bâtiments beaucoup plus importante qu’ailleurs.

De plus, qui dit « mal isolé pour le froid de l’hiver » dit aussi « mal isolé pour la chaleur de l’été » et avec les étés de plus en plus chauds que nous vivons - tendance qui devrait s’amplifier dans les prochaines années d’après toutes les prévisions - ce sera, pour beaucoup d’entre nous, soit le coup de chaleur qui peut être dangereux, soit l’installation d’un conditionnement d’air avec l’importante consommation d’électricité qui en résultera.

Décider de faire réaliser ou de se lancer soi-même dans une rénovation énergétique de son habitation apparaît, dès lors, comme une décision importante pour améliorer le confort de la maison en hiver comme en été. Mais c’est aussi un geste fort pour la réduction de notre consommation d’énergie (le plus souvent non renouvelable) et donc aussi de l’émission de gaz à effet de serre, le fameux CO2 ; au final, un acte important pour la préservation de notre Terre.

Certes, ces travaux peuvent représenter une dépense financière importante mais l’Etat et la région wallonne proposent des incitants de plus en plus intéressants pour nous aider.

Voici le témoignage de Dominique, un de nos membres liégeois, qui s’est lancé avec sa famille dans une grosse rénovation énergétique de son ancienne habitation en participant lui-même aux travaux.

Que ceci puisse nous inspirer !

Peu après avoir acheté notre maison datant des années 1920, il y a un peu plus de 10 ans, la question s’est rapidement posée : « Que faire pour que notre maison devienne un peu moins gourmande en énergie et particulièrement en chauffage ? ». Un des premiers travaux, le remplacement des châssis les plus avancés, s’est imposé vu leur état. Néanmoins, parmi nos projets initiaux, nous avons également envisagé de placer des panneaux solaires, une chaudière à pellets... bref, un arsenal de nouvelles technologies. C’est après de nombreuses lectures, prises de renseignements et réflexions que nous avons décidé de reporter cela et de tout commencer par le bon début : ISOLER AUTANT QUE POSSIBLE.

Comment mener cette isolation : par l’intérieur ou par l’extérieur ? Quels matériaux choisir : écologiques ou moins voire pas du tout ? Faire réaliser ou s’impliquer en partie en « auto construction » ?
Voici trois des mille questions que nous avons progressivement résolues au cours de nombreux mois de maturation du projet avec l’aide d’un architecte et d’amis. Nous avons également mis sur papier les objectifs, certains « utopiques », appelés à nous guider au cours de la réalisation : descendre au plus bas la demande en énergie du bâtiment ; sortir définitivement des énergies fossiles pour les besoins subsistants ; s’impliquer dans le projet par des travaux en « auto construction » ; définir prioritairement le projet optimal puis seulement en évaluer la faisabilité financière ... quitte à différer certains travaux !

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La maison avant les travaux

Un audit thermique du bâtiment a été réalisé avant la part la plus considérable des aménagements, permettant de mieux connaître les caractéristiques initiales du bâtiment ainsi que les bénéfices thermiques de chacune des possibilités de modification envisagées.

La technique d’isolation choisie est dite « extérieure » c-à-d. par un bardage couvrant l’isolant. Les raisons principales en sont qu’elle facilite la suppression des ponts thermiques et qu’elle est idéale pour maintenir l’inertie thermique (plus chaud en hiver, plus frais en été) ; parmi les critères plus secondaires, la majorité sont favorables lorsque l’isolation est menée par l’extérieur. La seule restriction est que cette technique est a priori la plus chère. Il a donc été décidé de choisir une technique de mise en œuvre me permettant de m’y impliquer personnellement : 12 cm de laine de roche (une double couche de 6cm) sous forme de panneaux semi-rigides maintenus par une double structure de chevrons en bois, croisés. Cette couverture a été appliquée sur les 4 faces de la maison, du contact avec la nouvelle sous-toiture jusqu’au niveau le plus bas possible techniquement (sous le niveau du rez-de-chaussée).

Initialement, il était prévu de barder les pignons et la face arrière de la maison en ardoise et de ne pas barder la façade avant en raison du cachet qu’elle donnait à la maison. En dernière minute, pour respecter la cohérence du projet, il a été choisi de barder la façade mais avec une couverture bois pour y adjoindre l’aspect esthétique. La démarche administrative de permis auprès de la commune n’a posé aucun problème et l’autorisation a été obtenue rapidement.

Tous les châssis de fenêtres, ailleurs qu’en façade, devaient être changés afin de poser des profilés de châssis plus efficaces équipés de double vitrage super-isolant (k=1,1). Le pourtour extérieur de ces nouveaux châssis a été garni de structures en bois permettant d’assurer la continuité directe entre le bois du châssis et l’isolant du bardage. Tous les ponts thermiques ont été ainsi supprimés. Pour les châssis de la façade, laissés en l’état, seule l’ajoute d’un encadrement très mince était possible pour minimiser les ponts thermiques. Ici, c’est donc du polystyrène extrudé en plaques minces qui a été utilisé.

La toiture ne comportait pas de sous-toiture et il n’y avait plus de tuiles de réserve disponibles. Il a donc été décidé de descendre toutes les tuiles pour poser une sous-toiture, indispensable pour atteindre une très bonne isolation, et reposer une couverture, en partie de nouvelles tuiles. Toute la manipulation des tuiles d’origine a été prise en charge par nous mêmes et des amis. - Quel plaisir de laisser traîner le regard depuis son toit, quelle gratification d’avoir la présence d’ami(e)s autour de soi !
La sous-toiture choisie se présente sous forme de panneaux de fibres de bois comprimées et étanchéifiées au bitume végétal. Pour combiner la protection au froid et au chaud, une forte épaisseur a été choisie : 35mm. L’isolation du toit est réalisée au moyen de 2 couches de 6 cm et 1 couche de 18 cm de laine minérale, toutes ces couches étant disposées entre les boiseries de la charpente. La continuité entre cet isolant, intérieur, la sous-toiture et l’isolant de bardage, extérieur, est telle que la maison donne l’impression d’être recouverte d’un manteau, comme le montre la photo ci-jointe. Les aspects de ventilation n’ont pas été oubliés ; ils sont d’autant plus importants que l’habitation est bien isolée.

Le choix de la laine de roche n’est certainement pas l’idéal écologique mais il s’est avéré être l’optimum pratique compte tenu des critères techniques de mise en œuvre, du fait que la maison n’est au départ pas du tout réalisée avec des matériaux écologiques et, finalement, pour des raisons financières assez évidentes : utilisation de plus de 50 m³ de laine de roche au total !
Par contre, le polystyrène a été utilisé au strict minimum, là où il s’avérait indispensable, à l’extérieur.

Pour les finitions de bardage, nous avons opté pour l’ardoise naturelle sur les côtés et pour le mélèze en façade. Le choix du mélèze non protégé, une essence de bois de chez nous, est justifié par ses qualités pour cet usage. Les bois exotiques ont été rejetés car ils sont réputés terriblement prédateurs des forêts du Sud ; les bois labellisés ne semblent pas ou mal connus des fournisseurs consultés !

Le « chantier » est encore en partie en cours et quelques postes d’isolation seront encore à finaliser : le dédoublement de la porte d’entrée avec sas d’isolation thermique, la réduction des courants d’air fortuits subsistants, etc. Par la suite, sur base du calcul des besoins résiduels, les modes de chauffage de l’eau et du bâtiment seront choisis.

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Après la pose du bardage

Qu’est-ce qui a déjà été acquis et que souhaitons nous transmettre ?

De nombreux locaux sont concernés par les diverses adaptations apportées au bâtiment : il en résulte une réduction drastique des courants d’air fortuits, l’air est calme, plat, immobile. Les sensations de vent frais ou froid sont donc considérablement réduites ;

- Les températures des parois internes c-à-d. des murs sont très proches de la température de l’air ambiant. La sensation de confort est donc obtenue à une température bien plus basse qu’auparavant : elle est désormais de 16,5 - 17,0°C dans la plupart des pièces de séjour ;
- Les fluctuations de température sont nettement plus faibles et plus lentes. C’est l’effet d’inertie thermique. Un relevé quotidien de température de plusieurs thermomètres montre que le bâtiment répond très tard et faiblement aux fluctuations de la température externe ;
- La réduction de consommation du carburant de chauffage, pour l’année 2006, est de plus de 20% par rapport aux années antérieures mais ce bilan est peu pertinent et largement sous-évalué puisque ce bilan couvre aussi la période hivernale du chantier avec toit ouvert et pourtour de châssis absent... Sur base des dernières observations, il semble qu’une réduction de la consommation de plus de 50% soit réaliste.
- Les changements climatiques, les problèmes d’approvisionnement énergétique nous imposent de « révolutionner notre mode de vie ». Au niveau de nos logements il est possible de concrétiser cette volonté écologique de transmettre, à nos enfants, une planète encore accueillante. Au propre comme au figuré, il est ainsi possible de changer significativement et visiblement comme en témoignent les photos de notre maison, avant et après ;
- L’auto-construction est une démarche riche d’instruction, responsabilisante, passionnante et certainement à conseiller...

Osez !