Une de nos membres a envoyé récemment cette réflexion extraite d’un livre qu’elle venait de lire : « soutenir la décroissance, c’est encore les plus pauvres qui vont payer ». Comme c’est une critique que l’on fait souvent à la décroissance pour, la plupart du temps couper court au débat, il nous paraît intéressant de reprendre ici la réponse de Dominique Masset à cette affirmation.

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photo © Patrick Olczyk , tous droits réservés.

Jamais les partisans de la Décroissance n’ont parlé d’une Décroissance linéaire, la même pour tous, dans tous les pays. Bien au contraire, il est lourdement question d’une Décroissance différenciée qui inclut une phase de « croissance » pour les peuples vivant dans la misère. Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de dire que la sortie de ces populations de la misère n’est possible qu’à la condition que les populations riches - les quelques centaines de millions d’humains dont nous faisons partie qui ont une empreinte écologique ou un bilan carbone non généralisables - acceptent de partager et donc de décroître. Ces « théories » sont « inaudibles » pour beaucoup car elles sont à l’opposé des fondements de nos sociétés capitalistes toutes entières tournées vers l’accumulation des richesses matérielles.

Dans nos pays riches, par contre, la décroissance invite à :

  1. une réduction massive du temps de travail salarié pour mieux le distribuer et réduire son importance dans notre vie ;
  2. une réduction importante du pouvoir d’achat moyen avec par exemple l’instauration d’un revenu maximal admissible - le RMA. Le RMA étant un moyen radical de resserrer la plage des revenus qui actuellement ne fait que s’accroître et redistribuer les richesses collectivement générées.

Un autre aspect important : les « décroissants » parlent toujours de décroissance économique soutenable ce que les détracteurs de cette pensée ont furieusement tendance à « oublier ».

Un des problèmes repose sur le fait qu’il faudra passer du choix individuel bien résumé par la simplicité volontaire aux décisions collectives... Une partie du problème évoqué ci-dessus ne pourra être levé que par la relocalisation de nos vies. Le chantier est immense puisqu’il semble que l’humanité entière, n’a jamais connu de tel défi ni écologique ni économique.

Dominique Masset : groupe de réflexion SOS