Il y a vingt ans, le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait. Une radioactivité cent fois supérieure à celles des bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki était libérée dans l’atmosphère et contaminait l’environnement pour des milliers d’années. Rien qu’en Ukraine, au Bélarus et en Russie, sept millions de personnes - réparties sur une superficie grande comme quatre fois la Belgique - ont été soumises à des quantités importantes de radioactivité et les effets sanitaires à long terme sont estimés à plusieurs centaines de milliers de morts. Pourtant, peu avant la catastrophe, la centrale de Tchernobyl avait été jugée « sûre » par les instances internationales compétentes en la matière... L’impossible a donc eu lieu... On peut dès lors s’interroger sur les risques que nous courons avec les centrales belges.

- WWF - Sam Van den plas
- Greenpeace - Jean-François Fauconnier
- Inter-Environnement Wallonie - Mikaël Angé
- Les Amis de la Terre - Ezio Gandin
- Nature & Progrès - Marc Fichers et Francis Giot

Si le type de réacteur en cause à Tchernobyl n’est pas le même que ceux équipant les centrales de Tihange et de Doel, ces derniers ne sont cependant pas exempts de dangers. Les sept réacteurs actifs chez nous sont dits « à eau pressurisée » ; un de leurs points faibles est que l’eau de refroidissement circulant dans le circuit primaire présente une température et une pression élevées qui, avec la radioactivité, accélèrent la corrosion et le vieillissement de certaines pièces. Les générateurs de vapeurs, par exemple, doivent être remplacés régulièrement. De même, des problèmes de fissures existent dans les pénétrations du réacteur sous pression. Ce problème a été notamment identifié dans des réacteurs en France, Suède et Suisse, l’exemple le plus préoccupant en date étant celui du réacteur David Besse, aux Etats-Unis, où, malgré des contrôles réguliers, des fissures n’ont été découvertes qu’après une dizaine d’années. Inutile de préciser que l’on a frôlé l’accident grave...

A travers le monde, vu que très peu de nouveaux réacteurs sont en construction, le parc nucléaire vieillit inexorablement. Initialement, les centrales nucléaires belges ont été conçues pour une durée de vie de 30 ans. En 2003, - à l’issue d’un long débat - notre pays décidait de prolonger la durée de vie de ses centrales jusqu’à 40 ans, soit jusqu’à l’échéance programmée pour leur fermeture.. Leur propriétaire se réjouit sans doute de cette décision puisque, les centrales étant déjà amorties, il allait ainsi engranger de plantureux bénéfices. Sur le plan technique, et plus particulièrement au niveau de la sécurité, par contre, il n’y avait pas lieu de se réjouir. Le vieillissement des réacteurs provoque en effet des problèmes d’autant plus préoccupants qu’ils sont difficiles à détecter. Ils concernent en effet souvent la structure interne des matériaux, au niveau microscopique, et ils ne deviennent décelables qu’après rupture de la pièce. D’ores et déjà, on constate dans les centrales belges un accroissement du nombre d’incidents tels que des petites fuites, des fissures ou des courts-circuits comme le révèlent des rapports de l’organisme de contrôle indépendant (AVN) récemment rendus publics. Ce dernier souligne également la diminution, ces dernières années, de la culture de la sécurité dans les centrales. Plus préoccupant encore est l’affaiblissement des matériaux des réacteurs, avec comme conséquence une fragilisation pouvant provoquer des ruptures catastrophiques avec des émissions importantes de radioactivité. Il n’est pas difficile de s’imaginer l’impact d’un tel accident à la centrale de Tihange, située à proximité d’agglomérations comme Liège, Namur, Charleroi et Bruxelles.

Depuis le 11 septembre 2001, nous savons également que le risque d’attaque terroriste contre une centrale nucléaire n’est pas à exclure. Au-delà des dommages sanitaires, des groupes mal intentionnés pourraient y voir la possibilité de mettre à mal d’un seul coup l’approvisionnement énergétique d’une bonne partie du pays. Or, les trois plus vieux réacteurs belges (Tihange 1, Doel 1 & 2) ont été construits il y a plus de trente ans et n’ont pas été prévus pour résister à la chute d’un avion de ligne de type Boeing 747. Mais plus encore que le réacteur lui-même, ce sont les installations de stockage du combustible usé qui sont vulnérables. En effet, en attendant son refroidissement, celui-ci est conservé pendant plusieurs dizaines d’années dans des « piscines » à proximité du réacteur. Une attaque contre une de ces piscines aurait des conséquences extrêmement graves avec la contamination radioactive de toute la région.

En 2004, Colin Powell a écrit au gouvernement belge pour lui recommander de placer des gardes armés sur les sites nucléaires belges. L’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) a estimé ces mesures superflues vu que... des commissariats de police sont situés à proximité des centrales ! Des agents de quartier et des vigiles non armées pour nous protéger de terroristes nucléaires ? C’est pour le moins irresponsable dans un pays parmi les plus nucléarisés au monde...

Le nucléaire implique des dangers d’une toute autre dimension, tant dans leur ampleur que dans leur durée, que ceux liés aux autres activités industrielles. Ces risques inhérents à la technologie nucléaire existant aussi pour les réacteurs se trouvant sur notre territoire. Plus longtemps ceux-ci seront maintenus en activité, plus ces risques augmenteront. Et c’est d’autant plus vrai dans le cadre d’un marché libéralisé de l’électricité conduisant les exploitants à compresser leurs coûts autant que possible afin d’assurer leur compétitivité...

Vingt ans après la catastrophe de Tchernobyl, il est plus que jamais l’heure de tourner la page du nucléaire et de construire une autre politique énergétique. À condition de donner rapidement et simultanément la priorité aux mesures d’économies d’énergie et d’efficacité énergétique, il est possible d’opérer une véritable transition vers un système énergétique basé sur les différentes sources d’énergies propres, locales et renouvelables.