Dans un avenir pas si lointain où tout ce qui n’est pas produit localement risque de devenir très cher suite à la raréfaction du pétrole et donc à l’augmentation vertigineuse des coûts de transport, notre capacité à produire des fruits et des légumes localement devrait être
encouragée et développée. Totnes, une petite ville
anglaise du Devon qui est pionnière du mouvement des « Villes en Transition » a depuis peu lancé une initiative intéressante allant dans ce sens : un système de jardins partagés.

En Angleterre il existait déjà une
longue tradition de jardins urbains
mis à disposition des habitants
par les autorités publiques grâce à la promulgation
de l’« Allotments Act » de
1925, une démarche législative qui devait
améliorer la sécurité alimentaire en temps
de crise. Mais le système des Allotments
n’est aujourd’hui plus une priorité des
autorités : les listes d’attente sont longues
et les terrains à concéder aux habitants
sont de moins en moins nombreux car
source de spéculations immobilières.
Partant du constat que beaucoup d’habitants
de Totnes ont, à l’avant ou à l’arrière
de leur maison, des jardins privés
non utilisés (que ce soit par manque de
temps, manque d’intérêt, ou manque de
mobilité), le groupe de travail « Alimentation » de l’initiative de Totnes a désiré encourager le partage de jardins en
lançant un « Garden Share Scheme ». Les
jardins collectifs tels qu’on les trouve en
France et depuis quelque temps en
Belgique sont souvent terrains publics
gérés par une plus large communauté de
jardiniers. Le projet initié à Totnes va
plus loin : il transgresse les limites de la
sphère privée. Car partager son jardin
c’est en quelque sorte partager son chez
soi !

La première saison de lancement de
cette initiative fut un succès. Après une
vaste campagne d’information via presse,
affiches et dépliants toute boîte, des propriétaires
« jardiniers amateurs » ont mis
à disposition leur jardin privé et on
accepté de le partager avec d’autres afin
que ces espaces soient transformés, mis
ou remis en culture, le plus souvent selon
les principes de l’agriculture biologique
ou de la permaculture. Le principe est
simple : toute personne possédant un terrain
inutilisé (ancien potager, pelouse,
terrain vague) peut conclure un contrat
de « partage de jardin » avec un ou plusieurs
planteurs jardiniers qui eux n’ont
pas accès à du terrain. Ces derniers sont
le plus souvent des citoyens vivant dans
des appartements, des locataires... qui
n’ont pas la chance d’avoir accès à un jardin
pour cultiver fruits, légumes et fleurs.
Le propriétaire du terrain peut aider à
cultiver le lopin et le plus souvent, les
récoltes sont partagées. Parmi les participants
autant de jardiniers débutants que
de confirmés : le réseau « Transition
Totnes » tente de constituer des paires qui
ont les mêmes attentes du projet (temps,
connaissances de base et affinités...) A ce
jour Totnes compte plus de 20 jardiniers
qui peuvent apprendre ou réapprendre le
contact avec la terre sur terrains privés de
toutes tailles (à quoi il faut ajouter les
familles ainsi nourries). L’idée motrice du
projet est de créer une initiative communautaire
à long terme, misant sur le développement
et la durabilité de la culture
des parcelles qui dans la mesure du possible
seront gérées d’année en année par
les mêmes jardiniers.

Impliquer la communauté

Les atouts de la démarche sont nombreux : les résultats des efforts fournis pour une meilleure résilience et une relocalisation alimentaire sont directement visibles. Le
projet contribue à la sauvegarde des semences, il aide
perpétuer la tradition de la culture familiale, à petite échelle. Enfin, il offre une possibilité supplémentaire de rompre l’isolement social et de recréer des échanges intergénérationnels.

Quand on se rencontre autour d’un terrain, on tisse d’emblée des liens collectifs, on a envie de partager nos
savoirs, nos pratiques et pour les plus âgés, l’histoire
et la mémoire du lieu qu’on a décidé d’ouvrir à l’autre...

Lou Brown, responsable du projet « Jardins partagés » de Totnes témoigne : « Cultiver notre propre nourriture à
Totnes signifie non seulement moins de kilomètres
alimentaires parcourus, plus de nourriture locale,
une meilleure sécurité alimentaire, moins d’emballages, des produits bio moins chers et une meilleure utilisation
de l’espace pour créer des écosystèmes prospères.
Enfin c’est aussi une occasion de créer des liens forts au
sein de notre communauté »

Une autre initiative fort intéressante du groupe “Transition Town Totnes” va également dans le sens de l’alimentation solidaire : la plantation de vergers à Noix. Depuis deux ans, les habitants ont été invités à participer au projet en plantant des châtaigniers, noisetiers, noyers, noix de pécan et amandiers... sur des terrains principalement publics. Il est clair ici que c’est un projet à long terme qui ne portera ses fruits (!) qu’après quelques années... Un « investissement » pour les
enfants de la ville.

Depuis mars 2007, plusieurs campagnes de plantation ont eu lieu, largement soutenues par les autorités publiques (qui, tout comme d’autres propriétaires publics avaient du donner leur agrément pour la mise en place de ces
vergers de noix sur des terrains inoccupés...).
Pendant la première année de l’action les organisateurs ont même obtenu quelques subventions privées, des dons
de matériel communal et d’arbres de pépiniéristes locaux. L’accent a été mis sur une forte implication des habitants,
tant pour la recherche des sites adéquats que pour dénicher des sponsors. Petite anecdote intéressante : l’entretien et la surveillance des arbres seront effectuée
par des « gardiens » volontaires, à savoir des personnes habitant dans les alentours de lieux de plantation - dont quelques enfants... Pour le suivi de la croissance
des arbres plantés, des professeurs d’horticulture
ont gratuitement dispensé une formation de base de 2 jours.

Pourquoi pas des pommes ?

Les raisons qui ont poussé les habitants de Totnes à planter des oléagineux sont multiples. Ils offrent une récolte nourrissante, riche en vitamines et mieux que de prosatisfaire simplement nos gourmands estomacs, ils ont de nombreuses autres utilisations intéressantes. Citons simplement pour exemple le noyer :

- la partie verte charnue autour de la noix -le brou - fournit un jus qui peut être utilisé en teinturerie.
- Du cerneau on extrait pression de l’huile de noix.
- Enfin, les tourteaux, résidus de la pression, peuvent servir de nourriture aux animaux.
- On peut faire un excellent vin à partir des noix
vertes et les coquilles peuvent servir de
combustible.
- Les feuilles et les chatons peuvent servir à faire des alcools ou des décoctions.
- Enfin, une fois devenu « moins productif » le noyer pourra être laissé sur pied comme refuge pour la biodiversité
ou coupé pour son bois de qualité apprécié en menuiserie et ébénisterie... à condition bien sur de replanter
d’autres exemplaires !

De nombreuses autres utilisations pourront être trouvées
pour la noisette, l’amande, la châtaigne ou les noix de pécan.... Une tournée chez les anciens de Totnes est d’ailleurs prévue pour rassembler des recettes et pratiques
de transformation oubliées...

Voilà donc de belles récoltes en perspective ! Et pour se faire connaître au delà de la ville, les habitants désirent acquérir à terme pour leur ville l’appellation « Totnes capitale anglaise des vergers à
noix ». À quand le premier jumelage avec une ville des noix belge ?

Veronika Paenhuyzen


Le mouvement de la Transition en plein essor

Face aux éléments toujours plus probants
du changement climatique et
d’une crise pétrolière, il est heureux de
constater qu’à travers le monde, toujours
plus de citoyens se joignent au
mouvement des « Villes en Transition ».
À ce jour 135 initiatives ont rejoint le
réseau officiel (Transition Network) et
plus de 700 localités se préparent à
rejoindre le mouvement à différents
niveaux d’implication. Au niveau des
Amis de la Terre, beaucoup de contacts
internationaux se mettent en place, surtout
au niveau francophone. Plus d’infos
dans le prochain numéro.