Il est parfaitement possible de répondre aux attentes en connectivité de notre économie, tout en faisant face aux grands défis de notre société : dérèglement climatique, usage des ressources naturelles, santé et place de l’humain.

Le dossier sensible de la 5G [1] révisant les limites d’exposition aux ondes à Bruxelles est actuellement sur la table du gouvernement régional. Ce moment charnière nous amène à interpeller nos ministres sur l’urgence d’une réflexion autour de l’enjeu environnemental de la 5G.

À rebrousse-poil des enjeux écologiques
Malgré la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5% par an, le numérique [2] [3] en produit déjà bien plus que l’aviation civile pré-covid [4].

Pire, ce secteur avance à contresens avec une hausse de 6% par an [5] et une forte probabilité de voir cette tendance s’accélérer, due à la hausse exponentielle du trafic de données [6]. D’autres secteurs plus essentiels devront donc redoubler d’efforts pour tenter de compenser la hausse du numérique.

Tant l’extraction des minerais que la gestion des déchets liés aux terminaux (smartphones, objets connectés, etc.) polluent les sols, l’eau et l’air, au péril de la santé des populations locales [7]. Une forte tension sur des métaux critiques alimente des conflits armés [8].

Un déploiement sans fondement économique
Comparée à la 4G, la 5G permet de transporter les mêmes données avec moins d’énergie. En revanche, son débit élevé incite à une croissance des usages (dont 69% de vidéo [9]) qui induit au final une consommation énergétique bien supérieure, le fameux "effet rebond". À tel point que les analystes [10] et opérateurs [11] s’accordent sur une facture d’énergie des opérateurs mobiles multipliée par 2 à 3 déjà … d’ici à 2025. Quant aux promesses d’économie d’énergie dans d’autres secteurs grâce aux télécoms, elles sont réalisables sans la 5G [12].

Le déploiement de la 5G peut tout à fait se limiter à une poignée de sites industriels privés [13] [14] [15], ne nécessitant aucun déploiement dans l’espace public. Par ailleurs, les PME et les consommateurs sont déjà largement satisfaits par la 4G dont une possible saturation pourrait être évitée à travers divers leviers [16]. Les annonces de la 5G comme tremplin pour sortir de la crise économique sont infondées selon les dires du PDG de Bouygues Telecom devant le Sénat français [17] ; un fossé existe donc entre les arguments porteurs de ce projet technophile et la réalité économique.

5G et santé
Concernant les limites d’exposition aux antennes, l’UGent et imec [18] se sont penchés récemment sur l’exposition aux ondes de la 5G lors d’un usage intensif : les mesures du premier réseau 5G grande échelle en Suisse révèlent des valeurs compatibles avec les limites bruxelloises actuelles de 6 Volts par mètre (V/m), même dans le scénario où toutes les antennes 5G émettraient à pleine puissance.

De plus, la 5G n’a fait l’objet d’aucune évaluation de risque sanitaire, alors même que l’OMS catégorise les fréquences des réseaux mobiles comme "cancérogènes possibles" [19]. Par ailleurs, la 5G va augmenter "l’électrosmog", suscitant une discrimination à l’égard de 5% [20] [21] de la population souffrant d’électrohypersensibilité.

Solutions pour une 5G compatible avec les défis de notre siècle
En cette période à la fois de crise sanitaire et de déclin massif de la biodiversité [22], une gestion optimale des risques pesant sur le vivant nous semble, plus que jamais, une évidence. Les normes strictes en Suisse n’ont pas empêché le déploiement de la 5G dans des conditions plus respectueuses de l’environnement et de la santé, que Bruxelles pourrait suivre tout en conservant son attractivité économique.
Par conséquent, à la lumière des niveaux d’exposition de la 5G et des objectifs de sobriété que le contexte climatique nous impose, nous demandons :

  1. Un déploiement limité aux sites 5G industriels privés.
  2. Une augmentation de la protection des personnes et de la biodiversité, en adaptant la norme d’exposition actuelle de 6 V/m à 3 V/m , comme préconisé par le Conseil Supérieur de la Santé [23].
  3. Une maitrise sur l’augmentation du trafic de données mobiles. À cette fin, nous demandons la création d’un fonds "Numérique Responsable" géré par un organisme public indépendant des opérateurs. Il devra être financé sur les revenus des opérateurs, en fonction de la consommation mensuelle de données mobiles par utilisateur, par paliers favorisant les consommateurs les plus sobres. Ce fonds soutiendra trois axes :
    • sensibiliser le public à la sobriété numérique ;
    • protéger les personnes les plus sensibles (malades, femmes enceintes, enfants, électrohypersensibles) ;
    • encourager les investissements dans des infrastructures filaires à prix et qualité de service attrayants, car énergétiquement beaucoup plus efficaces ; décourager les box wifi connectées en 4G/5G, un non-sens écologique et économique en ville [24].
  4. L’obligation de réaliser un bilan carbone annuel par les opérateurs mobiles et les obliger réglementairement à s’aligner sur les objectifs climatiques régionaux (-55 % d’ici 2030).

Ce n’est donc qu’en posant les balises de sobriété citées plus haut que nous pourrons répondre aux attentes en connectivité de notre économie, tout en faisant face aux grands défis de notre société : dérèglement climatique, usage des ressources naturelles, santé et place de l’humain.

Carte blanche publiée le 8 janvier 2022 dans le journal L’Echo.

Liste des cosignataires :
Personnalités de tous horizons (hors professionnels de la santé) :
• Miguel Coma - auteur de “5G - la nouvelle utopie” (Réseau Citoyen asbl)
• David Steinmetz - consultant en développement durable et électrohypersensible
Olivier De Schutter - Rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme à l’ONU
• Etienne de Callataÿ - Economiste
• Jacques Crahay
Pr. Jean-Pierre Raskin - UCLouvain
Pr. Grégoire Wallenborn - ULB
Mohamed Ayadim - UCLouvain
Pr. Nicolas Schtickzelle – UCLouvain
Pr. émérite Bernard Feltz - UCLouvain - Philosophie des sciences
Benoit Louppe, consultant scientifique

Les associations & organisations :
Justice & Paix
Inter-Environnement Bruxelles - IEB asbl
Inter-Environnement Wallonie - IEW asbl
Les Amis de la Terre Belgique
la Coalition Kaya - coalition d’entrepreneurs durables
Actrices et Acteurs des Temps Présents
Territoire sans 5G
Ondes.brussels
AREHS asbl - Association pour la Reconnaissance de l’ElectroHyperSensibilité
Mouvement Ouvrier Chrétien - MOC
Grappe asbl
POUR.presse
Attac Bruxelles 2
Technopolice
Les Shifters Belgium
Réseau Citoyen asbl
Teslabel
DEC !DE
grONDES

Les experts et professionnels en lien avec la santé :
Pr. émérite André Vander Vorst - UCLouvain
• Signataires de l’appel Hippocrates Electrosmog Appeal (de manière nominative) :
◦ Dr Magali Koelman, médecine environnementale
◦ Dr Vinciane Verly, médecin généraliste
◦ Dr Vincent Jadoulle, psychiatre
◦ Dr Corinne Bleyenheuft - médecin spécialiste en médecine physique et réadaptation
◦ Dr Vincent Marneffe, neurochirurgien
◦ Dr Fanny Bastogne, médecin généraliste
◦ Dr Patrick Jadoulle, médecin généraliste
◦ Dr Philippe Antoine, neuropsychiatre
• Dr Bénédicte Roegiers, médecin généraliste