Il y a peu Les Amis de la Terre ont signé l’Appel international demandant l’arrêt du déploiement de la 5G sur Terre et dans l’espace. Dans cet article nous vous partageons ce qui motive notre mobilisation et vous invitons à signer la pétition !

On n’arrête pas le progrès, dit l’adage. C’est certainement le cas pour la 5G qui semble impossible à stopper dans sa progression, malgré les sonnettes d’alarmes tirées par de nombreux scientifiques et plus de 10 000 études. Décrite comme une révolution sociétale au moins aussi radicale que l’invention de l’électricité, faisant miroiter une vie plus “intelligente” grâce au tout-connecté, la 5G promet monts et merveilles – surtout pour le chiffre d’affaires des entreprises de télécommunications.

Le monde de la 5G sera celui où vous pourrez en quelques secondes télécharger un film sur votre smartphone, que vous pourrez regarder dans votre voiture autonome, qui vous conduira partout en toute sécurité et sans s’arrêter à aucun feu rouge (ils seront devenus superflus). Votre montre aura vérifié votre sommeil et communiqué vos données santé au frigo qui veillera à mettre sur vos listes des courses les aliments idéaux pour vous, vous signalant également les dates de péremption rapprochées de son contenu actuel. Bref, la science-fiction devient réalité. A quel prix, et pour quel bénéfice ?

Pour une Terre vivante

On estime à 200 milliards le nombre d’objets émetteurs de radiofréquences d’ici 2020, et un billion quelques années plus tard [1]. Vu le volume de données à transmettre pour et par ceux-ci, la technologie 5G utilisera des ondes millimétriques nécessitant l’installation de stations de bases tous les 100 mètres dans toutes les zones urbaines sur terre, et dont la puissance rayonnée sera des dizaines à des centaines de fois plus puissante que les niveaux autorisés des stations de bases actuelles. Sans compter les quelques 20 000 satellites que certaines entreprises ambitionnent d’envoyer dans la magnétosphère de la Terre, en dépit des risques de perturbation de l’environnement électromagnétique terrestre.

De plus, saviez-vous que le secteur des technologies de l’information et de la communication produit 50% de plus de gaz à effet de serre que le transport aérien ? Selon une enquête de GESI (Global e-sustainability Initiative), Internet polluerait autant que le trafic aérien, en particulier pour le refroidissement des serveurs et des super-ordinateurs [2]. Quelle est donc dès lors la pertinence d’augmenter encore de manière exponentielle le trafic sur internet ? Si l’on ajoute au tableau les extractions de métaux rares nécessaires pour fabriquer tous ces objets connectés, celui-ci devient plus sombre qu’idyllique.

Qu’en est-il de l’impact sur notre santé ? Les études s’accumulent apportant des preuves inquiétantes de l’impact des champs électromagnétiques sur l’homme [3] mais également sur TOUS les végétaux et animaux.

Rien dans toute cette “smartness” 5G ne semble donc aller dans le sens d’une Terre vivante.

Simplicité volontaire

L’hyper-connectivité rendra-t-elle vraiment notre vie plus “intelligente”, plus riche de sens ? Avons-nous réellement besoin de toute cette technologie, avec l’hyper-surveillance qu’elle pourrait renforcer (Big Data [4] ) ? Quel est l’intérêt de prendre tous les risques énoncés au seul profit d’avancées technologiques non indispensables ? Faut-il vraiment accélérer encore quand tout autour de nous nous montre que la voie de la sagesse serait de ralentir ? Paradoxe de l’hyper-connectivité qui nous déconnecte toujours davantage de la réalité, de la terre, des autres et de nous-mêmes.

Économie non-violente

Car là est le seul avantage indiscutable de la 5G : un profit colossal pour les entreprises de télécommunication. Leurs lobbies convainquent les autorités de l’innocuité de la technologie qu’ils proposent, avançant qu’il ne peut être question pour notre pays d’être à la traîne par rapport aux autres : une Belgique où l’internet des objets prend du retard ? Où le débit sans effet de latence (temps entre deux signaux requête-réponse) n’existe pas ? Vous n’y pensez pas, vous ferez fuir les investisseurs ! C’est un discours qui ne peut que toucher la corde sensible de nos élus, qui oublient un peu vite que leur rôle est tout d’abord de prendre soin de la population, et des plus fragiles en priorité.

La perversion de la situation est profonde : nous ne sommes pas dans une situation où “dans le doute on s’abstient” puisque les seuils autorisés sont revus à la hausse avec un peu trop de facilité. Au contraire, nous devenons “tous cobayes”, et il faut apporter la preuve irréfutable que le niveau de radiation que nous subissons a un effet néfaste pour espérer que le législateur finisse – peut-être – par revoir sa copie, mais en aucun cas il ne faut apporter de preuve qu’il ne l’est pas.

Mais sur quels seuils se basent les autorités par rapport à la pollution électromagnétique ?

Les normes ont été élaborées en… 1998 (cela commence à dater) en se basant sur des études faites sur un… mannequin d’une composition homogène, exposé aux ondes... 30 minutes... et ne tenant compte que de l’effet thermique. La Commission en a sorti une puissance qui est devenue la norme, aussi pour l’OMS [5].

On le voit les normes adoptées par l’OMS sont basées sur une exposition courte, qui ne tient pas compte non plus de la spécificité des ondes, modulées, pulsées et cohérentes. Quand on sait que d’autre part le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé les champs électromagnétiques hyperfréquences (téléphonie, liaisons radio type Wifi ou Bluetooth) dans la catégorie “peut être cancérigènes pour l’homme” (groupe 2B), tout comme le plomb ou les gaz d’échappements, le laxisme quant aux seuils en vigueur semble relever de la pure inconscience – ou d’un aveuglement très accommodant.

Conclusion

Alors même que les citoyens se mobilisent pour l’environnement et pour une meilleure gouvernance, moins perméable au lobbying du profit, et incitent leurs élus à remettre la santé et l’environnement au cœur du débat, voir le gouvernement signer un tel accord avec les opérateurs, en l’occurrence les pollueurs, pose question.

Il ne s’agit pas d’arrêter le progrès, mais de demander que le progrès en soit réellement un. Nous appelons à l’innovation technologique pour des techniques toujours moins polluantes, toujours plus respectueuses de la Vie, et souhaitons en signant l’Appel, inciter les États à jouer leur rôle en adoptant des mesures appropriées, déterminées par des groupements scientifiques indépendants, pour protéger de manière adéquate leurs populations et l’environnement contre toute forme de pollution.

Si comme nous cet appel vous parle, vous pouvez le signer aussi bien en tant qu’individu qu’en tant qu’organisation : https://www.5gspaceappeal.org/

Sources :
- Appel international demandant l’arrêt du déploiement de la 5G sur Terre et dans l’espace
- Pollution électromagnétique : les impasses d’une reconnaissance, étude publiée par Inter-Environnement Bruxelles – Stéphanie D’Haenens
- “L’arrivée du 5G comporte d’importants risques pour la santé, prévient un expert” Nicholas De Rosa, Agence QMI, Journal de Montréal, 28-5-2019
- Le point sur la 5G en 5 questions : Promesses, usages, technologies, déploiements… Romain Heuillard, 12/02/18
- 5G : tout ce qu’il faut savoir sur le réseau du futur - Romain Vitt, 15/05/2019
- La 5G à Bruxelles : tous cobayes ? Olivier Galand, porte-parole de grONDES, 17-2-2019, La Libre

Notes

[1Appel international demandant l’arrêt du déploiement de la 5G sur Terre et dans l’espace (5gappeal.org)

[2GESI – Global and European Studies Institute – 2012 – en ligne

[3“Les principaux effets observés à courts termes sont : insomnies, fatigue chronique, troubles cardiaques, troubles de la concentration, perturbations de l’audition, irritabilité, maux de tête, dépressions, immunodéficience, etc. A moyens et longs termes : tumeurs au cerveau et cancers, leucémies, stérilité, etc” (source : La Libre.be, publication du 17-2-2019)

[4Agglomération des données (personnelles, commerciales, géographiques, comportementales...) disponibles sur les réseaux numériques –internet, téléphones mobiles, GPS – et exploitables comme matières premières, notamment dans le cadre d’applications mobiles. L’économie numérique et ses start-ups cherchant à monétiser cette matière première s’appuient sur une poignée de plateformes géantes – Google, Facebook,Apple, Amazon, IBM... qui « produisent, accumulent et gèrent un énorme volume de données sur leurs clients et utilisent des algorithmes pour les transformer en informations exploitables. La croissance de ces données est exponentielle : 90 % des données qui circulent sur l’internet ont été créées il y a moins de 2 ans (...). Le secteur des mégadonnées connaît une croissance de 40 % par an, sept fois supérieure à celle du marché de l’informatique » (Commission européenne 2015).

[5Dans le cas de la société civile (le grand public), le facteur de sécurité utilisé est un facteur de 50. Ce facteur est la valeur utilisée comme base pour les recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), validées par l’Europe. Si l’on convertit en densité de puissante, la recommandation de l’OMS, à 900 MHz, équivaut à 41,2 V/m, 450 μW/cm². L’Académie européenne de médecine environnementale quant à elle préconise de ne pas dépasser 0,01µW/cm2 et 10 fois moins encore pour le wifi…