Coteaux de la Citadelle : Etat des lieux Historique des projets vignobles, de 2009 au 05/05/2012

, par Maxime Calay

Les coteaux de la Citadelle sont convoités par le groupe Vranken-Pommery, qui reçoit le soutien de la Ville de Liège et plus particulièrement de Michel Firket, premier échevin. Les Amis de la Terre tentent d’y voir plus clair et vous proposent un compte-rendu de leur investigation.

Expo photo : Françoise Klauner, avec son aimable autorisation

Dans cette page :

Les coteaux de la Citadelle

Coteaux - impasse de la Vignette {JPEG}

Avec plus de 60 monuments et 5 sites classés, les Coteaux de la Citadelle recèlent de multiples témoins du paysage ancien de la ville. Ceinturé dès le XIIIe siècle par l’enceinte de la cité, le versant de la colline a toujours fait partie de celle-ci. On y découvre des sites spectaculaires tels les fameux escaliers de la Montagne de Bueren ou les panoramas depuis les boulevards de la Citadelle.

Mais se promener sur les Coteaux, c’est aussi l’occasion de faire des rencontres insolites et de vivre d’autres expériences, plus intimes : pénétrer dans les coulisses de la ville au-delà du rideau des façades alignées, traverser un dédale de cours, d’escaliers, de venelles, puis atteindre la lumière et la quiétude des terrasses, contempler de tout près les silhouettes des toits de la ville…Un lieu privilégié pour le visiteur en quête d’espaces verts et de calme, en plein cœur de la ville ! Depuis le mois d’avril 2011, le site a décroché trois étoiles au prestigieux guide Michelin [1].

La naissance de Vin de liège

Coteaux - terrain Fabry {JPEG}En 2009, nait le projet d’implanter des vignobles à Liège selon les mêmes valeurs que l’E.F.T. « la Bourrache » : sociales, économiques et environnementales. Il est porté au départ par Fabrice Collignon, administrateur de l’association [2].

Fin 2009, il mène une étude de faisabilité qui est concluante. Il contacte les Filles de la Croix concernant leur terrain situé sur les coteaux et leur appartenant afin de leur proposer de l’acquérir pour disposer d’une « vitrine » idéale sur Liège [3]. Les Filles de la Croix conseillent à M. Collignon de vérifier auprès de la Ville de Liège qu’il n’y ait pas d’autre projet pour ce terrain.

M. Firket leur signale qu’il voulait valoriser ce terrain dans le cadre du sentier des coteaux, et confirme que l’implantation d’un vignoble pourrait cohabiter avec ce projet. M. Firket précise également à M. Collignon que Paul-François Vranken [4] s’était auparavant montré intéressé par le terrain des Filles de la Croix.

M. Collignon tente d’entrer en relation avec Vranken afin de voir si l’intérêt est toujours d’actualité. Il n’obtient qu’un contact « informel » via le chef de cave de Vranken qui confie à Romain Bévillard, associé à M. Collignon dans le projet vignoble, que Vranken ne s’intéresse plus à ce terrain.

M. Collignon se retourne alors vers les Filles de la Croix et ils conviennent de contacter leurs notaires respectifs. Cependant, les Filles de la Croix désirent vendre au préalable leurs bâtiments au groupe scolaire Helmo qui les occupent, avant de finaliser la vente du terrain.

Par ailleurs, Vin de Liège acquiert d’autres terrains en basse-Meuse, qui contiendront la plus grande partie de la culture.

Vranken-Pommery s’intéresse aux coteaux

Coteaux {JPEG}En janvier 2011, alors que le projet Vin de Liège était né sous forme de coopérative et médiatisé (décembre 2010), M. Vranken manifeste son intérêt à la Ville de mettre en place un projet sur plusieurs terrains, y compris celui des Filles de la Croix qui servirait de « vitrine » sur Liège, et qui serait source de fabrication d’un « crémant de Liège » [5].

Le 28 avril, puis le 10 mai 2011, la Ville accueille Vin de Liège et Philippe Valentiny (architecte de Vranken en charge du projet) pour une concertation afin de discuter de la manière dont les deux projets pourraient cohabiter.
Vin de Liège prépare pour ce faire un document contenant une dizaine de points de « rencontre possible », tels partenariats lors de foires et événements, mais aussi éventuellement la mise à disposition de stagiaires en insertion.

C’est probablement sur base de ces deux rencontres que la Ville tiendra par la suite un discours selon lequel « des synergies sont possibles, des collaborations semblent promises », mais aucune collaboration n’est concrétisée à ce jour, et des précisions à ce sujet sont apportées dans la lettre aux coopérateurs du 16 septembre 2011

Vin de Liège, constatant que Vranken-Pommery s’intéresse également au terrain des Filles de la Croix, « laisse tomber » ce terrain, ne désirant et ne pouvant pas « rivaliser » avec Vranken-Pommery. La Ville de Liège redirigera par la suite Vin de Liège vers un autre terrain, qu’ils trouveront début septembre au Fond Pirette, le parc de la Paix.

Présentation semi-publique du projet Vranken

Coteaux - vue sur l'église Saint-Barthélémy {JPEG}Le 29 juin en matinée, une réunion est organisée par la Ville, avec les Filles de la Croix et l’Évêché notamment, au cours de laquelle le groupe Vranken émet une offre pour les terrains. Le montant proposé étant loin des estimations notariées, tant de l’Évêché que des Filles de la Croix, l’offre est refusée.

Le 29 juin après-midi, M. Firket introduit le projet de Vranken de manière publique mais « officieuse » aux riverains, de manière totalement indépendante au projet Vin de Liège. Philippe Valentiny en aurait fait la présentation. Il s’agirait de planter 120 ha de vignobles sur les coteaux mosans, avec pour Liège trois terrains concernés : celui des Filles de la Croix (environ 3 ha), un terrain de l’Évêché mitoyen de ce dernier, et un terrain de l’ancienne ferme Fabry appartenant à la Ville de Liège (environ 13 ha). Au total, la surface de vignobles serait de 5 ha [6].

Les avantages avancés, outre l’attrait financier puisqu’il s’agirait d’un investissement de 10 millions d’euro et de la création de 50 emplois sur l’entièreté du projet, sont la réhabilitation de certains espaces, l’ouverture de terrains privés au public, l’utilisation de l’église Saint-Gérard comme musée et vitrine d’un « Crémant de Liège ».

M. Bévillard étant présent à cette présentation, il discute avec les représentants de Vranken et ils conviennent d’organiser une rencontre. Fixée au 12 juillet, a été reportée au 11 août puis annulée pour cause de vendanges précoces [7].

Les riverains sont inquiets

Coteaux - terrain et pâture {JPEG}Quelques riverains de Bueren et Hors-Château (une quarantaine) étaient invités à cette réunion de présentation de Vranken, qui leur était destinée. S’attendant a découvrir et/ou rencontrer Vin de Liège, quelle fut leur surprise de découvrir une présentation commerciale et très professionnelle d’un tout autre projet !

Les riverains sortent de cette présentation inquiets (les questions exprimées directement n’ayant pas reçu d’écho rassurant) et décident d’informer tant que possible les habitants d’autres rues et impasses, concernées elles aussi par l’implantation de vignes sur les coteaux.
C’est ainsi qu’une cinquantaine de personnes se réunissent le 11 août et adressent le 12 août une lettre au Collège dans laquelle ils expriment leurs inquiétudes sur les plans :

  • patrimonial : zones protégées, d’intérêt culturel et historique ;
  • biodiversité : suppression de zones boisées pour de la monoculture ;
  • sanitaire : les pesticides qui seraient employés causeraient des problèmes de santé dans une zone de forte concentration urbaine ;
  • géologique : érosion due à l’exploitation de terrains en fortes pentes.

Ces points sont détaillés dans le document rédigé par les riverains.

N’obtenant pas de réponse satisfaisante, ils mettent en place une réunion d’information plus générale le 26 août, à laquelle seront présent plus de 120 personnes [8].

Quelques journaux communiquent sur le projet de la Ville et de Vranken, sur base des informations, parfois contradictoires ou confuses, dont ils disposent [9] [10] .

Des pétitions, des protestations

Coteaux - Toundra {JPEG}Suite à la réunion du 26 août, une pétition voit le jour, en version papier, demandant des clarifications au niveaux urbanistique, de la santé, environnemental.

Cette pétition est très vite remplacée par une autre pétition, plus radicale, semblant s’opposer à tout projet vignoble sur les coteaux, afin d’exprimer clairement leur mécontentement [11].

Parallèlement et d’une autre initiative, une pétition en ligne est lancée, axée sur le caractère « multinational » de Vranken, la perte de l’accessibilité au public du terrain de l’ancienne ferme Fabry, s’opposant à la suppression de ce parc.

Certains riverains se regroupent sous un groupe "facebook" en vue d’obtenir la classification des coteaux en zone "Natura 2000" et permettre ainsi de contrecarrer tout projet.

Le Collège communal est interpellé

Le 5 septembre, Brigitte Ernst, conseillère communale, intervient au conseil communal au sujet du projet Vranken, demandant également que le Collège justifie la cohérence du projet Vranken qu’il soutient, à différents niveaux. outre les points relevés plus tôt par les riverains, sont évoqués l’engagement de la Ville en tant que commune Maya.

A cette intervention, une coupure de presse du journal « Le soir » nous relate une réponse de M. Firket, pour le moins étonnante car elle reste tout à fait favorable au projet sans répondre aux questionnements soulevés, précisant qu’il s’agirait d’un « cadeau » que Vranken fait à la Ville. [12]

La réponse apportée aux riverains

Une délégation de riverains (une quarantaine) est reçue le lundi 19 septembre par M.M. Demeyer et Firket, qui apporteraient les réponses suivantes :

  • Vranken opérerait beaucoup à la main sur les Coteaux, donc peu de bruit ;
  • Il existe des techniques ancestrales pour lutter contre l’érosion ;
  • Il s’agit d’une culture raisonnée qui est durable ;
  • Pour la biodiversité, ce n’est pas irremédiable, c’est supportable ;
  • Un groupe de travail sera constitué sur la question.

Un compte-rendu plus détaillé de cette rencontre devrait être bientôt disponible.

La table ronde du comité de Saint-Léonard

Coteaux - traite {JPEG}Le comité de quartier de Saint-Léonard organise une table ronde le jeudi 22 septembre, à laquelle sont annoncés Madeleine Mairlot (animatrice du comité des riverains de la Citadelle), Brigitte Ernst (conseillère communale Écolo), Paul-François Vranken et Michel Firket, afin de débattre au sujet du projets vignobles. Monsieur Vranken et Monsieur Firket, n’ayant pu se libérer, ne sont pas présents à cette réunion.

Le président du comité de quartier Saint-Léonard, Jean-Marie Delhaye, anime la réunion, qui débutera par un résumé de la situation avec mesdames Mairlot et Ernst, complété par Maxime Calay (Amis de la Terre), laissant place ensuite aux questions et réactions, nombreuses, de l’assemblée.

La majorité des personnes présentes sont inquiètes et opposées au projet Vranken, sur base des informations en leur possession à cette date [13], à tel point que certains évoquent l’idée de souscrire massivement à la coopérative Vin de Liège afin de contrecarrer Vranken.

Monsieur Delhaye, en bon animateur, tient à terminer cette réunion de manière constructive par rapport à Vranken, en invitant les participants à exprimer un point de vue positif ; en sont ressortis de beaux articles relevant principalement les propos selon lesquels les riverains permettraient une vitrine expérimentale Vranken, en agriculture bio.

Le relais de l’information (des journalistes étaient présents parmi l’assemblée) ont pour le moins remué les participants qui se sont sentis trompés et qui nous ont témoigné leur scepticisme envers la manière dont les médias traitent la question, ce qui nous conforte d’autant dans notre démarche.

Au même moment, La Meuse contacte Paul-François Vranken qui s’exprime sur la question : « je ne viendrai pas à Liège sur fond de polémique ». Ces deux informations circulent encore à ce jour parmi la population. Bien qu’étonnantes, nous comprendrons plus tard qu’elles ne sont pas complètement erronées [14].

Le lancement officiel de Vin de Liège

Lors de la conférence de presse du 5 octobre 2011, Fabrice Collignon nous précise que « les ambitions de Vin de Liège sont à la fois importantes tout en étant modestes : partie de rien, la coopérative a attiré 300.000 euros de capitaux en 10 mois, ce qui nous montre la confiance des coopérateurs dans ce projet. »

Il nous annonce avec enthousiasme que « l’assemblée générale qui s’est tenue hier soir (04/10) a rassemblé 64 coopérateurs représentant la moitié des capitaux. Il a été voté à l’unanimité le démarrage officiel du projet  ». Les premières bouteilles de vin bio sont prévues pour 2016.

Pour le moment, Vin de Liège possède un terrain à Heure-le-Romain d’une superficie de 4ha, et négocie avec différents propriétaires de Bassenge afin d’obtenir un terrain de 3ha. Cette superficie ne sera pas cultivée dans son entièreté : Romain Bévillard précise qu’après la rencontre et l’analyse des terrains avec un spécialiste en implémentation de vignes, 5,5ha à 6ha seront cultivés afin de préserver un maximum les espaces naturels.

Vin de Liège précise à cette occasion que le terrain des Filles de la Croix reste prioritaire pour la coopérative car il fournirait une vitrine adéquate sur la Ville et permettrait de rester idéalement en contact avec les citoyens et les coopérateurs.

Démarrage d’un PCAR pour les Coteaux de Liège

Plan de la zone soumise à l'étude pour le PCAR des Coteaux {JPEG}Lors du conseil communal du lundi 28 novembre 2011, le point 63 de l’ordre du jour est largement développé par l’Echevin Firket, déclarant que l’adoption par le conseil de la réalisation d’un PCAR pour les Coteaux, marquerait le début des débats institutionnels.

Selon la Ville donc, tous les points de vue devront être rencontrés, et
l’étude devra répondre aux questions soulevées par les riverains, le groupe Ecolo et les Amis de la Terre, notamment.

Ecolo, justement, se positionne, en votant contre le PCAR, tout en déclarant que ce sont "40.000 euros perdus" étant donné l’absurdité de cette histoire. Malgré cette opposition qui ne surprend pas grand monde, la passation de ce marché de services est acceptée par le conseil.

Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ?

L’administration qui entre-temps a rédigé un solide cahier des charges, est maintenant chargée de confier le travail à un fournisseur de services. Ce fournisseur devra ensuite étudier la zone mentionnée dans le document, qui reprend l’entièreté des terrains de l’évêché, des Filles de la Croix, de la Ferme Fabry.

Cette étude, tenant compte des incidences environnementales (le PCAR inclut un RIE [15] dans ce cas), a pour but de déterminer si oui ou non il est pertinent de planter des vignes sur les Coteaux.

Doit-on croire ce qu’on nous dit ?

Pour quelqu’un qui découvre le dossier lors du conseil de novembre, tout parait rose et bien équilibré. Nous avons cependant des raisons de douter de la bienveillance et de la prétendue neutralité avec laquelle nos représentants politiques mènent ce dossier.

Pour un compte-rendu du conseil communal du 28 novembre, voir notre document : Vignes sur les Coteaux : exercice de com’ ou réel engagement ?.

PCAR au point mort et montée en force de la contestation !

Fin décembre 2011, le Collège communal avait déjà attribué le marché de services pour la réalisation du PCAR pour les Coteaux de Liège, à la société Coorpach. Pas de chance, début février, cette décision était cassée par le Ministre de tutelle qui avait constaté une irrégularité dans le dossier [16].

Il s’agira donc de réintroduire cette étude au budget 2012, qui devra repasser pour approbation au Conseil communal, probablement au mois de juin. Espérons que nos conseillers seront mieux éclairés cette fois.

Entre-temps, les pétitions initiées par le groupe de riverains étaient remises lors du Conseil communal fin janvier (en même temps que la manifestation des pompiers : soirée mouvementée !) : 4000 signatures papiers et 2000 signatures pour la pétition internet. Une centaine de personnes étaient présentes pour manifester leur opposition et une délégation a été reçue par le Bourgmestre qui a pris bonne note.

C’était également l’occasion d’annoncer publiquement la constitution d’une asbl de sauvegarde des coteaux de laquelle les Amis de la Terre feront partie des membres fondateurs.

Les semaines qui suivront, Monsieur Firket proposera de réduire les surfaces, tentera le compromis, cherchant une collaboration entre Vranken et Vin de Liège afin de faire passer la pilule, et pour justifier ses propos... que nous proposons de confronter à la réalité !

Si vous souhaitez compléter cette page en y apportant des clarifications, vous pouvez en contacter les auteurs à l’adresse : reg.lg.gt.coteaux[at]amisdelaterre.be.

Notes

[1Source : Visitez les coteaux le jour, sur le site de la nocturne des coteaux organisée par la Ville de Liège

[3Le terrain des Filles de la Croix est bien visible depuis la ville

[4PDG et fondateur de Vranken-Pommery Monopole. voir le site internet de Vranken-Pommery et le dernier rapport semestriel

[5Pour ce faire, Vranken utiliserait des cépages qui ne sont pas naturellement adaptés à nos latitudes et nécessiteraient par conséquent des produits phytosanitaires toxiques pour la santé et l’environnement. La culture biologique n’est pas envisagée à ce jour et selon les informations fournies.

[6Cette superficie sera revue à la baisse par la suite à environ 3-4 hectares réellement cultivables

[7C’était en effet le chef de cave de Vranken qui devait discuter avec Vin de Liège, ayant la confiance de M. Vranken.

[8Un article dans Le Soir, notamment évoque cette réunion

[9Voir un article de la rtbf en date du 26 août, dans lequel on pourrait croire qu’il est permis de planter des vignes en zone verte.

[11Certains riverains faisant circuler la première, tandis que d’autres utilisent la seconde

[12Brève du journal Le Soir, pas encore disponible en ligne.

[13Il n’y a rien de neuf à l’heure ou nous écrivons ces lignes, le 21/10/2011, raison pour laquelle nous avons demandé à M. Vranken de préciser, confirmer ou réfuter les informations selon lesquelles, notamment, il n’envisagerait pas la culture biologique.

[14C’est en effet lors de notre visite au cabinet Firket que nous entendrons également ces propos : M. Vranken souhaiterait installer des vignes par nostalgie, par amour pour Liège ; une opposition des liégeois envers son projet le ferait certainement changer d’avis.

[15Rapport d’Incidence sur l’Environnement

[16Trois études différentes sont concernées, attribués fin d’année lors de la même réunion de Collège sur le budget 2011