Évaluation des groupes de Simplicité Volontaire

, par Maxime Calay

Nous vous en parlions dans le Saluterre-Liens 1 (périodique des Amis de la Terre, septembre-octobre 2011), une rencontre des participants à des groupes de Simplicité Volontaire, provenant de toutes les régions, a eu lieu début juillet, dans le cadre superbe de l’abbaye de Maredret. Une partie de ce riche week-end a été consacrée à l’évaluation de la vie des groupes afin de mettre en évidence les causes d’échec et de réussite de la vie de ceux-ci. Nous vous livrons ici une courte synthèse des opinions récoltées.

Un premier constat s’impose : cette rencontre entre membres de groupes de Simplicité Volontaire (SV) que nous espérions depuis longtemps répondait manifestement à une attente et les informations que nous avons déjà pu en tirer seront extrêmement précieuses pour l’avenir. Au moment d’écrire ces lignes, un groupe de travail a déjà commencé à travailler pour répondre aux attentes formulées au cours de ce week-end.

Règles de fonctionnement au sein des groupes

WE simplicité volontaire à Maredret {JPEG}C’est décidément la règle de non-jugement, qu’il soit positif ou négatif, qui semble la plus difficile à respecter. la plupart de nos conversations journalières vont à l’encontre de cette règle et cette attitude nécessite un apprentissage qui peut être long et laborieux. Si certains groupes s’organisent à la perfection, de nombreuses personnes continuent également à « souffrir » de leur difficulté à s’exprimer soit par manque de confiance en elle ou par la
présence de « personnalités » au sein du groupe.

C’est évidemment regrettable et seule la présence d’un animateur actif semble en mesure de canaliser ces problèmes. Les groupes (ou participants aux groupes) qui le souhaitent devraient pouvoir faire appel à un animateur ou observateur extérieur en cas de malaise. Une possibilité de transfert vers un autre groupe proche devrait également être possible si aucune solution ne peut être trouvée (un cas de marginalisation a été évoqué). Le strict respect des règles de base (non-jugement, bâton de parole, etc) devrait être de mise dans le cadre du lancement d’un nouveau groupe. un assouplissement progressif de celles-ci pourrait être instauré dès qu’une autorégulation et une convivialité respectueuse s’installe dans le groupe.

Le manque d’échanges spontanés
semble également manquer à certains. Dans ce domaine la prudence est de mise : trop d’échanges spontanés ne laisseront aucune chance d’expression aux plus timides et le respect de la règle du non-jugement relèvera de l’exploit. Pour pallier à ce manque, certains groupes instaurent un moment d’échange spontané en fin de rencontre. On peut imaginer également qu’après un temps de maturation, le groupe puisse tester des périodes d’échanges spontanés pour autant que l’on veille à en évaluer les résultats.

Une bonne préparation des thèmes
semble aussi être un gage d’échanges fructueux. Certains les préparent à deux (ou plus) ; cette manière de faire crée des liens entre les personnes chargées de cette préparation.

Plus interpelant est d’entendre certains participants exprimer le fait de se sentir jugés dans leur groupe parce que « moins avancés » sur le chemin de la SV. L’animateur (encore lui) devrait être très réactif à ce genre d’attitudes et rappeler que : « la simplicité volontaire touche tous les aspects de la vie et peut donc se vivre de mille façons différentes, que chaque personne part d’un point différent et fixe elle-même ses propres objectifs et que la trajectoire sera différente pour chacun, qu’il n’y a pas d’autorité de la SV chargée de décider si tel comportement est correct ou non, ni de droit d’auteur pour décider ce qui peut appartenir à la SV ou pas, que la SV est une démarche dont on peut connaître le point de départ, mais qui n’aura jamais vraiment de point d’arrivée et surtout que l’objectif premier du groupe est de permettre à chacun de progresser grâce au soutien des autres et les disparités au sein de celui-ci sont une richesse ».

Plus difficile est évidemment de répondre à la diversité des attentes des personnes qui intègrent un groupe de Simplicité Volontaire. une solution pourrait venir de l’organisation régulière, par le groupe de Travail SV des Amis de la Terre, d’activités de nature à rencontrer ces attentes, comme c’est déjà le cas à la régionale de Namur. les rencontres au sein des groupes répondraient aux demandes d’échange et de partage d’expériences et les activités annexes proposeraient des activités plus concrètes et pratiques.

Les personnes ayant déjà participé à une ou plusieurs de ces activités semblent unanimement satisfaites, d’autres rencontres de ce type sont d’ores et déjà programmées pour les mois à venir. Les activités mettant les différents groupes en contact semblent aussi être vivement souhaitées. Pour répondre à ces attentes, une formation pour les personnes désirant diffuser la SV vers l’extérieur va être mise sur pied. un petit support médiatique devrait aider à cette diffusion.

Les conditions de réussite et de longévité des groupes reposent essentiellement sur le respect des règles suivantes. Celles-ci ne sont pas neuves mais méritent d’être rappelées :

  • Sérénité et attitude de non jugement entre les membres.
  • Égalité et respect du temps de parole (avec ou sans bâton de parole).
  • Discussions intéressantes et profondes qui nécessitent une préparation sérieuse des sujets abordés (le sujet est fixé à la rencontre précédente et peut être abordé plusieurs fois si nécessaire).
  • Respect des dates fixées et présence régulière de tous les participants.
  • Présence d’un animateur efficace. Les aspects un peu rébarbatifs les plus souvent cités :
  • Présence de personnalités dominantes voire agressives, difficile à recadrer.
  • Difficultés de trouver consensus sur des règles qui peuvent être vécues comme contraignantes.
  • Le sujet de la réunion trop peu préparé et qui engendre rapidement des glissements ou une réunion fade et peu instructive.
  • Dans certains groupes, trop de théorie, trop peu d’échange d’expériences privées, manque de piste et d’actions concrètes, difficulté pour une « novice » de lier pratique et théorie
  • Manque de débat engendré par le respect de la parole et soucis de ne pas interrompre autrui.
  • Animateur ne parvenant pas à recadrer.
  • Danger permanent du risque de jugement, par exemple dès le second tour de parole en disant « je suis d’accord avec… ».
  • Lenteur de résultats.

« J’apporte ce que je vis, j’apprends ce que j’écoute »

Note de l’auteur
Pour les non-initiés, cette synthèse pourrait être de nature à décourager les amateurs. Personnellement, conscient du fait d’être aujourd’hui capable de faire mon chemin seul, j’ai il y a quelques mois quitté le groupe dont je faisais partie depuis près de 5 ans. la rencontre régulière avec ces participants qui me sont devenus très proches et qui m’auront apporté énormément aura changé toute ma perception de la vie. il n’en reste pas moins que la vie de ces groupes nécessite un apprentissage du respect de l’autre dans ses opinions et ses actes qui peut être long mais qui fera grandir celui qui prendra le temps de les pratiquer.

Au-delà de tout ce que ce partage d’expériences de vie m’aura apporté et malgré tout le chemin qui me reste à faire pour atteindre la cohérence, c’est l’expérience d’une écoute sans jugement qui reste la plus belle réussite de mes 5 ans passés dans un groupe de Simplicité Volontaire. Je vous encourage à faire l’expérience.

Marcel Guillaume