, par Maxime Calay, Jean-Philippe Body

Les Amis de la terre du pays de l’Eau d’Heure et le comité air libre vous présentent leur analyse sur les nouveaux projets liés à l’aérodrome de Cerfontaine. Cette analyse porte principalement sur les points suivants : les conséquences hydrographiques, les nuisances sonores sur l’environnement et la pertinence du projet face aux enjeux de demain.

1. La problématique hydrographique

Le plateau des « Dérodès » où se situe l’aérodrome a toujours été un lieu humide où l’eau s’infiltre lentement dans le sous-sol ; il constitue de cette façon une réserve d’eau pour les nappes phréatiques qui sont à l’origine de nombreuses sources vers le bassin de l’Eau d’Heure et celui de la Hante (voir carte ci-jointe). La vallée de la Hante et ses affluents au pied du projet du circuit génèrent des milieux humides de grande valeur (voir les caractéristiques de la zone natura 2000 des bois de Martinsart)
Or la création de l’aérodrome avec une piste drainée récemment, ses bâtiments, son parking et ses chemins diminuent déjà de manière importante l’infiltration des eaux dans les nappes souterraines.

Si les 2 nouveaux projets envisagés (le village aéronautique de 42 maisons avec chemins et parkings ainsi que le circuit auto avec club house, parking et paddoks) devaient voir le jour, ce serait pratiquement les ¾ du plateau qui serait urbanisé et empêcherait l’infiltration des eaux dans le sous-sol.
D’un autre côté, l’accroissement des espaces urbanisés aura pour conséquence d’augmenter de façon importante l’écoulement des eaux de pluie avec un risque potentiel d’inondation en aval des ruisseaux. Les bassins d’orage prévus sans plateaux de décantation pour réceptionner l’eau accumulée n’auront pas beaucoup d’effet.

De plus, l’écoulement des eaux augmentera les risques de pollution de nos ruisseaux qui sont actuellement de très bonne qualité. En effet, les différentes émissions de polluants dégagés par les véhicules à moteur retomberont sur et autour du circuit avec l’impossibilité d’empêcher totalement ce rejet dans nos ruisseaux ; en hiver, l’utilisation de sel ou d’autres produits chimiques pour dégager le circuit aura également des répercussions négatives sur la qualité de nos ruisseaux.

Par conséquent, ces projets auront des conséquences majeures sur l’hydrographie locale et les nappes phréatiques. Ils modifieront de manière irrémédiable le débit de nos sources et la qualité des eaux de nos ruisseaux. Tout un écosystème local lié à l’eau va ainsi être modifié. Que deviendra la vallée et les affluents de la Hante mis en valeur pour leur milieu humide par natura 2000 ? ; est-ce cela le développement durable ?

2. La problématique sonore

L’augmentation des bruits qui deviendront quasi permanents en journée (aérodrome, village de 42 maisons, circuit, visiteurs, etc…) liés à ceux déjà importants de l’aérodrome auront pour conséquence d’éloigner davantage la faune locale et ainsi de nouveau modifier l’écosystème local comprenant 2 sites classés « natura 2000 ».

Ceux-ci sont d’ailleurs considérés comme « massif forestier de 1ère importance pour les oiseaux forestiers tels les pics mar et noir (espèces forestières rares). Nous avons aussi comme oiseaux nicheurs : la bondrée apivore, le râle des genets et la pie grièche et comme autres taxons intéressants : le traquet pâtre et le gobemouche noir (tous deux repris dans la liste rouge du décret de la RW du 6/12/2001 et le traquet pâtre repris sur la liste noir car considéré comme espèce peu commune). D’après l’étude d’incidence, le râle des genets et la pie grièche auraient déjà disparu ? (le râle des genets apprécie les prairies humides comme sur le site du circuit)
Jean Doucet (membre du cercle des naturalistes de Belgique, de la ligue royale belge de protection des oiseaux et des Amis de la terre ) connait bien ces bois et nous signale la présence permanente du pic épeichette, de l’autour des palombes, de la martre des sapins et du chat sauvage (un cadavre trouvé au coin du bois près du futur circuit) ; en migration et/ou en hivernage, le hibou des marais (rare) qui apprécie les zones plus humides contre les forêts.

De plus, ces bruits supplémentaires dans une région déjà fort perturbée par les nouveaux bruits provenant des jet-skis, des skis nautiques, des avions, des hélicoptères, des véhicules à moteur et principalement les motos, sont en contradiction avec un développement touristique durable de larégion où l’environnement et les paysages paisibles et calmes sont mis à l’honneur. Une enquête nous apprend que les touristes apprécient notre région pour sa quiétude, son paysage et son environnement. Les touristes emprunteront-ils encore le sentier de GR et le circuit VTT aux environs de l’aérodrome ?

Quant au voisinage proche du site, l’étude d’incidence démontre sans ambiguïté une forte dégradation de tout l’environnement sonore local. Par ailleurs, elle met clairement en évidence que même si des mesures sont prises (construction d’un merlon de 6m, mesure du bruit des véhicules, limitation du nombre de véhicules), il est très difficile de se conformer aux niveaux légaux de bruit. En particulier pour l’environnement forestier et pour l’habitation située au sud du circuit.

Par conséquent, nous nous posons la question de savoir si nous avons le droit de perturber la tranquillité d’une région rurale pour le plaisir d’un luxe de quelques personnes extérieures à la région.

3. La problématique de l’avenir de la société et de nos enfants

Dans une société qui se voudrait durable, sans gaspillage et qui combat les gaz à effets de serre, les activités liées à l’aérodrome et son projet de circuit automobile nous semblent dépassés et d’un autre âge.

En effet, ces activités liées à l’aviation et à l’automobile de loisirs sont énergivores et inutiles pour la société. Elles émettent une quantité importante de gaz à effets de serre que nous essayons tous de diminuer et elles dépensent de l’énergie fossile que nous devons limiter au maximum pour ne pas tomber à cours.

De plus, nous avons déjà dans la région 3 circuits : Mettet, Mariembourg et Chimay.

Enfin, ces projets n’apportent aucune plus value : au niveau économique, la valeur ajoutée (salaires et profits) ne profite en rien à la région.

Conclusion :

Etant donné les bouleversements et déséquilibres importants que ces projets engendrent pour notre monde rural et pour le site, les Amis de la Terre du pays de l’Eau d’Heure et le comité air libre souhaitent que la Région Wallonne et les autorités communales refusent les 2 projets d’urbanisation du plateau des « Dérodès » : le village aéronautique et le circuit automobile.
Etant donné que la région wallonne est à la fois « juge et partie prenante », nous avons aussi décidé de contacter l’union européenne concernant la compatibilité entre les projets et les 2 zones natura 2000 (faune et hydrographie locales fortement menacées)

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