Nucléaire civil : réaction à un article récent

, par Robin Guns

Suite à un article récemment paru dans un mensuel, voici une réaction de Christian Steffens, ingénieur spécialisé dans la question du nucléaire

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Étant scientifiquement et professionnellement spécialisé dans le domaine du nucléaire (et des énergies, en général), je me permets de vous communiquer quelques remarques et compléments d’information (...).

Dans l’introduction, vous citez les choix de quelques pays vis-à-vis de l’atome...
Il est bon de préciser que des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Italie, le Luxembourg, l’Autriche, le Danemark et la Norvège (pour ne parler que de l’Europe) n’ont jamais eu recours à l’énergie nucléaire. Ces choix sont basés sur des volontés populaires et politiques, mais aussi et surtout, sur des évaluations scientifiques et économiques rigoureuses.
Il est intéressant de constater que, dans des pays comme l’Autriche, le Danemark et la Norvège (p.ex.), le niveau économique, la production industrielle et la qualité de vie sont au moins aussi élevés, si pas supérieurs, à ceux de pays fortement nucléarisés comme la France et la Belgique (p.ex.). De plus, ces pays non-nucléarisés couvrent entièrement et sans difficulté leurs besoins en électricité, sans dépendre de leurs voisins nucléarisés.
Ceci démontre bien que le nucléaire n’est pas du tout indispensable, ni même favorable, au développement harmonieux d’une nation.

Dans le chapitre "Eclairage sur le nucléaire belge", vous donnez la répartition de la consommation d’énergie pour la Belgique (et l’UE27). Malheureusement, les chiffres concernant la part du nucléaire y sont erronés...
Il faut rappeler que le nucléaire ne fournit, comme énergie utile et utilisable, que de l’électricité (52% de l’électricité en Belgique). Or l’électricité ne représente qu’une relativement faible part de toutes les énergies consommées dans un pays (cette part est de 20% en Belgique). Il faut donc multiplier ces deux pourcentages pour obtenir la part réelle fournie par le nucléaire (Belgique : 52% x 20% = 10,4%).
Certains (les industriels du nucléaire et leurs lobbies, en général) mentionnent, à tort, une part supérieure, correspondant à l’énergie thermique générée par le coeur des réacteurs nucléaires... En réalité, et en tenant compte du très mauvais Rendement Energétique des centrales nucléaires (RE = 30%), l’énergie utile nette (sous forme d’électricité réellement fournie au réseau) est bien plus faible qu’annoncée par ces sources... finalement peu fiables.
Parfois aussi, certains mentionnent l’énergie fossile qu’il aurait fallu consommer pour produire la même quantité d’électricité... Cette manière de calculer est totalement arbitraire et illogique, voire sophistique, puisqu’elle ne correspond absolument pas aux choix et réalités industriels actuels.
Ces erreurs sont malheureusement souvent commises et colportées par de nombreuses sources, y compris certaines sources dites "officielles".

Vous trouverez dans le tableau du fichier tableau nucléaire : production relative, les chiffres exacts pour différents pays, l’UE27 et le monde.

Il est à noter que pour 2010, la part relative du nucléaire dans la consommation d’énergie mondiale a même encore baissé. En effet, la production d’électricité nucléaire mondiale est restée à peu près stable en valeur absolue, mais la consommation d’électricité mondiale ayant augmenté (surtout dans les pays émergents), la part relative du nucléaire a donc chuté :
Part du nucléaire dans l’électricité mondiale : 13%
Part de l’électricité dans l’énergie mondiale : 17%
> Part du nucléaire dans l’énergie mondiale : 13% x 17% = 2,21%. (Sources : AIE + AIEA + CEA)

Dans le fichier "tableau nucléaire : production relative", vous trouverez également le potentiel de réduction de la consommation d’énergie, ainsi que le potentiel de production des énergies renouvelables, valables pour les pays occidentaux (OCDE). Ces chiffres sont les résultats pondérés de très nombreuses études scientifiques indépendantes (et donc fiables) publiées ces dernières années. Ils montrent à quel point il est possible de réduire notre dépendance aux énergies fossiles et nucléaire, avec des technologies existantes et compétitives, et sans réduire notre production industrielle, ni notre PIB, ni notre confort.

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Christian Steffens, Ingénieur Industriel, Consultant en Énergétique et Électricité