Historique du Verger de Soumagne

, par Didier Brick

A partir du rêve d’un homme, toute une équipe se mobilise. Au départ, l’objectif numéro un est de préserver la diversité fruitière du Pays de Herve, haut lieu de l’arboriculture. Le projet va très vite s’élargir à une vision plus globale de l’avenir sans pétrole bon marché et à l’importance de la transmission des anciens savoir-faire aux générations futures. Voici la généalogie abrégée de cette expérience singulière.

D’abord, il y eu Didier.... C’était une soirée émotive au début du lancement du verger ;-)

" I have a dream...."

"Depuis tout petit, le fruit défendu qu’Eve a tendu à Adam a toujours ravi mon palais. Quel souvenir aussi que celui de ces petites pommes jaunes que je mangeais avec mon grand-père après les gelées dans le verger. A l’âge de quatorze ans, triste de voir s’éteindre les uns après les autres les vieux arbres du verger familial, j’ai planté mes premiers fruitiers. C’est également à cette époque que le Vieux Nicolas m’enseigne une technique fascinante : le greffage, ou plutôt l’art de transmettre la Vie d’un arbre à un autre. Je m’applique avec succès pour sauver plusieurs variétés que mes ancêtres avaient plantées. Et avec le temps qui passe, voici le verger familial à nouveau complet tandis que je découvre toujours plus d’anciennes variétés de pommes à préserver. "

Puis, les Amis de la Terre....

Didier rejoint les Amis de la Terre chez Jean Fassotte en 1994 dans le cadre d’une animation ... verger, avec une mini collection de pommes dans un garage. Il rencontre de nouveaux amis, et contribue au lancement des "Journées de la Pomme" [1] de la Régionale Liégeoise des Amis de la Terre et aux activités qui traitent de la taille des fruitiers ... Quelques années passent...2005...2006...

Le rêve d’une équipe : créer un verger conservatoire ! 2006 et sans doute deux ans de recherche pour trouver un terrain.
« Nous avons pris conscience de la riche biodiversité fruitière du Pays de Herve, mais surtout des menaces de disparition qui pèsent sur elles et nous devons nous résoudre à constater que certaines des variétés typiques du Pays de Herve n’existent plus qu’en un ou deux exemplaires dans le verger conservatoire du CRAW [2] à Gembloux » - L’équipe liégeoise des Amis de la Terre

Et donc, depuis quelques mois, le projet d’un verger conservatoire du Pays de Herve mijote. Mais impossible de trouver un terrain jusqu’au jour où, grâce à Infrabel (société gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire belge), nous signons une convention d’occupation pour dix ans, d’un terrain de 8ha situé le long de la ligne TGV sur la commune de Soumagne. Le samedi 26 janvier (2008), nous avons planté nos premiers fruitiers hautes tiges greffés au printemps précédent.
Notre but est de "rapatrier" chez nous ces variétés typiques maintenues au CRAW de Gembloux. Il s’agit d’un des plus grands vergers conservatoires de Wallonie. C’est aussi l’occasion idéale de nous retrouver autour d’un projet fédérateur au niveau de la région, projet auquel nous souhaitons associer un maximum d’acteurs locaux.

Mise en place d’une "équipe verger" dès 2008.

Maintenant, il faut gérer la création du groupe "verger" : les schtroumpfs bricoleurs, les administratifs, les animateurs : tous bénévoles et motivés...
Il faut trouver un nom pour notre verger ; ce sera "Li wêde del bèle-fleûr", un clin d’oeil en wallon, car si la pomme belle-fleur est bien connue de tous, il faut savoir que notre verger se situe au pied de la belle-fleur d’un charbonnage désormais fermé, mais qui évoque encore beaucoup de souvenirs aux anciens [3].

Ce verger se veut également un véritable outil pédagogique. En effet, les plantations et la gestion se dérouleront dans le cadre d’animations et de chantiers à destination du grand public. Ainsi, chaque participant aura l’occasion de mettre la main à la pâte ou plutôt à la bêche et au sécateur pour planter ou tailler les arbres, et ce, au cours des années à venir. Autant de gestes et de techniques routinières pour nos ancêtres, mais dont le savoir s’est malheureusement perdu ou presque.

Et bien entendu, il faut de l’argent : l’équipe administrative se met en quête de subsides, de bourses, etc. Nous décidons de solliciter nos membres solliciter les membres des Amis de la Terre, puis d’autres qui habitent la région et nous organisons un système de parrainage d’arbres, ceci au cours de soirées amicales, créatives, chaleureuses, arrosées de jus de pomme ou parfois de cidre.

Parrainer un arbre est un projet à long terme. Cela signifie que la personne s’engage à participer aux chantiers/verger au moins deux fois par an. Le montant demandé s’élève à 50€, cela correspond aux frais d’achat de l’arbre et du matériel de protection contre les campagnols et le bétail. En échange, le nom du donateur (ou celui d’un enfant) est associé à un arbre. Lorsque les arbres porteront des fruits, les parrains bénéficieront solidairement de l’ensemble des récoltes du verger.

Et nous voilà en transition vers un autre mode de vie....

Nous avons voulu planter un verger en sachant fort bien que les bénéfices en reviendraient à nos enfants et petits-enfants, et qu’il fallait que nous en prenions l’initiative. Quel plaisir de rêver d’un avenir où les prochaines générations dégusteront des pommes saines de notre verger (collectif), boiront du cidre du pays et mangeront des tartines de vrai sirop de Liège...

Entre-temps, nous avons compris l’importance de l’incidence des changements climatiques et des conséquences de "l’après-pétrole bon marché". Nous avons voulu voir comment d’autres réagissaient en partant durant une semaine à Totnes, en septembre 2010, à la rencontre des pionniers de la Transition.

Notre initiative a bien dépassé son but premier : conservation de la biodiversité, pour s’ouvrir sur d’autres horizons, sur une vision globale du monde de demain et devenir une initiative de transition, chaque jour en développement. D’où, le nom actuel de l’initiative "Li wêde del bèle-fleûr, verger conservatoire et de transition"

En marche, toujours en devenir vers un avenir ensoleillé, à côté de chez nous, maintenant.

Nous prenons conscience que pour polliniser les arbres, il faut préserver les abeilles qui comme chacun sait se portent mal. C’est pourquoi la création d’un rucher est en cours ainsi qu’un terrain avec une prairie fleurie, mellifère, et plantée de petits fruits. Il faut encore penser aux fruits secs qui nourriront très utilement nos descendants, mais ces arbres ne porteront vraiment que dans de nombreuses années. Alors, allons-y, plantons des noyers, des châtaigniers, des noisetiers, etc. et cherchons auprès des anciens sages leurs savoir-faire (fauchage, taille, greffage, conservation des fruits...) en prenant plaisir à ces échanges. Nous transmettons ces techniques aux jeunes lors de nos "chantiers/vergers"pour qu’ils puissent les transmettre à leur tour.

Toutes ces activités de plaisir et de partage ont créé des liens chaleureux et indéfectibles dans notre groupe. Il en ressort une image positive de l’avenir sur le plateau de Herve.
Les pouvoirs politiques locaux n’y sont pas insensibles. Les écoles s’y intéressent aussi.

En réalité, nous attendons que les nouveaux membres osent se lancer dans l’aventure de la transmission, au delà de leur utile participation car les demandes locales sont nombreuses.
Les liens avec des groupements de producteurs, d’acheteurs, avec des éducateurs et des animateurs ainsi qu’avec d’autres « transitionneurs » se tissent chaque jour.

Li wêde del bèle-fleûr est une initiative localisée dans une zone semi-rurale bien particulière, transposable facilement sur tout terrain adapté à la plantation de fruitiers. Nous partagerons avec plaisir toutes nos réflexions dans l’émergence d’autres initiatives de transition de ce genre.

Propos de Liliane Jonnard et Didier Brick recueillis par Geneviève Adam, permanente des Amis de la Terre

Contact liege[at]amisdelaterre.be
Didier Brick : dbrick[at]scarlet.be ou 00(32) 4 97 82 63 83

Notes

[1en 2012, ce sera la 10ème édition de la journée de la Pomme et la fête du Réseau de Vergers Conservatoires de Wallonie au domaine de Wégimont, pour cette occasion les petits plats seront mis dans les grands !

[2Centre Wallon de Recherches Agronomiques : http://www.cra.wallonie.be

[3La partie la plus visible d’un charbonnage est appelée châssis à molettes ou Belle Fleur en Belgique.