, par Maxime Calay

Fin mai 2011, des citoyens préoccupés par l’implantation d’une culture de pommes de terre OGM à Wetteren, ont marqué leur désaccord par une action spectaculaire, initialement non-violente [1], lors de laquelle ils ont remplacé les plants OGM par des variétés non-OGM naturellement résistants aux maladies.

Au cours de cette action déterminée menée sous l’impulsion du FLM (Field Liberation Movement), une trentaine de personnes ont été arrêtées, dont onze sont maintenant inculpées. Le procès des onze « boucs émissaires du peuple » s’est ouvert à Termonde. Accusés pour association de malfaiteurs notamment, ils risquent entre cinq et quinze ans de prison ainsi qu’un dédommagement réclamé de 170.000 euros.

Dans un communiqué commun, l’ASBL « Les Amis de la Terre » ainsi que 7 autres associations ont marqué leur soutien aux faucheurs. Au-delà des mots, une délégation d’une vingtaine de militants des Amis de la Terre avait fait le chemin depuis les quatre coins de la Belgique, pour rejoindre le groupe de soutien formé devant le tribunal de Termonde, dès 8 heures ce mardi 8 mai 2012.

Les Amis de la Terre à Termonde pour soutenir les faucheurs OGM {JPEG}A travers cette présence, la centaine de participants à cette manifestation pacifique désirait rendre le débat public. « Il n’y aura plus besoin de mener de telles actions lorsque qu’un débat démocratique aura lieu au sujet des OGM. C’est pour porter ce débat sur la place publique que nous sommes présents ici aujourd’hui » déclarait une des inculpées à ce sujet.

Manifestement, nous n’en sommes pas encore là. Début avril 2012, dans une décision collégiale, les ministres Sabine Laruelle (Agriculture) et Laurette Onkelinx (Santé), ainsi que le secrétaire d’État à l’Environnement Melchior Wathelet autorisaient contre toute attente, sans tenir compte des avis scientifiques et en se moquant des inquiétudes fondées des citoyens, un essai en champ pour trois ans avec du maïs génétiquement modifié.

Immédiatemment, Les Amis de la Terre, et quelque quinze autres associations, ont réagi pour dénoncer les lacunes qu’ils avaient identifiées dans ce dossier ainsi que leurs inquiétudes concernant les OGM.

Pour les Amis de la Terre, comme pour les autres opposants, ce n’est pas seulement une technologie qui est mise en cause, mais c’est tout un système qui ne laisse visiblement pas la place à une agriculture paysanne durable. Que reste-t-il d’autre aux citoyens que la désobéissance civile face à la violence structurelle des essais en champs autorisés malgré de nombreuses recommandations allant dans le sens contraire ? Après plusieurs années de calme relatif, nous voyons renaître le mouvement citoyen qui avait porté un coup d’arrêt à l’implantation des OGM en Europe au début des années 2000.

Le procès des onze « boucs émissaires du peuple » est reporté au 15 janvier 2013. Son issue, ainsi que le questionnement que ce procès entraîne, permettront-ils cette fois de stopper cette machine qui s’emballe à nouveau ?

« L’homme qui veut demeurer fidèle à la justice doit se faire incessamment infidèle aux injustices inépuisablement triomphantes » (Charles Pégry dans le livre de Jean Ziegler, Destruction massive : géopolitique de la faim, éditions du Seuil, 2011.

Pour les Amis de la Terre,

Maxime Calay

Notes

[1La présence et le comportement de nombreux policiers a influencé la dynamique en cours de route