, par Geneviève Adam

Chers amis,

Les dernières nouvelles d’Ekta Parishad sont maintenant en ligne sur le nouveau site Internet : http://ektaparishad.com/en-us/media/newsletters.aspx
Dans ce numéro, la marche d’un an de Rajagopal nous emmène dans les Etats du Nord-Est, Lillykutty - une militante Ekta - parle de son voyage et des animations qu’elle a faites en France avec Peuples Solidaires, et Céline et Philippe se lancent dans une "marche à vélo" de la France à l’Inde.

Ce mois-ci, nous vous invitons à une démarche bien concrète : écrire au Premier Ministre Indien. Prenez quelques minutes de votre temps pour compléter la lettre modèle (en ligne sur le site ou envoyée sur demande 081/39.06.39) avec vos nom et adresse, imprimez-la, signez-la et postez-la à l’adresse d’Ekta Parishad-Belgique (ci-dessous). Vous pouvez faire mieux encore : relayez ce message auprès de vos amis ou vos collègues, afin que nous recevions un maximum de lettres. En concertation avec nos amis d’Ekta-Europe, pas d’action par e-mail pour le moment, nous examinerons ensemble comment faire parvenir vos lettres au Premier Ministre, par envois groupés par la poste ou via nos amis indiens.

Cette demande, nous vous la transmettons évidemment de la part de Rajagopal, suite notamment aux événements du mois dernier. Il y a un mois en effet, nous recevions de l’Inde des nouvelles déconcertantes. Des militants de Peuples Solidaires (ONG française) en visite en Inde pour rencontrer Rajagopal et mieux comprendre les méthodes d’action non-violente d’Ekta Parishad, ont été interpellés par la police alors qu’ils participaient à une réunion publique d’Ekta Parishad dans un village du Bihar. Ils ont été reconduits en avion vers Delhi avec interdiction de revenir au Bihar. Plus grave encore, Ekta Parishad a été accusé par certains officiers de police de "soutenir les groupes maoïstes" (mouvement armé et violent assez actif dans certaines régions de l’Inde). Ekta Parishad a évidemment alerté les médias et, en guise de protestation contre cette accusation, Rajagopal a entamé une grève de la faim. D’autres mouvements sont de plus en plus nombreux à les soutenir dans ces démarches. Six jours plus tard, Rajagopal a interrompu son jeûne suite à sa rencontre avec le Vice-Premier Ministre du Bihar, qui s’est dit désolé pour cette intervention et a reconnu qu’Ekta Parishad avait toujours fait valoir ses revendications de façon non-violente.

Ainsi va l’Inde, "la plus grande démocratie du monde" : ce que dit un ministre n’est pas toujours entendu par un officier de police un peu plus loin, beaucoup d’excellentes lois en faveur des pauvres ne sont pas toujours appliquées, les promesses d’aujourd’hui d’un ministre en faveur d’Ekta Parishad seront peut-être suivies demain de l’attribution de milliers d’hectares de terres à un gros groupe multinational... Tout cela n’étonne pas trop nos amis d’Ekta Parishad, car ils y sont habitués. Mais Rajagopal nous demandait récemment en ces termes de relancer la campagne de lettres au Premier Ministre :

"En voyant comment les choses se passent sur le terrain, nous n’avons pas beaucoup d’espoir que le Gouvernement essaie d’arriver à une solution négociée avant la marche d’octobre. Plusieurs personnalités en Inde ont déjà attiré l’attention du Premier Ministre sur nos revendications, mais il n’a même pas trouver le temps jusqu’ici de nous rejoindre sur la marche que nous menons à travers le pays depuis octobre 2011. Sur le terrain, plusieurs mouvements sociaux se solidarisent, mais il est encore trop tôt pour dire ce que cela va donner. Je crois donc qu’il est important que la communauté internationale fasse pression sur le Gouvernement indien pour le pousser à agir. De leur côté, les investisseurs internationaux exercent aussi beaucoup de pression sur le gouvernement (pour acquérir des terres). Le Gouvernement essaie de réduire nos possibilités d’action, et nous devons travailler davantage pour maintenir et élargir notre action démocratique et non-violente. Nous sommes heureux et fiers que vous soyez aussi nombreux à nous soutenir. S’il vous plait, continuez à jouer ce rôle."

Pour ceux qui n’en auraient pas encore eu l’occasion, nous vous rappelons la possibilité d’apporter également votre soutien financier à l’action d’Ekta Parishad. Nous restons à votre disposition pour d’autres renseignements si nécessaire.

compte BE44 523-0431038-45 de "Mercy Home",avec la mention "Ekta Parishad" (pas d’attestation fiscale) OXFAM-Solidarité a reconnu ce projet et en a confié la gestion à "Mercy Home".En versant votre don à leur compte vous recevrez une attestation fiscale (à partir de 40 € par an).BE37 000-0000028-28 de "Oxfam-Solidarité", mention obligatoire "BEL/OO131 - 8052 Ekta Parishad"

Merci pour votre solidarité et pour les lettres que vous enverrez.
Jacques.

Pour "Ekta Parishad-Belgique"
rue Ferme du Plagniau 135
B- 1331 Rosières (Belgium)
tel+fax +(32.2) 654 02 63


Traduction française de la lettre ci-jointe :

Respecté Premier Ministre,

J’ai été très satisfait lorsque j’ai appris que – suite à la marche Janadesh de 2007 - votre gouvernement avait mandaté un comité pour mettre en œuvre une réforme agraire qui soit bénéfique pour les pauvres et les marginalisés. Vous aviez accepté de mettre en place le Conseil national de la réforme agraire, vous aviez accepté d’en assurer la présidence et vous aviez promis qu’une politique nationale de réforme agraire serait mise en œuvre au profit des pauvres qui n’ont pas de terre.

Toutefois, depuis que le rapport du Comité a été publié en octobre 2009, aucune action n’a été prise par votre gouvernement. Il n’y a eu aucune redistribution de terres aux paysans sans terre et aux sans abri, si ce n’est par le biais de la loi sur les droits forestiers, alors même que le détournement de terres et de forêts se poursuit à grande échelle au profit d’entreprises minières, d’industries, de barrages et pour des zones économiques spéciales (ZES).

Je vous écris pour vous encourager, vous et vos ministres, à engager un dialogue avec la campagne Jansatyagraha afin d’aider à mettre en pratique les objectifs formulés par cette campagne. Dans la tradition de l’action non-violente, cette campagne préconise que les populations pauvres puissent avoir accès aux ressources naturelles dont elles dépendent pour leur survie. Dans cette optique, plusieurs recommandations spécifiques ont été faites, notamment :

1. Une politique foncière globale, avec des institutions efficaces pour la mettre en œuvre et en assurer le suivi, afin que les sans terre, les sans-abri et les communautés marginalisées aient accès à la terre et aux ressources qui leur permettent de subsister.
a) Afin d’entamer ce processus de redistribution des terres aux paysans sans terre et aux sans abri (en ville comme à la campagne), il serait opportun que tous les textes législatifs disponibles (au niveau de l’Etat central comme de chaque Etat) soient coordonnés dans un recueil et mis en œuvre dans un délai déterminé.
b) D’excellentes recommandations faites par divers comités au niveau du gouvernement central et de chaque État, sont toujours en attente ; elles devraient faire l’objet d’une sérieuse attention afin d’être mises en œuvre dans un délai déterminé.

2. Les femmes devraient être considérées comme agricultrices, elles devraient bénéficier des mêmes droits à la terre et aux moyens de subsistance, et être éligibles aux mêmes avantages et programmes disponibles pour les agriculteurs. Une disposition légale devrait accorder aux femmes des droits égaux sur l’ensemble des biens familiaux (tant sur les avoirs actuels que sur de nouveaux titres qui seraient distribués) et cela devrait également être réalisé dans un délai déterminé.

3. Les ressources naturelles telles que la terre, l’eau, les forêts et les zones minières qui fournissent des moyens de subsistance à un groupe quelconque ne devraient pas être affectées à d’autres fins. Même lorsqu’un consentement préalable a été obtenu, et en plus de l’indemnisation et de la réhabilitation, ces groupes et les individus concernés devraient obtenir, de par la loi, un intérêt direct dans le projet en question.

4. Le fait - pour des fonctionnaires de l’administration – de ne pas appliquer les lois en faveur des pauvres ou de violer les droits fondamentaux et les lois relatives à la terre, l’eau, les forêts et les mines, devrait être reconnu comme une infraction punissable.

Au cours de la yatra (la marche), l’équipe Jansatyagraha a rencontré plusieurs communautés qui sont souvent marginalisées : des adivasis, des "groupes tribaux primitifs", des dalits, des nomades ; des femmes musulmanes, des femmes célibataires, des femmes en général ; des minorités sexuelles ; des communautés de pêcheurs, des marchands ambulants ; le "secteur non organisé" (des petits indépendants), des paysans sans terre ; des personnes porteuses du VIH, des lépreux et des handicapés ; des personnes déplacées (par les mines, les barrages, les parcs nationaux, les réserves naturelles ou les conflits internes), les populations tribales qui travaillent dans les plantations de thé, des enfants indigents, des pauvres en milieu urbain, des travailleurs dans les salines, les groupes qui mènent les troupeaux, des travailleurs-esclaves, des travailleurs qui font des bidis (cigarettes indiennes), des familles de paysans qui ont connu un suicide parmi les leurs. Et cette liste continuera à augmenter.

"Jansatyagraha 2012" est une initiative d’organisations de la société civile, qui aspirent à établir une société où il n’y a ni faim, ni peur, ni corruption. Je vous demande instamment de répondre positivement à leurs revendications, qui contiennent un véritable espoir pour la sécurité alimentaire, l’éradication de la pauvreté et pour une plus grande justice en Inde.

Cordialement,