, par Maxime Calay

La décision prise par le gouvernement fédéral de prolonger la durée de vie de l’unité 1 de la centrale nucléaire de Tihange (Tihange1) jusqu’en 2025 est une faute politique grave, selon les Amis de la Terre, l’APERE, Nature & Progrès et le Grappe.

Pour des raisons de sécurité

Tihange 1 est la plus vieille unité nucléaire de Belgique. Elle a été conçue et construite selon des critères et des règles de sécurité datant des années 60, reconnues comme obsolètes depuis l’accident majeur de Three Miles Island en 1979, aux Etats-Unis ; quelles que soient les améliorations techniques apportées, le niveau de sûreté de Tihange 1 restera inférieur à celui des unités plus récentes. Prolonger jusqu’à 50 ans la vie de Tihange 1, c’est faire courir un risque supplémentaire inacceptable à la population riveraine et à toute l’agglomération liégeoise proche.

C’est pourtant une des leçons à tirer de la catastrophe de Fukushima, trop peu évoquée, et déjà oubliée par notre gouvernement : à Fukushima, tous les réacteurs détruits ont été mis en service dans les années 70 et sont d’une conception datant elle aussi des années 60 (BWR), donc obsolète et abandonnée depuis 30 ans par le constructeur General Electric.

Pour avoir minimisé le risque spécifique de ces vieux réacteurs, les responsables politiques japonais et l’exploitant Tepco ont provoqué un désastre humain et écologique d’envergure planétaire dont les conséquences se manifesteront pendant de nombreuses décennies.

Pour des raisons de politique énergétique

La prolongation de Tihange 1 donne un coup de frein manifeste à l’indispensable mutation du parc de production d’électricité qui s’amorce depuis quelques années. L’avenir est à une production décentralisée basée sur les ressources renouvelables (éolien, photovoltaïque, hydroélectrique, cogénération à partir de la biomasse, géothermique), à une forte amélioration de l’efficacité énergétique dans tous les domaines et à la sobriété (suppression des choix gaspilleurs).

Cet avenir doit se mettre en place dès à présent et dans les prochaines années ; plutôt que de freins, c’est de coups d’accélérateur dont on a besoin pour ce faire. En investissant dans ces secteurs d’avenir, de nombreux citoyens et des entreprises novatrices ont compris où se trouve la modernité. Le nucléaire est un choix du passé ; les conservateurs de tout poil ont du mal à l’admettre et les producteurs d’électricité dominants, soucieux de maximiser les profits de leurs actionnaires, entendent bien en sortir le plus tard possible.

Le gouvernement fédéral, même s’il s’en défend, se sent contraint, à tort, de ne pas trop mécontenter GDF Suez et EDF.

L’argument du risque de rupture d’approvisionnement est fallacieux, à moins de croire à une croissance forte de la demande en électricité qui n’aurait lieu que si on la stimulait. La meilleure preuve en est la nécessité de remplacer la loi de 2003, actuellement en vigueur laquelle avait prévu le cas de force majeure, par une nouvelle loi, de sortie ralentie du nucléaire.

Les associations soussignées entendent bien, à l’occasion du débat parlementaire à venir, faire entendre leur voix. Ils sollicitent d’ores et déjà une rencontre avec les groupes parlementaires de tous les partis politiques pour faire valoir les arguments qui mettent en question le choix gouvernemental.

Pour l’APERE, Daniel Comblin

Pour les Amis de la Terre, Ezio Gandin

Pour Nature & Progrès, Marc Fichers

Pour le Grappe, Paul Lannoye

Pour toute information complémentaire :

  • Ezio GANDIN, président des Amis de la Terre - 04/388 21 49
  • Marc FICHERS, Secrétaire général de Nature & Progrès - 0473/ 65.36.32

Voir également l’étude menée par Daniel Comblin et publiée par les quatre associations : L’avenir énergétique : la Belgique peut à la fois sortir du nucléaire et réduire l’effet de serre