Mobilisons-nous pour faire évoluer les normes sanitaires en Belgique !

, par Maxime Calay

Constatant que l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire, par ses méthodes et ses abus de pouvoir (en tant que juge et partie) décourage bon nombre de paysans qui cherchent à se diversifier et des nouveaux paysans dans leur volonté de s’installer officiellement.

Reconnaissant que l’Afsca ne garantit de toute façon pas efficacement la sécurité de la chaîne alimentaire dans notre pays, qu’elle se trompe de cible en se focalisant sur la bactériologie et en laissant passer des résidus de pesticides, des génomes modifiés, l’irradiation des aliments, les abus liés à l’élevage intensif, sans tenir compte du principe de précaution.

Rappelant que le rôle des paysans est de travailler sur le vivant pour nourrir des gens, avec le souci constant et réciproque de la plus grande qualité de l’aliment et cela, bien avant les crises, toutes liées aux circuits industriels.

Soulignant le fait que pour développer les circuits courts et la vente directe locale (que beaucoup de consommateurs attendent) il vaudrait mieux encourager la recherche active de solutions comme la mise en place de systèmes de sécurité alimentaire participative que de jouer la police de l’alimentation.

Attendu de ce qui précède, que nous sommes en colère et que nous attendions une véritable réorientation des priorités de l’Agence plus que des assouplissements, une action de résistance conséquente et structurée s’impose.

Une Cellule d’Action Qualité

La Cellule d’Action Qualité est animée par le MAP et la FUGEA, soutenue par Nature et Progrès et l’UNAB. Ce groupe s’est donné comme mission d’organiser la résistance des paysannes et paysans de Wallonie qui échangent ou commercialisent leurs produits sans intermédiaires (vente directe) et qui subissent des contrôles d’hygiène abusifs.

Elle a comme objectifs de permettre la diversification ou le maintien d’activités de transformation et de commercialisation en circuit court sur les fermes, les marchés fermiers et publics, les groupements d’achats (GAC-GASAP,…), ainsi que l’installation progressive et hors-cadre de néo-paysans qui ont besoin d’accompagnement.

Pour ce faire, elle développe ses moyens autour de 3 axes :

- 1) L’interpellation du politique et la participation à l’élaboration de normes plus adaptées, via les comités consultatifs et commissions parlementaires, mais également via un lobbying européen.

- 2) La réouverture du débat public sur la qualité de l’alimentation. Qu’est-ce qui vraiment nous empoisonne ? Les bonnes bactéries radiées par l’hygiénisme ou les produits chimiques et les pesticides dans la grande industrie ? Il faut donc encourager l’AFSCA à agir sur les véritables causes d’empoisonnement. « Pendant l’année 1997, en Belgique 21 personnes sont mortes suite à une infection à la Salmonella. 19 des 21 décès étaient des personnes âgées de plus de 65 ans (dont 11 de plus de 80 ans) » [1]. Confrontons ces chiffres aux informations qui datent de la même époque : « En 2005, un total de 57 185 nouveaux cas de cancers ont été diagnostiqués en Belgique » [2]. Le problème se situe donc ailleurs.

- 3) La mise en place de cahiers de bonnes pratiques d’hygiène et des systèmes participatifs de garantie qui engloberaient les mangeurs, le secteur associatif et les paysan(ne)s ; un trio d’acteurs capable de produire, accompagner et mettre en évidence la qualité citoyenne durable.

Il s’agit pour nous d’organiser à la fois la résistance face à un système injuste qui détruit notre souveraineté alimentaire et la résilience de nos fermes au travers de pratiques agro-écologiques. L’un ne va pas sans l’autre.

Avec et sans l’AFSCA

Ce tableau à double entrée illustre mieux qu’un long discours notre vision d’un système alimentaire basé sur la souveraineté et l’implication citoyenne.

Tableau proposant l'intervention de l'AFSCA en fonction du circuit et du type de denrées

La sécurité des chaînes très courtes est auto-garantie, la traçabilité évidente, nous n’avons nul besoin de l’AFSCA. Plus le circuit s’allonge et plus les denrées sont sensibles, plus l’intervention de nouveaux acteurs est nécessaire. Le monde associatif nous semble néanmoins plus à même de relayer à la fois les attentes des consommateurs et les possibilités des paysans.

Le domaine contrôlé par l’Agence reste celui des chaînes rallongées et de l’agro-industrie, mais nous serons vigilants sur la question des priorités. Le SPG ou Système Participatif de Garantie est un des outils solidaires mis en place par nos associations militantes pour rendre visibles les pratiques, diminuer la bureaucratie et le pouvoir des organismes de contrôle, court-circuiter les systèmes agroalimentaires et créer un espace d’autonomie producteur-consomm’acteur.

Appel à la mobilisation paysanne et citoyenne

Les paysannes et paysans, artisanes et artisans, exigent le changement des normes sanitaires que l’AFSCA applique sur leur travail. Dans les plus brefs délais.

Chaque semaine, un nombre croissant de travailleurs du monde agricole et de petits artisans disparaissent, entre autre, à cause des amendes que leur laisse l’AFSCA à la suite de contrôles injustes. C’est une violence sans nom que doivent subir ceux qui ont pourtant fait le choix de nous donner une nourriture saine et vitale. Cette situation est inacceptable.

Amalgame !

Lors des contrôles de l’AFSCA, aucune différence n’est faite entre une industrie de production intensive et les petits paysans respectueux de notre environnement. Vache folle, dioxines, grippes aviaires et porcines, d’où vient le danger ? Comment est-il possible que nos paysannes, paysans, artisanes et artisans soient soumis aux mêmes règles sanitaires que ces énormes usines à produire, complètement déconnectées de la nature ?

Nous disons NON !

Pesticides, hormones et compagnies…

L’Agence focalise son attention et les contrôles sur la veille bactériologique. Pourtant, la maîtrise microbienne des produits fermiers et artisanaux est depuis des siècles orientée et maîtrisée par les paysans et artisans. Elle est également, comme le montre un nombre croissant d’études, le gage de la qualité du produit alimentaire. Une qualité tant gustative que sanitaire, qui garantit la pérennité de la santé des consommateurs. Nous voyons bien que les grandes crises sanitaires et les dangers liés à l’alimentation émergent de la production industrielle. Tant par les épisodes de grandes épidémies que par la baisse avérée des qualités nutritionnelles des aliments produits par voies industrielles, ce secteur apparaît clairement comme le responsable d’une baisse globale des capacités de défense immunitaire et, par là même, d’une hausse significative de certaines maladies.
Nous disons NON !

Stop !

Assez de vies et de familles ont été sacrifiées sur l’autel du « tout stérile ». Sous couvert de la sacrosainte « sécurité sanitaire », c’est également un business juteux pour les banques, les états, ainsi que toutes les entreprises privées qui profitent de ces normes ultra-strictes. Au bout de la chaîne de production, c’est également le consommateur qui paye les pots cassés, en voyant se raréfier la nourriture de qualité et en mettant sa santé en péril quotidiennement. Les paysans et artisans quant à eux, sont dans l’impossibilité de respecter les normes imposées, et abandonnent leurs pratiques et productions, notamment laitière.

NON, NON et NON !

Nous sommes des hommes et des femmes !

Depuis des siècles, notre rôle est de travailler avec le vivant, avec la terre, pour nourrir nos semblables. Le bon et le beau sont notre souci. Le gros et le grand sont le souci des industriels. Les crises sanitaires et l’extinction progressive de la paysannerie sont leurs fins et leurs moyens. Notre survie est directement menacée.

Contacts

afsca.action2012[at]gmail.com
_MAP : info[at]lemap.be - 061/31.47.49
_FUGEA : information[at]fugea.be - 081/23.00.37

Descente de l’Afsca à Ellezelles en juin 2013

Notes

[1SÉNAT DE BELGIQUE : Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique Santé publique : Questions et Réponses Bulletin 3-54 Session De 2005-2006 Questions posées par les Sénateurs et réponses données par les Ministres [en ligne]. Disponible sur : http://www.senate.be/www/?MIval=/publications/viewPubDoc&TID=50347552&LANG=fr  (Consulté le 11/10/2011)

[2FONDATION CONTRE LE CANCER Environnement et cancers ; Tour d’horizon. Bruxelles : Fondation contre le cancer, 2010, p. 105