Réaction à l’enquête du Parlement Européen : Quelle politique agricole commune ?

, par Maxime Calay

Suite à la diffusion d’une enquête diffusée par le Parlement Européen en vue d’alimenter la réforme de la politique agricole commune, nous avons souhaité réagir. À la suite de l’ASBL Quinoa, nous dénonçons les pratiques exercées et demandons des clarifications à la vice-présidente du Parlement européen, Isabelle Durant.

Si vous êtes de notre avis, nous vous invitons à reprendre ce courrier à votre nom et à l’expédier afin d’obtenir des éclaircissements.

Courrier envoyé à Madame Durant, vice-présidente du Parlement Européen

Madame la Vice-présidente,

Nous avons découvert avec plaisir l’enquête diffusée par le Parlement Européen pour instruire le processus de réforme de la politique agricole commune de l’Union Européenne. Nous y avons répondu et la diffusons largement.

Nous déplorons néanmoins deux aspects de cette démarche.

Le premier tient dans la formulation des questions. Notons notamment que :

  • Plusieurs questions sont fortement orientées : soulignons par exemple les questions 5 (les cultures devraient être génétiquement modifiées afin d’éviter les maladies et d’accroître la production) et 6 (les animaux d’élevage devraient être traités avec des hormones pour rendre leur viande plus abondante et juteuse) qui laissent sous-entendre que les OGM et les hormones ont les vertus citées.
  • Certaines questions ne proposent aucune réponse crédible et ambitieuse : soulignons par exemple la question 11 sur la survie des agriculteurs (leur « survie » des agriculteurs mais pas leur vie digne) qui ne propose même pas un prix juste/équitable qui tiennent en compte les réalités des coûts de production.
  • La logique de compétitivité dans l’agriculture est présentée comme naturelle et n’est pas remise en cause (voir question 13).
  • La question 18, rien que par sa présence dans le questionnaire, laisse encore entendre qu’un doute est possible quant à la responsabilité de l’espèce humaine dans le changement climatique .
  • Le questionnaire nomme spécifiquement une entreprise multinationale sans qu’on comprenne pourquoi (voir question 9).

Ce type de questions apparaît donc comme renforçant une certaine forme d’idéologie dans le chef des citoyens et ne semble en aucun cas susciter une réflexion critique.

Le deuxième aspect que nous déplorons dans cette démarche, lié au précédent, tient à la dimension « participative » qui est soulignée.

En effet, ni le questionnaire (questions limitées, orientées) ni le processus en général ne semble permettre un débat citoyen, démocratique et participatif sur un enjeu aussi important et complexe que l’agriculture. Le questionnaire ne permet même pas à l’utilisateur de laisser un commentaire !

Vous n’êtes pas sans savoir qu’une « Good Food March » initiée par huit associations, organisée par 84 associations et soutenue par de nombreuses autres est en cours et qu’elle aboutit devant le Parlement Européen le 19 septembre pour un débat citoyen. Nous espérons vous y voir afin de partager avec vous les visions portées par les citoyens et les agriculteurs sur une PAC solidaire en phase avec les enjeux actuels de société et les droits des citoyens.

Par ailleurs, nous serons très intéressés de recevoir une explication quant au processus que le Parlement Européen a suivi pour aboutir au questionnaire proposé.

Ce courrier a été diffusé au sein de différents réseaux de soutien à l’agriculture paysanne et de solidarité internationale.

Dans l’espoir de vous lire et de vous rencontrer bientôt je vous prie de recevoir, Madame, l’expression de ma considération distinguée.

Ezio Gandin

Président des Amis de la Terre-Belgique ASBL