Dans cette revue, le concept de simplicité volontaire prend peu à peu corps, tant par les différentes définitions proposées qu’à travers les nombreux témoignages de la pratique quotidienne de simplicitaires.

Le changement de mode de vie se construit progressivement par l’expérimentation personnelle, et parfois aussi grâce au soutien des membres d’un groupe de simplicité volontaire, pour atteindre tous les domaines de l’existence, avec une radicalité plus ou moins profonde.

Sans occulter les « points durs » qui peuvent empêcher de s’engager vers une vie plus simple ainsi que les difficultés rencontrées lors de ce cheminement, cette revue veut soutenir chaque lecteur dans sa prise de conscience et l’encourager à tenter sa propre aventure de la simplicité volontaire.

Préface de Serge Mongeau

Au Québec, il y a un peu plus de 25 ans que nous avons commencé à parler de simplicité volontaire. C’est mon livre La simplicité volontaire 1 qui a porté l’idée sur la place publique ; dans cet ouvrage que je publiais dans une collection consacrée à la santé, j’essayais de comprendre pourquoi, malgré tous les progrès dans la thérapie, les gens étaient de plus en plus malades. J’en arrivais à la conclusion que c’est notre société qui est malade, ce sont nos façons de vivre qu’il faudrait changer, et avant tout, nos valeurs.

La simplicité volontaire, en se fondant sur l’être et non plus sur l’avoir, me semblait la voie à emprunter. Mon livre a eu peu d’échos ; ce n’est qu’au moment de sa réédition en 1998 2 qu’il a pu rejoindre un vaste public. Au vu de l’évolution des problèmes environnementaux, la dimension écologique y prenait plus d’importance. L’intérêt croissant pour l’idée de la simplicité volontaire a amené quelques personnes à se réunir pour lancer le Réseau Québécois de la Simplicité Volontaire, qui s’est rapidement développé, mais qui aujourd’hui éprouve de la difficulté à élargir son audience et même à conserver ses membres. Pourtant, en ce XXIe siècle où nous commençons à réaliser que la Terre est ronde et limitée, mais où ceux qui nous dirigent continuent à vouloir nous imposer leur modèle de développement infini, nous devons trouver rapidement les moyens de diminuer notre consommation. Car nous dépassons déjà largement les capacités de la planète, d’une part dans le prélèvement des ressources renouvelables que nous utilisons si gloutonnement, et d’autre part dans la métabolisation de tous ces déchets que nous produisons en si grande abondance. Et nous continuons à répandre partout dans le monde le style de vie occidental de surconsommation, ce qui fait que la presque totalité des gens sur Terre aspirent à faire comme nous.

Chaque fois qu’une personne introduit dans sa vie la simplicité volontaire, c’est un pas dans la bonne direction. Mais il faut bien le constater, du côté de l’augmentation globale de la consommation, la progression est immensément plus rapide. Avec les 500 milliards d’Euros annuellement consacrés à la publicité, avec la complicité des gouvernements qui ne voient d’avenir que dans la croissance économique, avec la collaboration des techniciens qui fabriquent des objets au vieillissement planifié, avec la domination croissante des multinationales qui tuent les commerces de proximité au profit des centres commerciaux, notre message d’une vie simple et sobre ne fait pas le poids. Si nous voulons arriver à équilibrer notre consommation avec ce que la planète peut supporter, il faudra plus que des millions d’adeptes de la simplicité volontaire : il faudra des changements majeurs dans nos façons de vivre et
cela ne sera possible que si nous nous y mettons
collectivement.

Mais alors, suis-je en train de dire que la pratique de la simplicité volontaire est inutile  ? Que non, certainement pas  ! Au contraire, il faut travailler à ce que la simplicité volontaire sorte de la marginalité et devienne la norme, et non un mode de vie à contre-courant. Et ce ne sera possible qu’en se donnant, au niveau de nos communautés, des moyens de répondre collectivement à nos besoins, au lieu de nous isoler chacun dans nos consommations individuelles. Nous donner cette résilience que tentent de construire les initiatives de transition. Développer le «  vivre ensemble  », le partage et la solidarité. Et, au niveau politique, s’impliquer dans les partis qui remettent en question la croissance économique. La simplicité volontaire doit être considérée comme la pierre angulaire des actions à mener. D’abord, elle permet d’expérimenter les seules manières de vivre compatibles avec un avenir pour l’humanité. Ensuite, elle assure la cohérence dans sa vie. Et enfin elle permet de se libérer de la surconsommation et de ses contraintes (le travail aliéné en particulier) pour trouver le temps de réfléchir et de s’engager concrètement dans les divers mouvements et associations qui travaillent à produire les changements nécessaires.