, par Robin Guns

Actuellement en poste au Burundi, j’avais emmené dans mes valises le film de Nils Aguilar "Cultures en Transition" afin d’aborder avec des Burundais des problématiques environnementales qui concernent ce petit pays d’Afrique des Grands Lacs. Le jeudi 6 juin à 15h au Centre Jeune Kamenge de Bujumbura (Burundi), dans le cadre de la semaine de l’environnement, nous avons eu l’opportunité de projeter ce film. Cette projection s’est réalisée en collaboration avec l’agence du PNUD (Programme des Nations Unies au Développement) et le ministère de l’environnement du Burundi. Dans une grande salle mais sur un petit téléviseur, le film a captivé l’attention d’une quarantaine de jeunes, parmi lesquels quelques représentants d’un groupe local "environnement".

Cultures en Transition - Burundi - public {JPEG}

Résilience burundaise

Lors du débat qui a suivi le film, je me suis vite rendu compte que la transition économique était un concept méconnu pour ces jeunes burundais dont le pays fait partie des 5 pays les plus pauvres au monde. La résilience par contre était, de manière forcée et contrainte, une réalité qui faisait partie de leur quotidien. En effet, 90% de la population burundaise vit d’agriculture, ne gagne pas plus d’un euro par jour, se déplace majoritairement à pieds ou à vélo, ne connait que très rarement l’usage de véhicules à moteur et encore moins de machines agricoles. Les labours, les semis et les récoltes (très dépendantes du climat) se font entièrement à la main. La distribution des produits de la terre se fait principalement en vélo. Bref, la dépendance au pétrole est minime.

Des engrais chimiques dans les campagnes

Vraiment minime ? Non pas tant que cela finalement... Car quand on a parlé des produits phytosanitaires, nos amis burundais savaient pour la plupart de quoi il en retournait. Car ici comme ailleurs, l’usage des pesticides et autres engrais chimiques est largement répandu dans le pays (faute de chiffres fiables sur le sujet, je n’ai pas de statistiques à fournir). Il y avait donc bien dans le documentaire de Nils une préoccupation commune au paysan burundais et au paysan occidental. Cette préoccupation touchait à la hausse des prix des engrais chimiques qui allaient suivre mécaniquement la hausse attendue et prochaine (à moyen et long terme) des prix du pétrole (les engrais chimiques étant principalement réalisés à partir de produits pétroliers). De l’usage des engrais chimiques, le lien a été vite fait avec l’appauvrissement des sols et leur érosion qui sont des conséquences directes de l’utilisation régulière d’intrants chimiques (le film évoque ce sujet dans sa première partie). Nous avons alors discuté de la nécessité d’entretenir la vie microbienne des sols en alliant apport de fumure/compost et reboisement des campagnes. La déforestation est en effet une plaie majeure au Burundi. Avec ses 8 millions d’habitants pour une superficie légèrement inférieure à la Belgique, l’accès à la terre est une préoccupation quotidienne dans ce pays d’Afrique. La forêt en a beaucoup souffert et la partie boisée du pays se réduit chaque année.

Cultures en Transition - Burundi - Alain {JPEG}

Paix et agriculture soutenable : deux défis essentiels

La probabilité, bien réelle pourtant, d’une hausse progressive des prix des intrants chimiques est encore largement ignorée au Burundi. Cette perspective est pourtant un risque majeur pour les finances du pays puisque l’engrais chimique est un des principaux produits d’importation au Burundi. L’usage de techniques naturelles, plus respectueuses des sols et de l’environnement doit donc ici comme ailleurs être rapidement promu. La prise de conscience me semble malheureusement très lente et insuffisante. Le monde politique, peu éclairé, peine à montrer la voie. Une raison à cela ? Le pays tente de panser bon an mal an les séquelles d’une guerre civile ravageuse qui s’est terminée il y a peu de temps. Le Burundi est bien occupé à vivre une transition, mais une transition vers la paix que tous espèrent durables. La reconstruction du pays est donc en route, certes, mais la route est encore longue. Cette route devrait pourtant intégrer idéalement dans les plans de développement un volet agriculture soutenable (l’agriculture demeurant la première ressource du pays) afin de permettre au pays d’affronter les défis environnementaux futurs. La projection du film "Cultures en Transition" a contribué, certes modestement, à éveiller les consciences et à montrer la voie à suivre. L’intérêt des jeunes sur place nous a aussi donné l’envie de recommencer l’expérience autour d’autres thématiques liées à la protection de l’environnement.

Alain Carpiaux