, par Geneviève Adam

Geneviève Adam, avec l’aide de Philippe Tyberghein (Amis de la Terre), Guillaume Lohest (Nature & Progrès)-et Ivan Mammana (Corporate Europe Observatory - CEO)

Photo de semences

Selon la Food and Agriculture Organization (FAO), 75 % des espèces cultivées au début du XXe siècle ont disparu ! Les discussions actuelles au niveau européen sur une législation uniforme représentent un enjeu majeur pour la survie des semences paysannes. Aucune loi contraignante n’est sortie actuellement, mais restons vigilants !

Il existe actuellement, en Europe, plus d’une dizaine de directives sur les semences. Ces textes posent un cadre et laissent chaque pays libre de l’interprétation et l’application en loi nationale. La réalisation d’un règlement européen sur la commercialisation des semences serait plus contraignant car il ne permettrait plus une interprétation différente selon les pays. L’Union européenne désire en effet simplifier et harmoniser les règles sur la circulation des semences en renforçant notamment le système actuel d’un catalogue des semences autorisées à la vente, afin de garantir des semences productives et répondant aux tests DHS (Distinction-Homogénéité-Stabilité). Cependant, ces tests posent un gros problème pour les variétés anciennes et paysannes qui, par nature, évoluent dans le temps en s’adaptant aux conditions du milieu grâce à une grande variabilité génétique. Cette faculté les rend plus résistantes, plus rustiques mais aussi beaucoup moins homogènes, à la différence des variétés « hybrides » formées à partir de la répétition du croisement des mêmes parents ! Les semences hybrides n’évoluent pas dans le temps et ne peuvent se ressemer. Cela pose un autre problème : celui de l’indépendance des fermiers face à l’industrie des semences puisque les semences hybrides sont stériles et ne peuvent donc pas évoluer dans le milieu naturel. Ceci étant, l’agro-industrie investit beaucoup d’argent dans la recherche pour « créer » de nouveaux hybrides. Il y a donc une évolution mais celle-ci est complètement déconnectée du milieu, contrairement à l’évolution naturelle des semences paysannes. Selon les premiers amendements de la nouvelle réglementation, les jardiniers amateurs peuvent être rassurés : les règles concerneront uniquement la commercialisation. Ce sont donc les professionnels, les agriculteurs, qui ont à craindre que leur droit le plus fondamental, l’accès libre aux semences, ne soit sérieusement amputé. Par ailleurs, pour les consommateurs il est à craindre que de nombreuses semences soient interdites et donc, qu’il y ait un impact sur la variété de notre alimentation déjà mise à mal, et que nous soyons forcés de manger quelques variétés toutes issues de l’agro-industrie...

Il nous semble donc essentiel de rester solidaires avec les paysans car, comme le dit l’adage « diviser pour régner », sans le soutien des particuliers, les paysans bio (et autres) n’auront plus accès aux anciennes variétés paysannes !

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