Relevez le défi zéro poubelle !

, par Maxime Calay

Pourrait-on vivre, à nouveau, dans un monde sans déchets ? Utopie exaltante et possible car les solutions sont à portée de la main. Mais la réalisation est difficile tant nous sommes remplis par le consumérisme et le sentiment d’obsolescence de toute chose. Du mégot minuscule couvrant les trottoirs de nos villes jusqu’à l’incontrôlable déchet nucléaire, de la crotte de chien ramassée dans un petit sac par le propriétaire de l’animal (bravo - merci bien pour nos semelles - mais quel raccourci saisissant de notre système absurde ! ) jusqu’aux incinérateurs géants, jamais l’Homme n’a produit tant de déchets, avec enthousiasme apparemment.

Une année sans poubelles

On dit souvent que nous sommes comme dans un train lancé à grande vitesse vers le gouffre. Et qu’il faut faire un pas de côté. Ou même plusieurs. Rajoutons que ce train accélère, en produisant un nuage immense d’immondices derrière lui. Qu’il ne peut plus freiner sous peine d’être rattrapé et étouffé par ce nuage toxique. Système de flux tendu, comme les transports de l’alimentation mondialisée, et le moindre grain de sable dans les rouages conduit à l’accident : l’effondrement dans les ordures. C’est le syndrome de Diogène collectif, une des graves maladies qui touchent notre monde cynique.

Réfléchissant à ceci, j’ai commencé à regarder de plus près les poubelles que nous produisions en famille (deux adultes et trois enfants de 12, 10 et 4 ans) à notre corps défendant ou consentant ; puis à peser ces poubelles, à les « sur-trier ». Tout cela pour mieux comprendre comment cela fonctionne au quotidien. Comment "faire le plein" de la consommation est lié intimement au "faire le vide" des poubelles ? Pourquoi après compostage et tri des matières recyclées, reste-t-il encore tant de choses ? Pourquoi la poubelle nous dégoûte encore, alors qu’elle est devenue "propre" ? Non-puante disons, car tous ces emballages plastiques incinérés ou enfouis n’ont rien de propre...Et n’oublions pas, tandis que nous refusons toujours, le nez pincé, d’aller voir un peu dans nos poubelles, qu’elles sont devenues une vraie mine d’or pour certains grands groupes industriels.

Allant un peu plus loin dans la démarche, nous avons décidé de faire, en 2014, un embargo durant un an sur tous nos déchets domestiques ; verre, métal, plastique et papier y compris. Pas de syndrome de Diogène dans ce cas, mais une sorte de grand jeu de piste illustré (je suis dessinateur) d’observation, de réduction, pour rechercher des solutions dans tous les domaines, et mieux comprendre les blocages psychologiques ou matériels. Ici, je trouve du yahourt belge et bio dans un pot en verre consigné avec son couvercle ; parfait. Mais là, je ne sais pas contrer la publicité inutile qui m’est envoyée sous enveloppe et franchit donc la fragile barrière de mon autocollant " PUB : NO "... Que faire dans ce cas ?

En nous retirant, temporairement, du système de collecte des déchets, nous voulons mesurer notre pouvoir d’agir sur notre consommation et notre non-consommation, notre pouvoir d’imaginer une autre manière de vivre.

Yacine Cañamas, 43 ans, Bruxelles

Une année sans poubelles : les règles du jeu

1- Ne sortir aucune poubelle blanche (poubelle tout-venant) de la maison entre le 1er janvier et le 31 décembre 2014

2- Tenter de trouver, produit par produit, des solutions réalistes et/ou ludiques, pour réduire, supprimer ou transformer les emballages omniprésents.

3- Contacter des associations ou personnes-ressources, pour trouver des solutions déjà testées ou imaginées par d’autres.

4- Tout en poursuivant la façon "normale" de gérer ses déchets (compost, poubelles spécifiques), trier encore plus attentivement pour stocker tous les déchets "propres" à part.

5- Ne jeter en 2014 aucune des matières recyclables utilisées (verre, papier/carton, métal/plastique), dans un double but de pouvoir leur réinventer un nouvel usage, et d’avoir une idée de la masse, du volume et du poids de cet ensemble, à la fin de l’expérience.

6- Tout déchet apporté par un visiteur dans la maison sera incorporé au jeu, et ne sera pas jeté avant le 31 décembre.

7- Les emballages consignés ne sont pas concernés par le jeu.

8- Les déchets produits en-dehors de la maison (lieu de travail, école, vacances), ne sont pas concernés par le jeu.

9- Tout déchet imaginé puis transformé pour un autre usage pourra sortir de la maison.

10- Tous les déchets restants seront soumis à un bilan final (volume, poids, nombre de sacs à jeter, etc) par catégorie.

11- Tous les déchets restants rejoindront leur cycle habituel de collecte...en janvier 2015.

12- L’ensemble de l’expérience se fera dans le respect des normes d’hygiène.