Les Biens communs ; un concept du passé ou au contraire un concept indispensable pour évoluer vers une société soutenable ?

Photo : Friends of the Earth Europe

  • du 26 mai à 19h au 26 avril 2014 à 22h (Mai 2014)
  • inscription souhaitée
  • Les Amis de la Terre : 081/39.06.39 - contact[at]amisdelaterre.be

Pour la première fois lors d’une réunion SoS, nous aborderons le thème des Biens communs et cela grâce à Dominique Nalpas qui est très actif à Bruxelles sur ce sujet, depuis des années.

Au-delà de la longue histoire des Biens communs (comment gérer ensemble des ressources que nous partageons ?), Dominique nous présentera comment ce concept est aujourd’hui au centre de plusieurs actions très intéressantes à Bruxelles.

Je suis certain que nous aurions beaucoup à gagner à comprendre toutes les facettes de ce concept pour pouvoir mieux l’intégrer dans nos réflexions et nos actions de terrain.

Au plaisir de vous retrouver à cette occasion !
Ezio Gandin

Présentation de l’exposé qui permettra d’amorcer le débat. Nous aborderons dans un premier temps un court historique de la notion des Biens communs et plus généralement une réflexion mettant en perspective les Biens communs et le Commun. On y abordera succinctement des approches telles que celle d’Elinor Ostrom (1ère femme à recevoir le prix Nobel d’économie en 2009 – voir le texte ci-dessous) à celles de Laval et Dardot, en passant par Negri ou Isabelle Stengers. On abordera ensuite quelques applications de ces notions dans des projets expérimentaux tels que ceux portés par les Etats généraux de l’Eau à Bruxelles ou Commons Josaphat.

Présentation du conférencier. Dominique Nalpas est entre autre un acteur urbain co-fondateur ou animateur de nombreuses organisations ou plateformes bruxelloises d’action et de réflexion, telles que par exemple les Etats généraux de l’Eau à Bruxelles, le Parcours citoyen d’Ixelles, Bouillon Malibran, les Quartiers durables, le festival des biens communs ou encore Commons Josaphat. Ces dernières années il a contribué à élaborer des concepts tels que les Bassins versants solidaires, la cuisine hybride, et bien d’autres choses tel l’Appel à idées pour Commons Josaphat. La notion de Commun (biens communs, communs) est au cœur de ses réflexions depuis plusieurs années.

Principaux travaux de d’Elinor Ostrom (extrait de wikipedia)

Elle est principalement connue pour ses travaux portant sur la gestion collective des biens communs. À partir des travaux de Garrett Hardin, les économistes se sont interrogés sur la tragédie des biens communs, c’est-à-dire sur le fait que la rationalité économique doit a priori pousser des individus qui se partagent un bien en commun à le surexploiter. Quand un individu accroît son utilisation du bien commun, il en retire en effet seul l’utilité. Par contre, le coût de l’usure de ce bien que suscite cette utilisation est partagé par tous. Puisque l’utilité est individuelle mais le coût partagé collectivement, cela doit conduire à une surexploitation. Par exemple, des villageois qui se partagent un champ de pâture sont incités à le surexploiter : chacun a intérêt à y faire paître le plus grand nombre possible de ses vaches, puisque le champ ne lui appartient pas, et que le coût lié à son usure est partagé avec tous les autres éleveurs. Pour la plupart des économistes, la solution à cette « tragédie » passe soit par la création de droits individuels de propriété, qui font que le coût est payé par celui qui tire profit du bien, soit par la gestion des biens communs par la puissance publique.

Cette tragédie des communs se pose, en particulier, dans la gestion des ressources environnementales, qui n’ont souvent pas de propriété individuelle (ni même collective souvent) établie.

Elinor Ostrom s’est, au contraire, efforcée de montrer que, depuis longtemps et presque partout dans le monde, des collectivités ont pu et peuvent encore gérer — de manière économiquement optimale — des biens communs, à travers la création d’« arrangements institutionnels ». À côté de la gestion par des droits de propriété individuels ou par l’État, il peut ainsi exister un troisième cadre institutionnel efficace dans lesquels des communautés gèrent collectivement des biens communs. Elle a ainsi montré que ces arrangements institutionnels avaient permis la gestion collective de nombreux écosystèmes sans conduire à leur effondrement.

Toutefois, Ostrom a également souligné que, malgré de nombreux succès, les hommes sont également responsables d’un nombre important d’effondrements environnementaux. En 2009, elle travaille à mettre en avant le caractère multifactoriel des interactions entre les hommes et les écosystèmes et le fait qu’il n’y a pas de solution unique capable de résoudre tous les problèmes que pose la gestion commune de ces écosystèmes.

Dans les années 1990, elle s’est également attachée à démontrer la spécificité des biens communs du savoir, qu’elle définit comme « biens non-rivaux », c’est-à-dire que l’utilisation par les uns de ceux-ci n’appauvrit pas le stock commun mais au contraire l’enrichit[6].