, par Geneviève Adam

Les déchets nucléaires : de la boite de Pandore à l’épée de Damoclès

Quand mon professeur de physique m’expliquait les problèmes liés à l’énergie nucléaire, il se dépêchait de rajouter que pour liquider les déchets une solution serait trouvée « d’ici l’an 2000 ». Ce genre de croyance dans la qualité surhumaine de la recherche scientifique que partageait cet excellent professeur a permis à l’industrie nucléaire de continuer à fabriquer des déchets pendant des dizaines d’années, que ce soit pour la fabrication d’électricité par des réacteurs nucléaires ou celle d’armes de destruction massive : les bombes nucléaires.

Pourtant, il était déjà clair dès le début de l’industrie nucléaire que le traitement des déchets, leur remise en l’état d’origine ou du moins la neutralisation de leur radioactivité serait quasiment impossible. L’industrie nucléaire est comme une boite de Pandore ? ou pour utiliser une image plus commune, semblable à un tube de dentifrice : ce qui en sort est sorti pour toujours et ne peut plus jamais y rentrer.²
Cette notion d’incapacité de traiter les déchets est souvent utilisée au sujet du traitement définitif. Et à juste titre : les déchets à faible radioactivité qui sont entreposés à Dessel (Mol) se sont mis à réagir avec leur emballage supposé inerte, la moitié des futs contenant ces crasses dangereuses fuient.³ Il en va de même avec le stockage dit définitif des déchets hautement radioactifs. La US Army, dont la qualité du fonctionnement interne est très réputée, vient de connaitre une catastrophe dans son lieu de stockage souterrain de matières radioactives.?
Nos concitoyen.ne.s ont moins conscience de l’entreposage provisoire des barres de matières fissiles usées dans les bassins de refroidissement, appelées piscines, qui jouxtent les réacteurs. C’est pourtant là que le danger est le plus élevé aujourd’hui.

Même si ces barres ne sont plus utilisées pour chauffer l’eau qui produira finalement le courant, elles contiennent encore des éléments radioactifs qui sont apparus pendant la fission de l’uranium235 qu’elles contiennent. Parmi ces sous-produits, le Plutonium, probablement l’élément le plus toxique sur notre planète, entièrement créé par l’industrie nucléaire. Les éléments contenus dans ces barres ont une demi-vie qui va de « seulement » 80.000 années (Pu244), en passant par le Pu242 (350.000) à l’U238 et l’U235, qui ont des demi-vies de 700.000.000 années. La production annuelle de chaque réacteur est de l’ordre de 27 tonnes/an de barres usées, qui sont entreposées dans ces piscines. Qui dit radioactivité, dit chaleur. Ces barres doivent impérativement rester couvertes d’eau froide. Si l’eau s’évapore, la température monte rapidement dans les piscines, et une réaction en chaine se développera, qui fera fondre le sol de la piscine. Il faut donc à tout moment deux choses : de l’eau fraiche et de l’énergie pour la pomper dans le circuit de refroidissement de la piscine. En Belgique cette eau provient de la Meuse et de l’Escaut. L’énergie provient de la centrale elle-même. Si l’électricité fait défaut, des groupes diesel de secours démarreraient et tiendraient plusieurs jours. Et si l’impensable arrive ? Si le courant manque ou la Meuse se tarit ? Les ingénieurs sont incapables de répondre à cette question. Nous devrons alors affronter une catastrophe face à laquelle nous sommes totalement démunis. Pour Tihange, 5.4 millions de personnes dispersées sur trois pays devraient être évacuées dans un rayon de 75 km. Pour Doel, il s’agirait d’un foyer immense et ultra-chaud entouré de raffineries et d’usines pétrochimiques, à 12 km de la Grand Place d’Anvers. Il faudrait y évacuer 9.2 millions de personnes sur deux pays. ? Et cela alors que le réseau électrique est hors d’usage et que la majorité des moyens de communication ne fonctionnent plus.

L’hypothèse peu probable mais tout-à-fait possible est bien illustrée par cette vidéo, qu’un ami m’a aimablement envoyée. Elle évoque une situation de guerre. Pour ajouter la couleur locale : la piscine du réacteur de Tihange 1, dont Madame Milquet et Monsieur Wathelet viennent de prolonger le permis d’exploiter de dix ans, perd environ 2 litres d’eau radioactive par jour depuis 2007 sans que l’AFCN daigne s’y intéresser. Pour l’agence de contrôle nucléaire, il ne s’agit pas d’une installation nucléaire…

Léo Tubbax
11 aout 2014

 ? Cette boite contenait tous les vices dont souffre l’humanité. Une fois la boite ouverte, impossible de remettre le contenu dans la boite.
² Généralement impossible pour la plupart d’entre nous. Si c’était si facile, ça se saurait.…
³Le problème des fûts radioactifs défectueux à Doel et Dessel est probablement plus important que ce que l’on sait à l’heure actuelle, a indiqué un cadre de la centrale nucléaire de Doel au cours d’une audition au conseil communal de Beveren. Sur les 9.770 fûts (483 à Doel et 9.287 à Dessel) contenant des déchets faiblement radioactifs, probablement la moitié présenterait des défauts, avec débordement de substance gélatineuse.(Belga, 4.12.2013)
 ?http://energy.gov/sites/prod/files/2014/03/f11/Final%20WIPP%20Underground%20Fire%20Report%2003.13.2014.pdf#page=1&zoom=auto,-99,64
 ?http://declanbutler.info/blog/

https://www.facebook.com/photo.php ?v=4388897290251&fref=nf