Le vélo, l’imprimante et le hacker

, par Benoit Coumont

Que peut-on faire avec un vélo dont les pièces détachées sont impayables et pas si efficaces ? Et si nous le pirations un brin ? Voici contée ma première expérience de modélisation et d’impression 3D...

Bien plus qu’un accessoire de mode pour bobo, le vélo pliable Brompton est une référence en matière de compacité et de solidité. Il s’agit, à ma connaissance, de l’unique vélo capable de se glisser entre deux sièges d’un wagon IC de la SNCB. Ce fait, nous le devons évidemment au hasard et si peu à une politique encourageant l’intermodalité entre train et vélo. Néanmoins, de nombreux navetteurs-trices se déplacent quotidiennement avec ce bel outil et, l’air de rien, ça nous fait pas mal de bagnoles en moins stationnées la journée durant aux abords des gares.

Le constructeur anglais Brompton Bicycle aurait ainsi toute mon estime si, englué d’intérêts capitalistes, il ne s’était pas attaché à en breveter le moindre maillon. Au nom de la propriété intellectuelle, ce vélo est ainsi condamné à rester un objet de luxe et d’apparat pour l’élite écologiste. Pire encore, son évolution ne peut dépendre que du bon vouloir de son constructeur et d’opportunités économiques.

Or, je constate qu’une pièce de ce beau vélo - car il est beau - me fait défaut. Il s’agit d’une petite pièce en plastique fixée sur la roue avant et dont l’intérêt est de maintenir les deux parties du vélo ensemble une fois plié. Sans cette pièce, il n’est plus possible de porter le vélo plié à une main, la mallette dans l’autre. Ce bout de plastique doit supporter une lourde charge et on peut dès lors s’étonner que tout n’ait pas été mis en œuvre pour maximiser sa résistance. Après quelques semaines d’usure, son pas de vis se lisse et la pièce n’est alors plus suffisamment bien fixée pour maintenir le vélo plié.

J’ai remplacé cette pièce une première fois avant de rencontrer le même problème quelques semaines plus tard. Étant quelque peu râleur, j’ai eu l’occasion d’exercer mon art auprès d’autres bromptonnistes, dont beaucoup semblent souffrir du même mal. Je me décharge donc d’une éventuelle mauvaise utilisation pour constater là un véritable défaut dans la conception du vélo.

S’il était possible de traverser la pièce avec une vis, un écrou suffirait à la fixer et le pas de vis n’aurait plus d’utilité. Mais la forme actuelle de la pièce empêche une telle modification.

Cette situation me pousse à la piraterie. Ce n’est pas tant que j’aime piller et croiser le fer, mais plus proche de l’anglais « hacker », j’aime changer les objets de leur utilisation première, voire à les repenser pour en améliorer leur efficience.

Je me décide donc de recréer la pièce et de me tester pour la première fois à la modélisation, puis à l’impression 3D. J’ai eu la chance d’être accompagné dans cette tâche par Marek de la start-up liégeoise 3KD. Le logiciel libre Blender n’a plus de secrets pour lui et les nombreuses astuces qu’il m’a donné lors de cette expérience m’ont donné envie d’entrer dans ce monde merveilleux de la création 3D.

Je joint à cet article le fichier .blend qui permettra à quiconque de le modifier à souhait ainsi qu’un fichier .stl prêt à être imprimé, le tout sous Do What The Fuck You Want To Public License (WTFPL).

Il est possible que je réimprime plus tard, suite à l’expérience que j’en ferais, un autre exemplaire de cette pièce dans un plastique plus flexible ou que je change des paramètres d’impression comme la densité de plastique injecté. Peut-être me permettrais-je également quelque fantaisie esthétique, des fois que je me lasse du charme soviétique de cette création. Et dans ce cas, je viendrais modifier cet article. Et si de votre côté, vous en veniez à modifier l’objet, jouez le jeu et renvoyez moi vos améliorations.

Au delà de l’utilité que pourrait rencontrer quelque autre cycliste, cette petite expérience montre que l’impression 3D peut présenter un autre aspect que le danger de la surconsommation qu’on peut lui prêter.