, par Robin Guns

Un beau témoignage sur le cheminement d’une vie plus simple, par Kevin Boulanger.

Une lumière clignotante accompagnée d’une douce sonnerie interprétant un passage de Chopin me sort de mon sommeil et m’invite à reprendre conscience : Mon réveil m’annonce qu’il est 7h du matin, il faut se préparer pour partir travailler.

Comme la majorité des quelques personnes les plus riches de cette planète, c’est un banal téléphone portable-GPS-appareil photo-réveil-agenda-capteur de Wi-Fi-calculette-etc qui m’invite chaque matin à reprendre conscience à moi-même et au monde.

Cette conscience de chaque instant m’a été enseignée par le centre Vipassana de Belgique. Elle m’a permis de comprendre que pour pouvoir me concentrer sur l’essentiel, il fallait que je diminue le superficiel. Cette toile de fond bruyante tapissant notre mental m’empêchait de rester stable sur une idée, passant sans cesse d’une pensée à une autre. J’ai donc raboté sur quelques sources potentielles : adieu la TV, au placard mes clés de voitures, fini la radio. Et là, incroyable, des peurs se sont envolées.

J’ai donc continué d’approcher ce qui me paraissait primordial, notamment, notre alimentation : j’ai été chercher quelques litres de la terre, des pots, des graines, j’ai mis cela dehors et j’ai appris à regarder la nature de plus près.

Sans le savoir, j’étais entré dans ce que certains appellent la simplicité volontaire. A force d’élagage de ce type, mon entourage commença à se poser quelques questions. Un médecin qui fait ses visites à domiciles à vélo, qui ne connaît pas la dernière publicité à la mode et qui ne maîtrise plus rien dans les débats politiques, cela n’est pas classique.

Ce qui me guettait, c’était la marginalisation. Je n’en ai jamais voulu car la méditation que l’on m’avait enseignée avait pour but ultime la compréhension de soi pour être heureux avec les autres.

J’ai dépassé ce cap risqué à la fois en m’entourant de personnes simplifiant leur vie mais aussi en restant ouvert aux remarques, aux critiques (souvent positives) en tâchant toujours d’y répondre de façon la plus pédagogique possible.

J’ai continué sur la voie et la première chose que je fais lorsque mon réveil m’invite à débuter la journée c’est ventiler mon habitat « léger » de 30m² isolé au chanvre, puis d’allumer un feu dans un poêle à bois de peut-être 100 ans d’âge, de couper des fruits locaux de saisons éclairé à la bougie. Je réchauffe la compote réalisée avec des pommes cueillies sur des pommiers du coin sur une cuisinière à gaz de récup’. Je me rince à l’eau de pluie récupérée au bidon dans le jardin à côté duquel se trouve le compost où je vide la TLB trouvée dans un grenier. A ce moment, juste avant de partir, il est souvent temps de libérer ma compagne de notre fils de 2 mois qui nécessite le change de son lange lavable. Mon déjeuner pris avec du lait végétal fait par nos soins et le pain fait maison couvert de purée de pois chiche germé (nous libérant du régime carné), il est cette fois bien temps de partir au travail.

Cette addition de petits comportement allant dans ce sens prennent de plus en plus de temps, et une autre difficulté me guette sur ce chemin : simplifier sa vie devient, paradoxalement, de plus en plus compliqué (sic !) et très chronophage.

Cet obstacle n’est pas encore dépassé, mais commence à être maîtriser. Les solutions ? Se rappeler que diminuer son empreinte carbone se fait de façon progressive, et s’il est un art de vivre absolument nécessaire à notre époque, il ne doit jamais devenir un principe absolu de cohérence qu’il est impossible d’atteindre.

Si la terre à ses limites en ressource, l’être humain à des limites en temps. Alors tant pis si mes copeaux de bois pour la toilette viennent d’une scierie où le bois est traité, et tant pis si des déplacements professionnelles sont fait en voiture. Je me rappelle que je tente, humblement, de faire ma part.

Un autre pilier : ne jamais renier la culture à laquelle nous appartenons sous peine de ne pas comprendre nos limites. Vivre sans chauffage, après 2 années d’expérience en plein hiver, n’est pas possible pour moi. Pourtant d’autres êtres humains vivent sans chauffage sous les 5°. Pourquoi ? Peut-être parce qu’à 30 ans ma culture ne m’a jamais appris à le faire alors que peut-être les communautés des cordillères des Andes sont formées à cette pratique depuis leur naissance. Le but n’est pas de négliger les expériences d’autres populations mais de connaître ses limites, surtout lorsque l’on touche aux besoins physiologiques.

En guise de conclusion, diminuer sa consommation pour que d’autres puissent vivre avec un peu plus est un chemin magnifique. Comme tout parcours, il faut un jour décider de faire le premier pas même si l’on sait qu’il y aura des obstacles. Quelles que soit les difficultés, notre source principale de motivation, c’est l’autre. Alors tout au long du chemin, rappelons-nous qu’on laisse plus d’eau potable, plus de pétrole, plus de charbon, plus de terre fertile, plus d’animaux respectés mais aussi moins de gaz destructeurs et de résidus nucléaires à ceux qui nous suivent et nous entourent.
C’est aussi moins d’alcool, de publicité, de journaux parlés et de télé pour être plus avec l’autre et avec soi-même, dans un essai de présence et de concentration au quotidien.

Alors, sans rien attendre en retour mais uniquement par Amour, avançons sur le chemin.

Kevin Boulanger
Médecin et membre des Amis de la Terre
Le 13 novembre 2015