L’accord de Paris ne sauve que les apparences, pas le climat !

, par Hélène Braffort

Namur, 16 décembre 2015 – Près de 40 membres des Amis de la Terre-Belgique ont rejoint le réseau international Friends of the Earth pour la mobilisation de l’après-COP21, le week-end dernier à Paris. Les 3000 militants ainsi que des milliers d’autres se sont rassemblés dans les rues de la métropole le samedi 12 décembre. Leur but : faire entendre leur profonde insatisfaction par rapport à l’accord final des chefs d’États, en réclamant haut et fort la transformation du système énergétique vers les énergies renouvelables socialement gérées, à l’inverse des énergies polluantes contrôlées par les multinationales.

Un samedi rempli d’émotions pour les membres de l’organisation belge qui ont pris part à 3 grandes actions : le message géant Climate Justice Peace [1] inscrit sur une carte interactive grâce à la géolocalisation de petits groupes via leurs téléphones, les Red Lines devant l’Arc de Triomphe afin de représenter la ligne rouge à ne pas franchir pour protéger notre climat et enfin la chaîne humaine de 15.000 personnes devant la Tour Eiffel.

« Si le but de l’accord était de nous permettre de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degrés – indispensable pour protéger les populations les plus vulnérables des pires impacts, et pour éviter que le changement climatique ne s’emballe – alors Paris est un échec », a déclaré Lucy Cadena, coordinatrice de la justice climatique et de l’énergie des Amis de la Terre International.

L’accord comporte de nombreuses insuffisances, dont les principales sont :

  • La limite des 1.5 ou 2 degrés est mentionnée mais n’a aucune consistance car elle n’est ni contraignante , ni accompagnée de mesures concrètes à mettre en place pour atteindre l’objectif, ni ne prend en compte la responsabilité historique des pays riches.
  • Les niveaux d’urgence et d’ambition sont totalement insuffisants car la neutralité climatique n’est envisagée que d’ici 2100 et si possible ! Cela contredit scientifiquement l’objectif des 1.5 ou 2 degrés, qui nécessite une dé-carbonisation totale d’ici 2050. De plus, on ne trouve que des plans de rencontres prochaines et de mises au point avant 2020, dépourvus de toutes obligations de maintenir ou d’augmenter les ambitions actuelles.
  • Les pertes et dommages figurent dans l’accord mais les termes de compensation et de responsabilité ont spécifiquement été exclus. Cela signifie que les pays riches ne sont pas obligés d’assumer leur responsabilité historique quant à la crise climatique, laissant donc les pays les plus vulnérables et les moins responsables porter la majorité du fardeau. Ni structures concrètes, ni financements contraignants ne sont prévus pour les réfugiés climatiques et les dommages.

Le texte tel que rédigé aujourd’hui nous place inévitablement sur le chemin des 3 degrés. « Le débat était truqué depuis le début, le but n’a jamais vraiment été de résoudre la crise climatique mais de mettre du baume aux yeux, de calmer les esprits. Le changement du système ne se produira qu’à travers le développement du mouvement qui s’est déployé dans les rues de Paris le 12/12. » confie Maruška Mileta, des Jeunes Amis de la Terre Europe.

Ainsi, l’immense mobilisation qui a eu lieu ce week-end démontre qui nous mène vraiment vers la justice climatique. Les politiciens échouent dans leur rôle d’agir avec suffisamment d’ambition et d’urgence pour sauver les populations en danger et répondre aux demandes des citoyens qui les ont élus, alors ces mêmes citoyens reprennent les choses en main.

La révolution énergétique a commencé depuis longtemps et le mouvement est aujourd’hui arrivé à maturation. Le 12 décembre marque un tournant dans la balance du pouvoir. Nous arrivons en 2016 plus forts, plus unis et plus déterminés que jamais pour développer et soutenir les solutions environnementales citoyennes et solidaires.

Sources :
http://www.amisdelaterre-cop21.org/
http://www.foei.org/what-we-do/paris