Des Villes en Transition dans un monde en transformation

Depuis l’avènement de l’ère de la modernité dans notre monde occidental, la société se transforme de plus en plus rapidement sous l’influence directe des sciences et des technologies. Le développement des connaissances et surtout la commercialisation d’équipements de plus en plus sophistiqués (train, voiture, avion, réfrigérateur, TV, gsm, internet, etc.) conduisent à une transformation continue de notre mode de vie individuel et collectif. Notre manière de penser est aussi largement influencée par cette révolution technologique permanente. C’est, aujourd’hui, au milieu
de cette transformation continue de la société que se dessine, dans nos pays industrialisés, le mouvement de transition. Les défis écologiques, sociaux, économiques de plus en plus importants montrent clairement les limitations et les insuffisances de cette révolution technologique continue pilotée aujourd’hui essentiellement par des entreprises qui veulent augmenter leurs profits avec le soutien inconditionnel de gouvernements qui veulent maintenir la croissance économique et de citoyens qui veulent augmenter leur pouvoir d’achat.

L’effondrement planétaire de la biodiversité, la pénurie de plus en plus précise des ressources non-renouvelables mondiales, et l’augmentation des inégalités sociales sont trois énormes feux clignotants qui nous démontrent que le modèle de civilisation actuel nous conduit vers une impasse. Devant ce constat qui pourrait être pour beaucoup plus paralysant que stimulant, Rob Hopkins, un des principaux initiateurs du mouvement de Transition affirme : « Il est important que les initiatives de transition, après avoir présenté les arguments du pic pétrolier et du changement climatique, permettent aux gens d’explorer à une échelle crédible. L’une des raisons de ce que l’on peut appeler le syndrome des ampoules électriques est « que les gens ne peuvent souvent imaginer que deux niveaux de réponses » soit les individus font des choses chez eux et pour eux, soit le gouvernement agit à l’échelon national. Le modèle de transition explore le terrain entre les deux : ce qui peut être accompli au niveau de groupes, de communautés, de citoyens.

Les Amis de la Terre ont découvert ce concept des Villes en Transition au début de l’année 2008 via les premiers sites anglophones présentant les bases du concept et les premières initiatives sur le terrain comme dans la ville de Totnes. Dès les premières discussions sur ce sujet au sein de notre association, il était évident que ce concept se plaçait à merveille entre notre soutien au changement individuel (la simplicité volontaire) et nos réflexions collectives globales (la décroissance économique soutenable). Développer et soutenir des initiatives de Transition chez nous est, de plus, en parfait accord avec nos actions en éducation permanente dans le cadre de notre thématique “Vivre autrement ensemble”. L’engagement en 2008 de Veronika et tout le travail qu’elle a accompli autour des initiatives de Transition n’ont fait que renforcer notre première analyse. Un an plus tard, nous nous fixions des objectifs plus ambitieux comme celui de mettre sur pied dès que possible des stages de formation aux initiatives de Transition en poursuivant les actions de sensibilisation du grand public. Début 2010, grâce au soutien financier à un de nos projets de développement des initiatives de Transition, par la Région Wallonne et la Loterie Nationale, nous avons pu accélérer toutes nos actions grâce à l’engagement d’Eli dont un des objectifs prioritaires était la rédaction d’une revue sur les Villes en Transition en accord avec la demande exprimée par plusieurs de nos membres.

Quelques mois plus tard, c’est avec grand plaisir qu’en tant que président des Amis de la Terre, je co-rédige cette introduction à ce cahier sur les initiatives de Transition.
Pour cette publication, nous avons voulu donner une place privilégiée à trois expériences associatives en cours près de chez nous se revendiquant de la Transition : “Grez en Transition”, “Choix solidaire” et le verger conservatoire et de Transition de Soumagne des Amis de la Terre. Deux entretiens avec deux représentants impliqués directement dans la Transition enrichissent l’analyse de ce concept ; merci à Olivier Jadoul et à Grégor Chapelle pour leur participation. Un court compte-rendu du stage francophone que nous avons organisé en juin 2010 à Ciney confirme que des citoyennes et des citoyens sont aujourd’hui intéressés et prêts à lancer des initiatives locales. Un article de fond plus dense, plus prospectif nous introduit dans les réflexions de Christian Arnsperger, philosophe économiste que nous connaissons bien maintenant. Le tout est précédé par un article d’Eli présentant les bases du concept de Transition, un petit historique de son développement et la forte synergie entre Transition et Permaculture. Bonne lecture et encore un grand merci à Eli et à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la publication de ce cahier.