par Daniel Pisvin, Jean-Philippe Body

Les bases de l’écologie [1] se construisent dans le courant des années soixante et au début des années septante autour de la croissance économique et de la société de consommation ; du combat antinucléaire et de la promotion des énergies renouvelables ; de la valorisation de la biodiversité et de la préservation des écosystèmes ; de la décentralisation et de l’autogestion, etc.

Cette nouvelle idéologie se concrétise par l’action de différents mouvements sociaux et grâce à la réflexion de plusieurs écrivains critiques vis-à-vis de notre modèle de société.

En ce qui concerne les nouveaux mouvements sociaux, dès le début des années soixante, hippies et beatniks remettent en question la société productiviste et consumériste, ainsi que le système politique (« Élections, piège à con ! »). Ils proposent la vie en communauté et la libéralisation des mœurs. Dans le même état d’esprit, les mouvements étudiants se positionnent en 1968 contre la société traditionnelle capitaliste, impérialiste et centralisatrice. Ainsi, le 22 avril 1970 (date qui deviendra le Jour de la Terre), des étudiants nord-américains protestent contre la destruction de l’environnement en organisant des actions de sensibilisation dans leurs communautés. C’est aussi l’époque des mouvements pacifistes contre la guerre du Vietnam, où les armes chimiques sont utilisées comme défoliants.

Il faut également citer le Club de Rome, fondé en 1968, qui met en garde contre la croissance illimitée dans un monde fini [2]. Pour leur part, les mouvements antinucléaires remettent en question l’énergie nucléaire en ce qu’elle représente la toute puissance de la techno-science sur la nature, la concentration du capital et en ce qu’elle prône la primauté de la croissance économique. C’est en 1963 que se crée en France l’Association pour la Protection contre les Radiations Ionisantes (APRI). La première manifestation antinucléaire au monde aura lieu en avril 1971 à Londres, devant l’ambassade française, contre la centrale de Fessenheim.

C’est dans ce contexte que David Brower, en 1969, quitte la direction du Sierra Club Fundation, une association américaine créée en 1892 et dédiée à la protection de l’environnement. Il met sur pied en Californie une nouvelle association écologiste appelée « Friends of the Earth ». Le débat entre environnementalistes et écologistes est de la sorte ouvert. En effet, le Sierra Club ne s’oppose pas aux centrales nucléaires et ne remonte pas aux causes des atteintes à l’environnement pour les combattre. Les premières campagnes des Amis de la Terre seront menées aux États-Unis contre un certain nombre de projets ou d’actions de l’État : l’oléoduc en Alaska, l’avion supersonique, les essais nucléaires et l’usage de défoliant au Vietnam.

Un an plus tard, Alain Hervé et Edwin Matthews créent les Amis de la Terre en France...

Notes

[1Du grec "oikos", maison et "logos", science, connaissance. L’écologie peut donc se définir comme la science qui étudie les milieux et les conditions d’existence des êtres vivants et les rapport qui s’établissent entre eux et leur environnement.

[2Halte à la croissance ? : Rapport sur les limites de la croissance (The Limits To Growth en anglais), également connu sous le nom de rapport Meadows, est le titre en français d’un rapport demandé à une équipe du Massachusetts Institute of Technology (USA) par le Club de Rome en 1970 et publié en 1972.