1977-1978 : du gauchisme à l’écologie

par Gérald Vande Walle

Dans les années 70, jeune étudiant en droit, je me sentais proche des « gauchistes contestataires » post-soixante-huitards, ainsi que des pacifistes et des tiers-mondistes. Sans réelle formation politique, je fréquentais indistinctement les « chrétiens de gauche », les communistes, les maoïstes, les trotskystes, ainsi que le monde syndical, mais sans bien comprendre leurs querelles idéologiques, ni ce qui les différenciait les uns des autres. C’était un monde très dynamique, très stimulant mais aussi très sectaire. Moi, j’étais simplement anticapitaliste, anti-impérialiste, anticolonialiste, pour la paix et la justice dans le monde.

C’est en 1974 que j’ai entendu parler pour la première fois d’écologie, avec la candidature de René Dumont aux élections présidentielles en France. En 1976, au hasard d’une réunion « pour la liberté d’expression » à Namur, je rencontrai Paul Lannoye. Lui et quelques-uns des futurs pionniers de l’écologie en Belgique (Georges Trussart, Gérard Lambert, Suzanne Godard, Suzy Petrez, etc.) venaient de quitter le Rassemblement wallon pour fonder Démocratie Nouvelle, dont le leitmotiv était le fédéralisme, la démocratie directe et le référendum d’initiative populaire.

Encore imprégné d’idées révolutionnaires, je trouvais ces « réformistes » de Démocratie Nouvelle bien gentils et sympathiques, mais assez falots quand-même.

Pourtant, en octobre 1976, j’ai accepté de figurer sur la liste qu’ils présentaient aux élections communales intitulée « Combat pour l’Écologie et l’Autogestion ». L’autogestion, ça au moins, c’était un thème révolutionnaire qui me convenait. L’écologie,… bof ! Préoccupation de petit bourgeois, pensais-je encore…

Je poursuivis pourtant le chemin entamé. Ce ne fut pas sans difficulté que j’abandonnai mes idées gauchistes pour me « convertir » à l’écologie. Associé aux travaux d’écriture du manifeste des Amis de la Terre, je me souviens m’être fait étriller par Paul Lannoye (il savait être cassant, quand il le voulait) pour avoir proposé un texte introductif dans lequel il était encore question de « lutte des classes » et de « révolution mondiale prolétarienne ». Mon projet de texte ayant été repoussé avec perte et fracas, je faillis renoncer et quitter ces petits-bourgeois réformistes.

Mais l’évidence des nouveaux défis planétaires posés par la civilisation industrielle et par la société de consommation, ont fini par s’imposer à mon esprit. Dès lors, mon engagement écologiste s’est renforcé.

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Invitation à deux réunions, 1978.

Les premières années de gestation des Amis de la Terre ont été marquées par de virulents débats. Ceux-ci prenaient parfois - hélas - un caractère véritablement haineux. Insérer illustration Ils ont marqué mon esprit. La polémique opposait les tenants d’un mouvement structuré, aussi bien sur le plan programmatique que structurel, aux libertaires, pour qui les Amis de la Terre ne devaient être rien d’autre qu’une mouvance informelle et apolitique, rassemblant « au gré du vent » des gens partageant les mêmes valeurs « alternatives ». Moi, j’étais du côté des « structurés », ce qui m’a valu d’être un jour traité de « fasciste » par quelqu’un de l’autre bord. Vous vous rendez compte… moi un ancien gauchiste, être traité de fasciste ! J’étais dépité de constater que le sectarisme pouvait aussi être de mise chez les écologistes.

Néanmoins, mon parti était pris et j’ai donc laissé les Amis de la Terre quelque peu de côté pour m’engager définitivement dans la constitution du parti (pardon ! du « mouvement d’intervention politique permanente ») Écolo dont je suis toujours membre à l’heure d’aujourd’hui.