, par Sophie Dufour

Depuis toujours les lobbys du nucléaire ne font que nous mentir ! Lors de la COP21 à Paris, fin 2015, un de ses sponsors officiels, EDF, s’est vu attribuer la récompense « Pinocchio édition Spécial Climat » par les Amis de la Terre-Europe.

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Infographie : www.sortirdunucleaire.org

EDF a été primée pour avoir « étiqueté » le nucléaire comme source d’énergie propre ainsi que pour ses investissements permanents dans les énergies fossiles (usines à charbon). Suite à l’accord négocié par les 195 États à la COP21 de maintenir le réchauffement sous le seuil des 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C, les lobbys pro-nucléaire ont relancé leur battage médiatique en proposant cette énergie comme solution incontournable à la diminution des gaz à effet de serre (GES). Face à cette propagande, les Amis de la Terre rappellent que NON, le nucléaire ne sauvera pas le climat !

Ce que le forum nucléaire belge vous dit et ne vous dit pas
Affirmation du forum : la technologie nucléaire contribue de manière significative à la lutte contre le changement climatique. Le forum met également en avant une étude réalisée par le consultant PwC Enterprise Advisory affirmant que si la Belgique maintient l’utilisation de l’énergie nucléaire, les émissions de CO2 du secteur de l’électricité en Belgique seront divisées par deux en 2030. Si les centrales sont arrêtées et remplacées par des centrales au gaz naturel, les émissions de CO2 passeront de 13 millions de tonnes à 27,1 millions de tonnes. Les auteurs concluent que les centrales nucléaires sont donc un atout majeur pour atteindre les objectifs climatiques fixés à la Belgique dans les différents accords internationaux.
Nous appelons les citoyens à la plus grande prudence quant à ces affirmations. Voici quelques clarifications importantes :

L’énergie nucléaire produit des émissions de GES au moins autant que les filières renouvelables
S’il est vrai que les centrales nucléaires n’émettent pas de CO2 lors de la production d’électricité par le fonctionnement du réacteur, il faut tenir compte de l’entièreté de la filière : exploitation, raffinage et enrichissement de l’uranium ; construction et démantèlement des centrales ; conditionnement et stockage des déchets… Les chiffres avancés varient entre 20g et 120 g CO2eq/kWh*, ce qui n’est pas une quantité négligeable, et ils atteignent voire dépassent les valeurs des filières renouvelables.
Même si les émissions de GES des centrales nucléaires étaient comparables à celles de l’éolien, il est important de souligner qu’à contrario du nucléaire, les énergies renouvelables ne produisent aucune pollution de l’air, des eaux et des nappes phréatiques. De plus, le risque d’accident majeur pour la population et l’environnement est nul.

Le nucléaire représente moins de 10 % de notre consommation énergétique totale
La production des 7 réacteurs nucléaires belges fournit environ 55 % de la consommation annuelle d’électricité. Électricité qui elle-même ne représente que 16 % de la consommation finale d’énergie belge. Dès lors, le nucléaire contribue pour moins de 10 % de la consommation énergétique annuelle de notre pays et cela quand les 7 réacteurs sont à pleine capacité de production. Ces dernières années, c’était loin d’être le cas suite aux arrêts de plusieurs réacteurs notamment pour l’analyse des micro-fissures dans les cuves de Doel 3 et Tihange 2 et à divers problèmes techniques en zones dites non nucléaires ! Ces problèmes techniques seront d’autant plus fréquents que nos centrales ont dépassé leur durée de vie initialement prévue. On peut donc affirmer que le nucléaire est loin d’être un élément majeur pour contribuer à atteindre les objectifs climatiques belges alors qu’il est l’élément principal du risque industriel dans notre pays.

Les centrales au gaz naturel ne sont pas la seule alternative au nucléaire
S’il est vrai que la production d’émissions de GES de la filière nucléaire ne représente qu’un tiers des émissions d’une centrale au gaz naturel performante, il existe d’autres possibilités de produire de l’électricité en Belgique, notamment via le développement des énergies renouvelables (éolien, solaire et cogénération). De plus, le doublement des émissions de GES annoncé pour le remplacement des centrales nucléaires ne tient nullement compte d’une réduction de la production d’électricité dans le pays. Des experts en énergie ont montré qu’on peut diviser par 2 nos consommations d’énergie, à niveau de vie équivalent. Ce qui veut dire aussi qu’il reste 2 fois moins d’énergie à produire... Chaque citoyen, par des gestes quotidiens et l’adaptation de son habitat à une meilleure performance énergétique, peut contribuer à ces économies. Pour l’industrie ainsi que le tertiaire, le gisement des économies est aussi énorme. Ainsi, nous pourrions vivre aussi bien, avec beaucoup moins de risques d’accident majeur, en utilisant beaucoup moins d’énergie électrique !

Nucléaire : une fausse bonne solution pour atteindre les objectifs climatiques
Pour que le nucléaire contribue significativement à la réduction des émissions de GES, les spécialistes évoquent la nécessité de multiplier, au niveau mondial, au moins par 10 le nombre de réacteurs actuels d’ici 2050. C’est un scénario matériellement et financièrement impossible puisqu’il faut plus de 10 ans pour construire un réacteur ainsi qu’un site particulier (nécessité de disposer d’un refroidissement important) et une stabilité politique à long terme pour limiter les risques d’attentats et de vols de matière radioactive.

En conclusion, l’annonce d’une technologie nucléaire salutaire pour le climat dépeinte par le Forum nucléaire belge est un amalgame de propos malhonnêtes et d’éléments mensongers. Les énergies renouvelables ont une empreinte écologique bien plus faible tout en favorisant, en toute sécurité, la transition énergétique.

Notre campagne « Pourquoi le nucléaire ne sauvera pas le climat ? »
Depuis 1976, les Amis de la Terre s’opposent au nucléaire en Belgique : installation d’une centrale nucléaire à Andenne, recours contre la loi de prolongation des centrales… Un combat de 40 ans qui est plus que jamais au centre de l’actualité. Les différentes actions en justice en cours, en ce début 2016, pour fermer des réacteurs ou des centrales ainsi que les pressions internationales indiquent qu’une opportunité unique de sortir définitivement du nucléaire se présente. Ainsi, parmi diverses actions, nous mènerons une campagne de sensibilisation citoyenne contre le nucléaire avec l’organisation d’une masse critique dans plusieurs villes le 29 avril afin de commémorer les tristes anniversaires de Fukushima (5 ans) et Tchernobyl (30 ans).

* « Sortie du nucléaire, une chance à saisir », Mikaël Angé, Dossier mars 2007, Inter-Environnement Wallonie.