4000 activistes pour stopper le charbon en Allemagne

, par Benoit Coumont

En Allemagne, des milliers de militant-e-s de plus de 20 pays mettent à l’arrêt l’extraction de lignite et son transport. Parmi eux, une centaine de belges.

L’Allemagne connaît une longue tradition charbonnière, qui a grandement participé à son essor industriel au XIXe siècle. En 2016, elle reste l’un des principaux producteurs d’électricité à base de charbon et lignite et, en conséquence, un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre lié au secteur énergétique.

Mais l’Allemagne est aussi l’un des pays où la conscience écologique est la plus forte. BUND, les Amis de la Terre allemands comptent plus de 800 000 membres ! Les allemands ont ainsi réagi fortement en constituant le plus grand mouvement contre l’exploitation du charbon : « Ende Gelände ! » (que nous pourrions traduire par « N’allez pas plus loin »). 4000 activistes européens se sont donc réunis à Proschim (Lusace, Nord-Est de l’Allemagne) pour protester contre l’extraction et l’exploitation de lignite. Parmi eux, une centaine de belges.

Après un camp climat d’une semaine (le plus grand jamais organisé), nous avons bloqué cinq sites : la centrale électrique, deux excavatrices et deux liaisons ferroviaires. Ainsi, durant 48 heures, nous avons empêché 80 trains d’acheminer du charbon et forcé la centrale à réduire son activité au minimum.

Et surtout, nous avons adressé un message, celui de l’existence d’un solide mouvement opposé aux énergies fossiles. Nous ne doutons pas que ce message sera entendu par Vattenfall, l’actuel exploitant, l’État allemand, l’État suédois, actionnaire à 100 % de Vattenfall et un éventuel futur repreneur.

Du charbon contre du nucléaire ?
En 2011, le gouvernement allemand annonce vouloir sortir du nucléaire à l’horizon 2022. Les deux années qui ont suivi, on a assisté à une augmentation de la production de charbon. Les médias internationaux en ont largement profité pour véhiculer une campagne pro-nucléaire : « arrêtez l’atome, vous aurez plus de CO2. ». Mais la production de charbon n’a que faiblement évolué entre 2011 et 2013 et continue, globalement une décroissance entamée depuis 1990.

Qu’en est-t-il de la sécurité énergétique ? A-t-on ré-ouvert des centrales au charbon pour combler le manque de production nucléaire ? Il n’en est rien. Les énergies renouvelables ont déjà dépassé, en 2011, la production d’énergie nucléaire. En 2015, elles représentaient 32,5% de la production totale d’électricité. Et son ascension est rapide, les allemands comptent bien tenir leur pari d’une sortie du nucléaire en 2022, et sans que le charbon y soit pour quelque chose ! [1]

L’Allemagne produit plus d’électricité que ce qu’elle en a besoin et pourrait ainsi se passer de charbon bien avant 2055, comme elle le prévoit actuellement. Pourquoi continue-t-elle alors son exploitation ? Pour le profit évidemment. Car depuis la libéralisation du secteur énergétique, il n’y en a plus que pour lui. Ainsi, si Vattenfall est toujours bien détenu à 100 % par l’État suédois, lequel se valorise par une image des plus vertes à l’intérieur de son territoire, sa gestion n’en est pas moins similaire à celle d’une multinationale classique. Et lorsqu’on a la maximisation du profit en ligne de mire, on ne peut s’étonner de voir cet ancien service public attaquer l’État allemand pour avoir pris la décision de sortir du nucléaire... [2]