, par Cécile Lamarque, Nadège Roger

Entretien avec Nadège Roger, militante des AmiEs de la Terre.

Peux-tu nous parler de ton parcours, de tes aspirations ?

Je m’appelle Nadège Roger, j’ai 30 ans, je suis architecte d’intérieur de formation. Je ne suis pas issue du milieu agricole mais j’ai toujours été baignée et attirée par un mode de vie proche de la nature et donc de l’agriculture.

Durant mes études, j’ai fait un séjour universitaire Erasmus en Roumanie pendant lequel j’ai beaucoup voyagé à travers le pays, en dormant chez l’habitant, chez des fermiers principalement, nombreux dans les campagnes roumaines. J’ai vraiment été interpellée par leur mode de vie, simple et heureux. Ils ne manquent de rien, en tout cas pas de l’essentiel. Ce fut un premier choc positif.

Après mes études, j’ai voyagé au Canada pendant un an. J’ai été confrontée au choc inverse en Alberta : des monocultures céréalières à perte de vue, dédiées principalement à l’exportation, travaillées au moyen de tracteurs gigantesques. Sans amasser des fortunes, les fermiers vivent néanmoins correctement.

Cependant, leur mode de vie m’a interpellé. Bien qu’ils développent des cancers, peu d’entre eux se posent des questions quant à l’utilisation des pesticides. De plus, proportionnellement à la surface de terre qu’ils possèdent, ce genre d’exploitations mobilise peu de travailleurs alors que nettement plus de personnes pourraient travailler en se fondant sur d’autres pratiques agricoles, à la fois plus rentables et surtout plus respectueuses des sols et des hommes qui les travaillent.

Toujours au Canada, j’ai fait du woofing dans une petite ferme bio (élevage de moutons et poules, maraîchage diversifié et vente sur les marchés locaux) sur l’Île du Prince Edouard. Le couple de fermiers chez qui j’ai travaillé, reconvertit tardivement à l’agriculture, semblait très heureux de leur nouvelle vie. Ce fut pour moi une révélation !

De retour en Belgique, j’ai travaillé dans la vente de produits écologiques, puis j’ai réalisé des plafonnages avec ces mêmes enduits en tant qu’indépendante, tout en faisant du conseil en décoration et des certificats énergétiques de bâtiments.

Parallèlement à cela, plus je prenais conscience des problèmes auxquels notre monde est confronté, plus la centralité de la question alimentaire pour dénouer les nombreux maux de nos sociétés m’apparaissait clairement.

Forte de ces expériences et de ces constats, j’ai décidé de suivre une formation d’un an en agriculture bio au sein de l’asbl Crabe. Par la suite, j’ai également suivi une formation en conservation des fruits et légumes et une autre en traction asine à la Ferme du Mafa ainsi que des cours d’installation en agriculture au sein de la Fédération des Jeunes Agriculteurs. Et actuellement, je suis une formation en création de coopérative, donnée par le Crédal.

Peux-tu nous préciser ton projet ?

Je travaille aujourd’hui à la création d’une coopérative agricole qui réunira entre 3 à 5 producteurs dont un éleveur, sur une dizaine d’hectares en région Ardennes/Condroz.
L’idée est de mutualiser les investissements, le matériel, la vente (avec une priorité pour les circuits courts), mais aussi les prises de décisions, afin de créer une ferme qui soit la plus cohérente possible : fonctionnelle, rentable et adaptée aux problématiques actuelles, dans le respect de tous (de l’homme, des animaux et de la terre).
J’ai la conviction qu’en nous réunissant et en mutualisant nos efforts, capacités et biens, nous pouvons accéder plus facilement à la terre, augmenter notre sécurité, faire des économies d’argent et de temps et ainsi nous garantir une meilleure qualité de vie.

Mon projet comprend 4 grands piliers :
Tout d’abord, la production alimentaire, saine et respectueuse de tous.

Deuxièmement, permettre l’installation d’un éleveur. La combinaison élevage-maraîchage a beaucoup de sens, d’une part en interne pour être plus autosuffisants (alimentations bétails, fertilisation des sols avec les fumiers, etc) et pour soutenir aussi l’élevage en Belgique. Or, les investissements nécessaires à l’installation d’un éleveur sont nettement supérieurs à ceux des maraîchers. Et puis, nous pourrons offrir une plus large gamme aux futurs clients.

Ensuite, la sensibilisation des citoyens par l’organisation de formations / ateliers à un nouveau mode de vie et par la possibilité de prendre des parts de la coopérative. La coopérative constitue un outil d’investissement citoyen et solidaire. Elle permet à des citoyens et organisations désireux de soutenir ses activités, d’acquérir des parts, tout en effectuant un investissement qui produira des bénéfices sociaux et environnementaux.

Et enfin, la dé-privatisation des terres via Terre en Vue afin de les protéger de la spéculation et de garantir leur rôle nourricier à long terme pour notre pays.

Cerise sur le gâteau ? En faire un lieu de vie et de travail agréable pour tous, avec une touche artistique - car cela reste aussi ma passion !

Que cherches-tu exactement ?

Tout d’abord, je cherche des partenaires. J’ai depuis longtemps cette envie de collectif. Cela fait pleinement sens pour moi dans le cadre de ce projet d’installation : d’abord pour permettre l’installation, ensuite pour s’entraider au quotidien, avancer ensemble. Donc je cherche des gens qui partagent ces mêmes envies/idées mais aussi des valeurs.

Je recherche principalement des futurs producteurs qui cherchent à s’installer. Des personnes formées à l’agriculture (cours A et B + stages) et qui souhaitent bâtir un projet collectif et durable.

Un agriculteur souhaitant modifier ses activités et possédant suffisamment de terres pour permettre au groupe de s’installer sur celles-ci, peut également être un partenaire intéressant. Néanmoins, il est important que cette personne ait la volonté de dé-privatiser ses terres et de s’insérer dans un mouvement collectif.

Une personne responsable de la communication, de l’administratif et de la vente serait également bienvenue. À défaut de cette compétence, à plusieurs, nous pouvons envisager d’embaucher quelqu’un pour ces tâches. Je pense que cela en vaut vraiment la peine, c’est un aspect souvent négligé et pourtant essentiel.

Il est important de noter que les productions ne pourront commencer que dans 2 à 4 ans, le temps de trouver le terrain et de réunir les financements nécessaires à l’acquisition des terres (6 mois à 2 ans avec Terre en Vue) et à la construction ou à l’achat du matériel, cheptel, etc. Pendant ce temps, il y a de nombreuses démarches qui devront être entreprises. Chacun doit donc s’attendre à des réunions et à une répartition du travail. Il faut donc être motivé et prêt à s’investir en temps (de l’ordre d’une journée par semaine).

Et puis, je recherche des terres. Idéalement, 10 hectares en région Ardennes-Condroz, dans les alentours de Marche ou autour de la route du Condroz.

Pourquoi souhaites-tu acheter des terres et non les louer ?

Il est important pour moi d’avoir une vraie sécurité à long terme. Malheureusement, aujourd’hui, il est rare d’obtenir un bail à ferme (quasi à vie). Il est donc indispensable d’acheter.

De plus, je m’intéresse aux dynamiques collectives depuis longtemps et j’ai pu observer un certain nombre de problèmes récurrents dans ces groupes : difficultés de communication, problématiques financières, absence de structure administrative, manque de sécurité et d’identification par rapport au lieu. En résultent une frustration et un manque d’investissement qui provoquent le départ des collaborateurs.

Pour être tous égaux, il est indispensable que le terrain n’appartienne pas à une seule personne mais bien à la collectivité. C’est pourquoi, je ne souhaite pas posséder de terres en mon nom propre.
Cela permettrait à chacun de pouvoir soutenir le projet et donc d’être acteur de changement dans notre société et cela garantirait à la fois la protection de ces terres agricoles et la possibilité aux producteurs de s’investir pleinement (en énergie, temps et argent).

Le mot de la fin ?

« Seul, on avance vite, ensemble on va plus loin. »
J’espère qu’en 201X, mon rêve deviendra notre réalité ;)

Son histoire vous interpelle et vous voulez y prendre part ? Contactez Nadège !
Une réunion d’info se tiendra dans le courant du mois de septembre. Si vous voulez être tenu au courant, faites-le savoir par mail.
Si vous êtes en possession de parcelles de terre que vous souhaitez céder, ou que vous avez connaissance de terrains à vendre, n’hésitez pas également à le lui faire savoir.
Nadège : nrogercoop chez gmail.com, 0499/38.93.46