Le 25 avril dernier, dans le cadre de la campagne "Avec le Sud, on perd pas le Nord !"nous projetions le documentaire Terra Nullius, relatant la lutte des femmes indigènes en Équateur. Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici un article écrit par Chantal Dengis ainsi que le podcast de la soirée, en partenariat avec Micro-Ouvert.

Femmes engagées à la une de ce nouveau rendez-vous des soirées SoS de ce 25 avril. Et un documentaire, Terra Nullius, vibrant, à l’image de ses réalisatrices, 5 étudiantes en master de l’IHECS* de Bruxelles, qui sont allées à la rencontre d’autres femmes, équatoriennes « indigènes », engagées dans la lutte pour la préservation de leur culture menacée par le pillage de leur terre par les géants du pétrole, de l’or et du cuivre…

Terra Nullius : Terre sans maître. En voix off, le volcan Cocopaxi, aux accents tristes et indignés, éructe et gronde son désenchantement d’une humanité en errance, ayant perdu le sens de la terre. Écho à la manifestation nationale, pacifique et déterminée qui se déroule à ses pieds. Du présage d’imminente catastrophe naturelle, le gouvernement puisera prétexte à l’instauration de l’ « état d’exception », alors que la presse internationale ne retiendra que le soubresaut géologique, sans relayer l’onde de revendications sociales et culturelles.

C’est que la politique de Rafael Correa déçoit, la nouvelle Constitution, qui se voulait porteuse de « révolution citoyenne », se traduit peu dans les faits :

  • les « droits inaliénables de la nature » sont bafoués, la politique publique restant soumise aux capitaux étrangers. En 2013, ce n’est rien moins que le parc Yasuni, ce sanctuaire de la biodiversité reconnu par l’Unesco, qui est parcellé et sacrifié aux intérêts pétroliers.
  • la « consultation populaire », autre point d’orgue de la Constitution, est elle aussi mise sous le boisseau. Mémoire courte des dirigeants, oublieux de la catastrophe écologique et sociale due au déversement de dizaines de milliers de tonnes de pétrole brut et de déchets toxiques par Chevron Texaco dans les eaux de l’Amazonie entre 1972 et 1992. Oublieux aussi de la force de résistance de la société civile qui remportera un procès de plus de 10 ans !

Au cœur de ces luttes, les peuples autochtones s’affirment, toujours plus visibles, en véritables acteurs politiques sur la scène nationale et internationale. En 2006 déjà, devenu depuis emblème de la résistance pacifique, le projet « Frontière de vie » des Sarayaku, ceinture d’arbres à fleurs, gardienne symbolique de leur territoire.* En décembre 2015, ce sont les femmes de Sarayaku qui proposent un projet de « Forêt vivante » au gouvernement.

Des femmes aussi au devant de la marche vers Quito qu’ont suivie nos 5 cinéastes, des femmes

  • garantes des traditions par leur transmission, dans un monde où la mondialisation tend à une standardisation des savoirs ;
  • gardiennes de l’âme d’une cosmovision indigène native, où mondes humain, spirituel et naturel sont indissociables, quand certains hommes pourraient être tentés de brader leur terre contre une poignée de dollars ;
  • porteuses de revendications de « genre » aussi, dans une société équatorienne patriarcale, où une double discrimination, d’origine et de genre, souvent les pénalise.

Femmes en résistance donc, pacifiques et joyeuses, au cœur de ces sociétés qui, loin d’être moribondes, portent la promesse visionnaire d’une « aube nouvelle, quand richesses culturelles, savoirs et spiritualités de « toutes nos humanités » alimenteront un regard critique sur le modèle socioéconomique dominant ».

Si vous souhaitez découvrir le documentaire et organiser une projection en présence des réalisatrices, vous pouvez contacter Delphine Godfiron (delphine.godfirnon chez student.ihecs.be)

* IHECS : Institut des Hautes Études des Communications Sociales.
* Le Chant de la Fleur, un documentaire sur le sujet est disponible dans nos locaux.

Terra Nullius

Ce projet a été financé avec l’aide de l’Union européenne. Le contenu de la publication relève de la seule responsabilité des Amis de la Terre Belgique et ne peut aucunement être considéré comme reflétant le point de vue de l’Union européenne.