2005, BONNE POUR AGIR !

Horrifiés par les récents tsunamis, alarmés par les bulletins de santé catastrophiques de notre atmosphère (qui, selon un rapport européen, réduirait par sa nocivité nos espérances de vie de 14 mois !), de la biodiversité et du climat, est-il judicieux de vous transmettre nos meilleurs vœux pour cette année 2005 qui démarre ?

Nous formons le souhait, en tout cas, que les autorités de notre pays entendront les demandes pressantes des associations environnementales pour que stoppent l’usage inconsidéré des pesticides, l’urbanisation abusive des zones non encore bâties et le dé-tricotage des accès locaux aux transports en commun. La Belgique reste en effet réticente face à l’urgence de mettre la priorité environnementale au cœur de toute décision. Les mesures pour réduire les émissions de CO2 restent minimalistes. En Wallonie, le prix de l’eau intègrera désormais une partie importante des coûts de son épuration, noyant ainsi les efforts de prévention et « marchandisant » un peu plus cette ressource naturelle. En matière d’aménagement du territoire, Il est envisagé d’ouvrir aux aménageurs des terrains mis actuellement en réserve dans les communes. Cela signifie construire là où subsistent encore le plus souvent des pâtures et des champs.
Pas question, donc, de baisser les bras ! Les Amis de la Terre restent mobilisés. Ils repartent en campagnes pour inciter citoyennes et citoyens à diminuer leur consommation d’énergie, à mieux accueillir la nature dans leur jardin, à gérer durablement les précieuses ressources d’eau potable.
La force de notre mouvement, ce sont les actions menées par les membres militants bénévoles. Grâce à cette énergie renouvelable, nous pouvons d’ores et déjà vous donner rendez-vous les 23 et 24 avril prochains pour la quatrième édition de notre Salon de l’Eau et de l’Ecologie à la Maison qui se tiendra dans les locaux de NamurExpo. Le samedi soir, nous rechargerons nos batteries avec le groupe de musique folk Cré Tonnerre. Qu’on se le dise !

SIMPLICITE VOLONTAIRE ? PAS SI SIMPLE !

« Vivre plus simplement pour que d’autres puissent tout simplement vivre ». Cette citation de Ghandi caractérise une volonté de partage, un des moteurs de la « simplicité volontaire » (SV). Mais d’autres motivations se forgent dans la prise de conscience des effets des activités humaines sur la dégradation de l’environnement. La simplicité volontaire, c’est diminuer ses consommations matérielles et augmenter ses occupations à valeur humaine ajoutée (par exemple remplacer l’achat d’un nouveau vélo par un atelier de réparation organisé avec ses enfants). Trois arguments la soutiennent : écologique (moins peser sur la planète en diminuant le pillage des ressources naturelles), éthique (prendre en compte les populations défavorisées) et personnel (vivre mieux qualitativement). Parti de mouvements citoyens de pays économiquement aisés, le concept ne résoudra sans doute pas rapidement tous les problèmes écologiques et sociaux mais il offre aux overdosés de stress, de consommation et de relations humaines insatisfaisantes tout autant qu’aux écologistes des pistes pour "faire quelque chose" ici et tout de suite. Il permet aussi d’expérimenter d’autres modes de vie individuels et collectifs, " doux " pour l’Humain et la Terre. Des tentatives qui s’avèreront précieuses lorsque, demain, la pression des changements environnementaux et la raréfaction des ressources nous obligeront immanquablement à vivre autrement.

La SV ouvre aussi un débat, dans les organisations et les médias, sur une dimension plus politique : la critique, par l’abstention, d’une société de consommation inhumaine. Ses détracteurs jugent la simplicité volontaire passéiste (elle semble prôner le refus de moyens technologiques nouveaux alors qu’elle incite plutôt à envisager mieux leurs usages et leurs impacts écologiques), réductrice (elle ferait l’impasse sur les retombées économiques et sociales alors qu’elle implique plutôt d’y inclure éthique et souci de la planète) et caricature de la vraie pauvreté (alors qu’elle s’appuie sur le dialogue avec les démunis). Néanmoins, efficace et .. simple, la SV trace son chemin dans le paysage alternatif. Le mouvement s’amplifie, surtout dans les pays les plus riches du fait sans doute d’une motivation et de moyens de se mettre en réseau plus importants. Pour mieux l’appréhender et s’en forger une opinion, quelques rappels et indications.

De quoi s’agit-il ?

Moins consommer pour profiter plus pleinement de la vie. Pas pauvreté, mais dépouillement matériel volontaire laissant plus de place à l’esprit, à la conscience, aux relations .... Volonté de s’interroger sur les commodités modernes et d’en chercher des alternatives moins " pesantes " pour notre écosystème. La simplicité volontaire redonne la priorité à l’homme sur l’économique et permet d’évoluer vers une perception différente des besoins matériels. Remettre les choses matérielles à leur place secondaire implique et entraîne une réflexion personnelle profonde sur les valeurs, les priorités et les consommations. En découlent des changements dont une ouverture accrue aux autres et une mise en valeur de l’échange, la solidarité, la coopération. Des gestes pratiques concrétisent cette évolution. Ce sont notamment réduire (voire supprimer) :

- ses déplacements et privilégier les transports en commun, " doux " ;
- sa consommation de viande et favoriser les protéines végétales ;
- sa consommation d’aliments issus de l’agriculture, de l’élevage intensifs et privilégier les produits de l’agriculture biologique et de proximité ;
- la dimension des espaces habitables et en augmenter les performances énergétiques (amélioration du niveau d’isolation et du rendement du système de chauffage) ;
- l’utilisation dans son terrain de pesticides, d’insecticides, d’engrais chimiques et dans sa maison de solvants, de peintures synthétiques et de produits d’entretien dangereux ; privilégier des produits et procédés tout aussi efficaces mais respectueux de l’environnement.
- l’usage de la télévision pour récupérer du temps et son âme.

En contrepartie, la SV invite à approfondir les activités à valeur « immatérielle » c’est à dire des activités dont l’objectif n’est pas d’augmenter l’avoir mais d’améliorer l’être, des activités dont la mesure n’est pas l’argent mais qui mettent en jeu l’esprit, la conscience, la relation, l’aide. Exemples : développer sa créativité, s’impliquer dans la vie associative, accorder du temps à ses proches, soigner son alimentation, etc.

La simplicité volontaire n’est pas un modèle à suivre. Nous invitant plutôt à dépasser les menus et recettes données, c’est un fil conducteur personnel qui demande de réfléchir, de prendre du recul sur ce dont on a vraiment besoin pour être heureux. Cette démarche individuelle a des implications sociales par le débat, les actions collectives et la force d’exemple qu’elle induit.

Des enjeux

Léguer une planète vivable à nos descendants
Les ressources naturelles sont limitées ainsi que les capacités de régénération de la Terre. Or, chaque bien acquis, chaque produit utilisé, chaque litre de carburant consommé, ont un impact sur ce capital écologique. Mieux appréhender cet impact caractérise la SV. Des outils peuvent y aider. Le calcul de « l’empreinte écologique » donne la portion de Terre « consommée » pour assurer un mode de vie donné, exemple un américain du Nord consomme près de 10 ha, un européen 5,1 ha et un africain 1,2 ha (voir les travaux et le site du WWF : http://www.wwf.be/eco-footprint/fr). Celui de « l’énergie grise » évalue l’énergie cachée d’un produit ou d’un service nécessaire pour le fabriquer, l’emballer, le distribuer puis l’éliminer.

Enrayer la surconsommation

Selon le CRIOC (Centre de Recherche et d’Information des Organisations de Consommateurs), « La consommation des ménages va croissant d’année en année, ce qui a un impact négatif sur l’environnement du fait de la quantité de déchets produits, de l’augmentation des émissions de CO2 et des pollutions en général. Tout cela sans parler du surendettement des ménages... » . La publicité, qu’elle soit apparente ou relayée de manière plus insidieuse dans les médias qu’elle entretient, conforte cette surconsommation, envahissant l’espace et l’imaginaire. Ne tenant aucun compte des enjeux écologiques ou, pire, les récupérant dans son arsenal de séduction, la publicité est combattue par les tenants de la SV. Ils rejoignent ainsi la lutte des organisations anti-publicité et celle des féministes dénonçant ses dérives sexistes.

Consommer moins pour que d’autres puissent consommer
Les tenants de la SV, sensibles aux inégalités de répartition et d’accès aux ressources, choisissent la sobriété pour que les populations défavorisées de leur région ou lointaines puissent accéder à un meilleur bien-être sans pénaliser davantage l’environnement. En préférant des produits issus de circuits courts, ils allègent la pression exercée par la colonisation commerciale sur les choix et les méthodes de production. Ils organisent, par exemple des groupements d’achats de produits bio et locaux.

Organiser des services publics soutenables

Réduire la consommation, n’est-ce pas un risque de voir d’abord diminuer les « consommations sociales » : congés payés, protection sociale, accès à l’enseignement, aux soins et à la culture et autres services publics ? Au contraire, la SV favorise l’usage de ces outils collectifs permettant un mieux être mais elle incite aussi à réfléchir à un meilleur accès à tous et à un usage qui préserve les ressources naturelles et leur possibilité de régénération. Le recours aux médecines alternatives répond par exemple à ces critères.

Enrichir la sobriété par l’expérience des pauvres

La SV reconnaît que la satisfaction des besoins nécessite des biens matériels. Cependant, la SV remet en question le type de « richesse » vécue dans la société de consommation et produite aux dépens de l’environnement et des plus pauvres. Il ne s’agit ni de condamner les personnes qui ont un haut niveau de vie ni de sanctifier celles et ceux qui subissent une situation de pauvreté. La SV s’enrichit plutôt d’un dialogue entre ces catégories. Des outils de SV, comme les cuisines collectives et les groupes d’achats, sont par exemple issus des milieux populaires.

Analyser la SV selon le genre

Pour éviter que les choix de consommation et de comportements qu’elle préconise n’entraînent une aggravation des inégalités entre les hommes et les femmes, la SV devra examiner comment et qui utilise les moyens qu’elle veut réduire tout autant que les nouveaux acquis « immatériels » qu’elle favorise. Elle pourra ainsi orienter des choix pour un meilleur partage des rôles, des tâches et des revenus. Par exemple, remplacer la voiture par le vélo diffère pour celle ou celui qui se rend chaque jour à son travail et pour celui ou celle qui, en plus, conduit les enfants à l’école ou à la garderie.

Compléter les indicateurs économiques

Liée au principe de décroissance, la SV force à une conception plus humaine de l’économie et n’est pas sans effets bénéfiques potentiels. En effet, elle tend vers une activité économique modérée et de subsistance à long terme pour laquelle des emplois et des formations sont nécessaires. Elle augmente l’épargne des ménages offrant ainsi de nouvelles ressources. Elle induit la réduction de la dette des ménages et des nations et préconise une utilisation des ressources pour répondre à des besoins réels.

Repenser l’organisation sociale

La SV vise à retrouver du temps pour les engagements et les occupations sociales. Elle répond donc à un enjeu de citoyenneté. Si cela concerne l’occupation des temps libres (ou libérés), cela ne peut rester sans incidence sur le temps dit contraint, à savoir principalement le temps de travail. Cela touche également aux modes d’association puisqu’une des pistes de la SV est de s’unir pour faire plus avec moins et recréer ainsi le tissu des relations humaines indispensables à la vie. C’est donc toute l’organisation sociale qui est questionnée par cette option.

Distinguer principes et philosophie

De nombreux cheminements spirituels prônent le dépouillement matériel et le détachement des désirs. Cependant, malgré qu’elle ne soit pas en contradiction avec les courants religieux et spirituels, la simplicité volontaire évoquée ici en est indépendante. Elle concerne notre façon de vivre au quotidien et nos choix de vie. La composante religieuse ou spirituelle ressort du choix de chacun même si, dans la démarche à contre-courant de la SV, elle peut constituer une aide.

Un débat

Elaborés comme une recette de vie personnelle, les principes de SV ont très vite donné lieu à des réflexions communes, des échanges, des analyses et publications qui ont rassemblé autour du concept citoyens motivés et associations intéressées. Des réseaux se sont formés, au Canada, aux Etats-Unis, en France ... Des organisations écologistes, séduites par son impact environnemental, en ont fait l’objet de colloques et de groupes de travail comme au sein des Amis de la Terre du Québec, de France et de Belgique.
Dans les cénacles plus politiques, les notions de Décroissance et de Simplicité volontaire effraient plutôt. On en est à peine à entamer timidement la véritable mise en œuvre des principes du développement durable (DD), sensés concilier croissance économique et protection de l’environnement. Or, voilà que, déjà, la recette verte miracle du DD dégoûte par sa récupération mercantile exagérée et son impuissance à renverser la vapeur de la dégradation planétaire. Pourtant, quel politicien oserait, à l’heure des clivages croissants entre riches et pauvres, du chômage et des conflits lointains et atroces, proposer de produire et de consommer moins ? Tout au plus, la question est-elle mise à l’ordre du jour de colloques et autres ateliers et ce n’est déjà pas rien. Il reste qu’experts et personnalités lancent des appels de plus en plus pressants à freiner d’urgence les changements climatiques en cours. Cela donne du crédit aux options telles que la SV qui permettent de réduire la production de gaz à effet de serre.
La SV représente un point de départ valable vers le développement d’une conscience et de comportements susceptibles d’engendrer des transformations salutaires, d’abord sur le plan personnel, puis sur les plans social et économique.

Des références

D’Epicure à Ghandi en passant par Jésus ou Saint Benoît, nombreux sont ceux qui, peu ou prou, ont prôné avant l’heure la simplicité volontaire par démarche philosophique ou spirituelle. A notre époque, l’expression « simplicité volontaire » a été popularisée aux Etats-Unis par Duane Elgin dans son livre du même titre publié en 1981. Il s’inspirait d’un article de Gregg, un adepte de Gandhi, écrit en 1936 titré lui aussi du concept. L’auteur canadien Serge Mongeau reprit à son tour le titre « simplicité volontaire » pour un livre édité à Montréal en 1985 qui connut un retentissement important et fut réédité en 1998.

La simplicité volontaire se relie actuellement à un mouvement plus large prônant la décroissance économique, un terme volontairement « non récupérable » qui, lui aussi, a ses adeptes, ses théoriciens et ses militants. Le réseau le plus connu est le RQSV (Réseau Québecois pour la Simplicité Volontaire) qui organise ateliers, échanges et colloques et publie un bulletin entièrement consacré à la SV (le consulter sur le site http://www.simplicitevolontaire.org).

Des applications

Nous avons déjà donné des pistes concrètes de mise en œuvre du concept de simplicité volontaire, mais il peut être intéressant d’examiner quelques domaines sous cet angle.

Reconsidérer le travail

« Ralentir. Travailler moins, vivre mieux », ce slogan peut devenir réalité avec la SV. Source d’économie par des comportements plus sobres, privilégiant les échanges (y compris le troc) aux achats, la SV permet de vivre avec des moyens réduits et donc d’envisager autrement le travail rémunéré. Horaires allégés, postes moins stressants, emplois à haute valeur humaine sont ainsi préférés au carriérisme effréné. Recherche et réflexion se développent pour décider de ses activités de façon à « approcher de la situation idéale où nous disposons d’assez de ressources pour satisfaire nos besoins ». Pas plus, pas moins.

Vivre autrement la ville et les déplacements

« Mettre les freins » ; là, sans doute, réside le succès du mouvement de la SV auprès de citoyens surmenés et exaspérés par les heures perdues à se déplacer péniblement. Des autorités urbaines ont ainsi consacré leur localité à la qualité de vie, en bannissant la vitesse excessive et optant pour des aménagements propices à la détente et à la circulation lente. Le réseau fait tache d’huile en Italie où les « cittàslow » (ville lente) dépassent la quarantaine et font des émules en Allemagne, Norvège, Croatie... La simplicité volontaire s’applique en effet particulièrement bien au trafic urbain. Incitant à réduire les déplacements inutiles et les motifs de bouger, préconisant des circuits courts de production-consommation et des vacances proches, la SV fluidifie le trafic tout en diminuant les émissions de gaz polluants et de CO2.

Resto et littérature s’y mettent

La lenteur pourrait, elle aussi, faire l’objet de toute une analyse tant le concept se répand, des restaurants " slow food " où se dégustent produits biologiques et de terroirs dans un environnement convivial jusqu’aux productions littéraires vantant les bienfaits de la sieste et autres méthodes anti-stress.

Valoriser ses temps libres

Des pratiques collectives comme les services d’échanges locaux, les jardins communautaires sont également cohérents avec la philosophie et la mise en œuvre de la simplicité volontaire car elles contribuent à privilégier des échanges plus humains et plus proches et à diminuer une consommation industrialisée abusive.

La SV et les Amis de la Terre

Les Amis de la Terre du Québec ont organisé des colloques sur la simplicité volontaire et poursuivent la recherche via un groupe de travail. Les Amis de la Terre de France sont dans la même démarche. Depuis février 2002, la revue Silence, porte-voix en France de mouvements écologistes, pacifistes et féministes, consacre régulièrement des articles aux thèmes de la décroissance économique et de la simplicité volontaire, envisagées comme possibilité de remède à la dégradation climatique planétaire voire de véritables choix politiques.

En Belgique francophone, notre mouvement est déjà engagé pratiquement dans cette option par sa campagne pour une gestion durable de l’eau (valorisation de l’eau de pluie, utilisation de toilettes à litière, épuration par lagunage) à laquelle s’ajoutent la démarche « négawatts », l’organisation de groupes d’achats appliquant l’option des circuits courts, le soutien du commerce équitable, etc. Depuis septembre 2003, un groupe de réflexion approfondit les changements climatiques et les options susceptibles de les enrayer. Conscient que « si la volonté de changement ne peut être qu’individuelle, le changement de société ne peut se réaliser que collectivement », il a mis la SV au banc d’essai de ses pratiques d’éducation permanente. Son travail pourrait, dans un avenir proche, tisser un fil conducteur d’actions et de campagnes engagées par le mouvement.
Vivre plus en accord avec ce que notre Terre nous offre permet moins de consommation d’énergie et de matières premières, une recherche du bien-être non-matériel et solidaire, un souci d’améliorer la vie des personnes défavorisées d’ici et des pays du Sud. Dans ce sens la simplicité volontaire offre des pistes concrètes en accord avec la réalisation de nos objectifs.

Bibliographie : les références documentaires sont disponibles sur demande au siège du mouvement.