Journée d’hommage à Renée-Christine Bequet

Renée-Christine Bequet, militante des Amis de la Terre pendant plus de 25 ans et responsable du Groupe Local Ardenne, est décédée chez elle, à La Cornette (Bouillon), sur les hauteurs de la Semois qu’elle aimait tant, le mardi 17 juillet 2001, à l’âge de 67 ans.

La maison familiale et le jardin de Renée-Christine Bequet.
(photo prise en été 1993).

La tombe de Renée-Christine au cimetière d’Auby-sur-Semois.
Les oiseaux viennent régulièrement se poser sur la stèle en schiste.
(photo prise le 25/06/2016).

Son dernier combat, celui contre le cancer, elle a voulu le mener debout, jusqu’au bout, dans sa vieille maison familiale. C’est grâce à sa famille, à ses voisins dévoués et à ses nombreux amis qu’elle a pu mourir chez elle, dans le paradis naturel qu’elle a voulu protéger et mettre en valeur. En arrivant chez Renée-Christine, un panneau placé à côté de la vieille cloche de la barrière indiquait d’ailleurs sans ambiguïté : Refuge naturel.

Il est impossible de séparer le combat écologique de Renée-Christine de sa vie au quotidien : ce n’était pas de belles théories qu’elle défendait mais bien la nature vivante, cadre de vie des hommes, trop souvent victime, comme elle le disait elle-même, du pognon.

À l’occasion du 15ème anniversaire du décès de Renée-Christine, trois associations ont voulu organiser une journée d’hommage et de mémoire le dimanche 17 juillet 2016 (voir programme ci-dessous).

Ces trois associations sont : Les Amis de la Terre-Belgique asbl, l’association Grappe asbl et l’association Espaces pour Demain-Belgique asbl, créée à l’initiative de Renée-Christine et toujours active.

Le tourisme industriel destructeur

C’est au début des années 70, avec les nombreux projets délirants de villages de vacances, émanant le plus souvent de promoteurs hollandais, que Renée-Christine se découvre une âme de combattante. Elle fait le dur apprentissage de la confrontation, de l’indispensable connaissance approfondie des dossiers, de la démocratie participative (notamment grâce à la fameuse Loi Califice de 1976 qui imposait de l’affichage, une enquête et de la concertation dans le cas d’un projet de village de vacances) mais aussi des intimidations et des menaces. Dans le même temps, Renée-Christine, grâce à la chaleur de ses relations humaines, se crée de nombreux contacts utiles mais aussi amicaux un peu partout en Belgique.

Un jour de 1976, Renée-Christine tombe sur un petit article de journal annonçant une activité des Amis de la Terre contre un projet touristique à Spa. « C’était sans doute la première fois qu’on parlait des Amis de la Terre dans la presse. Il y avait un numéro de téléphone, j’ai appelé, je me suis inscrite. » C’est ainsi que débuta l’extraordinaire travail de Renée-Christine au sein des Amis de la Terre.

En plus de la lutte contre le tourisme industriel destructeur, Renée-Christine n’a pu s’empêcher de s’investir dans d’autres combats écologiques, tout aussi importants : tenderie (elle contribuera à faire coincer plusieurs tendeurs), plantations d’épicéas (sapins de Noël) dans les anciennes prairies de fauche, bitumage des chemins forestiers, aménagements urbains insensés, circulation des véhicules à moteur en forêt, curages et rectifications de cours d’eau, pesticides, élevage industriel, nucléaire (notamment à Chooz où elle se fera arrêtée par la Douane Française pour importation illicite de... maquée), usines polluantes, destruction des paysages... La liste est longue, très longue.

Nous nous souvenons de Renée-Christine lors des assemblées générales de l’association Les Amis de le Terre-Belgique lorsqu’elle venait, coiffée de son éternel fichu cachant son chignon bien serré, nous expliquer ses combats. En bonne ardennaise, elle argumentait avec ardeur et ténacité pour faire adopter ses motions. Elle apportait aussi, pour les partager, des provisions de chez elle : de la maquée aux herbes, des œufs, de la tarte, du gâteau, des légumes ou des fruits. En fin d’assemblée générale, c’était aussi le traditionnel partage des dossiers et des photocopies d’articles de presse et la signature de nombreuses pétitions.

Jardinage et élevage de moutons, de poules, de pintades, de dindes… étaient des activités quotidiennes de Renée-Christine.
(photo prise en été 1993).

Plumage d’une poulet élevé dans son domaine pour le partager avec ses petits-enfants et ses amis (photo prise en été 1993).

Un combat de tous les lieux et de tous les instants

Il est impossible de citer tous les sites qui ont fait l’objet de ses préoccupations : Boiron, Winenne, Doische, Trois-Ponts, Ottrée, Vaux-sur-Sûre, Auby-sur-Semois, Bêche, Amberloup, Arbre (Profondeville)... Mais l’évacuation des campings illégaux de Frahan-sur-Semois, menée avec Denise et Paul Frankinet, reste toutefois l’un de ses combats les plus spectaculaires. Ce paysage splendide, protégé désormais dans le cadre du Patrimoine Majeur de la Wallonie, est comme un joyau qu’elle nous a légué.

Carte postale ancienne. Frahan vu de Rochehaut.
Timbre oblitéré à la date du 07/04/1906.

Le panorama de Rochehaut vers Frahan-sur-Semois, débarrassé de son camping par Renée-Christine et Denise et Paul Frankinet, est devenu un atout touristique majeur en Province de Luxembourg
(photo © Maison du Tourisme du Pays de Bouillon).

Renée-Christine aura eu le courage physique et moral de résister à toutes les pressions et à toutes les menaces. Elle disait d’ailleurs : « Dans ce genre de chantage, celui qui gagne est celui qui aura les nerfs les plus solides. » Seule la maladie a réussi à l’enlever à sa famille, à ses voisins et à ses amis.

« Dans ce genre de chantage, celui qui gagne est celui qui aura les nerfs les plus solides. » (photo prise en été 1993).

Mais Renée-Christine ne se contentait pas de s’opposer : elle proposait aussi des solutions alternatives, basées sur son expérience et sa connaissance de la nature et des hommes.

Elle n’hésitait pas à faire des kilomètres, par tous les temps, pour aider des habitants désemparés face à un projet destructeur de leur environnement, pour assister à des réunions d’information ou de concertation, pour aller discuter avec des attachés de cabinet ou des fonctionnaires. Sa maison était devenue, au fil des années, un vaste centre de documentation et d’information. Son téléphone et son fax, cadeau du regretté Jacques Bosser, membre des Amis de la Terre, étaient de redoutables armes entre ses mains, autant d’ailleurs que les nombreuses lettres qu’elle postait chaque jour.

Renée-Christine partageait tout : amitié, produits de son jardin, œufs,... Elle donnait aussi volontiers des plants d’Onagre, cette superbe plante bisannuelle sauvage dont les grandes fleurs jaunes s’ouvrent, une à une, chaque soir durant l’été. Et lorsque nous admirons les premières fleurs au début de juillet, mois de la mort de Renée-Christine, ayons une pensée pour celle qui a mené, inlassablement, pendant plus d’un quart de siècle, un combat écologique et citoyen exemplaire pour la défense et le bien-être des habitants et des richesses naturelles de nos régions et de l’Ardenne principalement. Nous ne pourrons jamais assez la remercier pour tout ce qu’elle a accompli de bien, de beau et de bon.

Les plants d’Onagre donnés par Renée-Christine poussent un peu partout à sa mémoire. Ici, à Maredret (Anhée) (Belgique), d’où cette superbe fleur a été diffusée sous forme de graines auprès de dizaines de personnes en Belgique, en France et dans d’autres pays.

Renée-Christine aimait à faire découvrir les paysages familiers de La Cornette à sa famille et à ses amis (photo prise en été 1993).

Une nouvelle vie pour l’association Espaces pour Demain-Belgique asbl

Quinze ans après son décès, l’association Espaces pour Demain-Belgique asbl, qu’elle a contribué à fonder avec d’autres militants ardennais, existe toujours et continue à se battre pour que les générations suivantes puissent bénéficier des trésors que sont les paysages et la biodiversité.

Un nouveau conseil d’administration a été élu et mis en place lors de l’assemblée générale statutaire du 19 mars dernier. Lors de celle-ci, la demande de devenir groupe associé des Amis de la Terre-Belgique a été formulée.

Pour en savoir plus sur l’association Espaces pour Demain-Belgique asbl.

Lire l’interview de Jean-Marie Dermagne, cofondateur et conseil de l’association Espaces pour Demain-Belgique asbl.

Une journée d’hommage est organisée en sa mémoire le 17 juillet 2016.