Mise en œuvre de la gouvernance en cercle au sein des Amis de la Terre

par Sophie Dufour

Pourquoi faire évoluer notre mode de gouvernance ?

Force est de constater que les enjeux socio-environnementaux sont de plus en plus complexes. Les paradigmes évoluent. Beaucoup de projets collectifs d’envergure échouent faute de méthodes adaptées pour y faire face. En effet, ces méthodes sont souvent ancrées dans un modèle de gestion classique qui encourage un leadership individuel au détriment de la collaboration et de l’intelligence collective dont notre monde a pourtant besoin pour réussir à progresser.

C’est pourquoi, nous avons cherché une alternative au mode de gouvernance pyramidal classique constitué d’une combinaison de votes majoritaires et de décisions autocratiques. Il était capital que cette alternative soit en adéquation avec les valeurs véhiculées ; adaptée aux thématiques expérimentées et en concordance avec les buts poursuivis collectivement en tant qu’administrateurs, permanents et volontaires. A chaque niveau, il y a un besoin d’interactions, de participation et une volonté de pouvoir donner son avis, d’agir sur le collectif.

La gouvernance en cercle est donc une réponse proposée à celles et ceux qui croient que c’est en collaborant que nous pourrons dorénavant réaliser le plein potentiel de notre association et agir plus intelligemment devant la complexité de tous les enjeux.

« Il existe une manière plus simple d’envisager l’aventure humaine. Ceci demande une nouvelle manière d’agir et d’être. Être et agir sans peur, s’ouvrir au jeu, à la créativité et explorer les possibilités. Être prêt à apprendre et être surpris. » Margaret Wheatley

Comment avons-nous choisi ce modèle de démocratie participative ?

Suite à un long processus de réflexion interne inspiré notamment de la sociocratie [1] et de l’holacratie
 [2], nous avons mis en place un mode de gouvernance basé sur l’intelligence collective. [3] Notre volonté est d’aboutir à plus d’échanges, de partage et de création collective sans s’enfermer dans un type de modèle spécifique. C’est pourquoi nous élaborons une démocratie participative qui correspond à notre réalité et qui se base sur la gouvernance en cercle.

Parce que le processus est tout aussi important que les objectifs fixés, nous sommes accompagnés tout au long de cette évolution par 2 professionnels de l’intelligence collective : Dimitri Biot, formateur à l’Université du Nous Belgique et Vincent Wattelet, éco-psychologue et formateur au Réseau Transition. Débuté en janvier 2016, cet accompagnement vise à clarifier les champs d’action des différents cercles thématiques, c-à-d des différents groupes de travail ; renforcer la cohésion entre les différents groupes (administrateurs, permanents et volontaires des groupes locaux) ; développer des compétences internes et l’approche participative au sein des groupes locaux.

En quoi consiste ce mode de fonctionnement ?

La gouvernance en cercle est une technique pour penser les prises de décision et les modes d’organisation au sein d’une institution et ce, de façon horizontale, participative et directe, où l’initiative et le pouvoir se distribuent de manière équitable. C’est un processus qui nécessite l’ouverture d’espaces d’échanges sous la forme de cercles. Le cercle est un lieu d’expression et de concertation où chacun partage son expérience sur des sujets précis dans le respect de règles d’écoute et de parole. Les principes du cercle sont l’équivalence des membres qui le composent et l’implication, notamment à travers la pratique d’outils d’intelligence collective (chapeaux de Bono [4], forum ouvert [5], world café [6]…).

Au sein d’un cercle, 4 rôles sont attribués parmi les participants via une élection sans candidat [7] :

  • le premier lien : il s’assure du bon fonctionnement du cercle en définissant les stratégies et les priorités ; en coordonnant les rôles de tous les membres du cercle ; en allouant les ressources disponibles et en évaluant les performances du cercle ;
  • le second lien : il est le garant de la bonne santé et de la durabilité des activités du cercle en identifiant les tensions et en veillant à la bonne circulation de l’information ;
  • le facilitateur : il veille au respect des règles de gouvernance et des processus opérationnels adoptés par les membres du cercle ;
  • le secrétaire : il renforce la gouvernance interne du cercle en conservant les procès verbaux et en veillant à leur bonne tenue.

Le processus de décision employé au sein d’un cercle est la gestion par consentement. Le consentement signifie qu’il n’existe aucune objection valable et motivée à une proposition faisant l’objet de décision. En d’autres mots, la décision repose sur le fait que plus aucun des membres du cercle n’a d’objection motivée par des arguments valables à opposer à la proposition. Quand une proposition est formulée, chaque membre du cercle a le droit d’exprimer ses objections. Le processus vise ensuite à bonifier la proposition avec les objections pour obtenir le consentement. Chaque membre du cercle va faire en sorte que la proposition de départ évolue pour aboutir à ce consentement. Il peut aussi arriver qu’un membre du cercle ne soit pas d’accord mais qu’il adhère à la décision parce qu’il n’a rien d’autre à proposer.

Comment la gouvernance en cercle se met progressivement en place au sein de l’association ?

Nous fonctionnons sous forme de « cercles » c’est-à-dire de groupes de travail constitués à la fois d’administrateurs, de permanents, de volontaires voire de personnes ressources extérieures à l’association afin que tous les savoirs, savoir-faire et savoir-être indispensables se retrouvent parmi les personnes présentes. Les thèmes de ces cercles répondent à notre raison d’être [8] et nos besoins pour accomplir les missions. [9]

À ce jour, 7 cercles sont en construction : le cercle « cœur opérationnel », administratif & finance, communication, groupes locaux & membres, thématiques & projets, réseaux (FOI, FoEE et partenaires), ressources humaines. Ces cercles sont amenés à naître pour nourrir une raison d’être précise, à évoluer en fonction de ses missions et à mourir au gré de l’évolution des besoins de l’association. Au sein de chacun de ces 7 cercles actuels, une personne va faire le lien entre son cercle et ce que nous appelons le cercle « cœur opérationnel », lieu stratégique qui a pour objectif de mettre en œuvre les décisions prises par l’AG et le CA concernant les lignes directrices de l’association. Chaque cercle est donc représenté au cercle « cœur opérationnel » ce qui assure à chaque personne impliquée dans l’association une représentation dans les organes de décision.

Chaque cercle a sa responsabilité et l’autonomie qui va avec. Ils sont souverains dans leur fonctionnement, dans le choix des outils car ce sont des espaces d’apprentissage et d’expérimentation.

Qu’apporte la gouvernance en cercle aux Amis de la Terre ?

La gouvernance en cercle pousse plus loin l’exploration des processus de collaboration en maximisant les opportunités d’échanges et en multipliant les interfaces entre personnes. Elle est source d’inspiration et de soutien pour donner un nouveau souffle de vie aux réunions et animations. Elle permet le partage avec d’autres de valeurs plus humaines telles que le respect, l’ouverture, l’écoute et la confiance.

C’est par l’intelligence collective que les groupes et les organisations pourront être vivants, apprenants, pertinents, performants et résilients.

Les décisions prises sont beaucoup mieux suivies et appliquées car les personnes concernées par la décision ont pris une part de responsabilité et de pouvoir d’action en participant à la prise de décision.

En conclusion, la gouvernance en cercle est non seulement un outil et un mode de démocratie participative qui partagent le pouvoir et les responsabilités mais surtout un changement fondamental de l’esprit puisqu’il s’agit d’une autre manière d’être ensemble basée sur la confiance, la bienveillance et le lâcher-prise. Comme tout changement, c’est un processus qui prend du temps et demande de la patience dans sa mise en œuvre. Des formations et un accompagnement des personnes ressources sont indispensables pour adapter le mode de fonctionnement de l’association.

Vous souhaitez découvrir ce nouveau processus et participer pleinement à la direction que prend l’association ? Bienvenue ! Contactez l’équipe des permanents ou toute personne impliquée dans le cercle « cœur opérationnel ».

Notes

[1La sociocratie est un mode d’organisation du pouvoir où celui-ci est exercé par l’ensemble de la société. Le mode de prise de décision et de gouvernance permet à une société, un groupe, une entreprise ou une organisation de se comporter comme un organisme vivant et de s’auto-organiser.

[2L’holacratie est un système de gouvernance qui s’appuie sur des principes innovants et opérationnels pour permettre de faire émerger l’essence, la capacité d’innovation et le potentiel collectif de l’organisation en la libérant des peurs et des ambitions individuelles.

[3Dans un groupe, l’intelligence collective humaine est la mise en commun de la créativité, la capacité de réflexion et de résolution de problèmes de chaque membre du groupe qui partage ainsi les compétences et le savoir-faire.

[4Les chapeaux de Bono sont une méthode de réflexion qui permet de traiter les problèmes en évitant la censure. Pour cela, chaque participant adopte, successivement, les manières de pensée factuelle, émotionnelle, négative, optimiste, créatrice.

[5Le Forum Ouvert est une méthode pour structurer la forme et le contenu de conversations avec des groupes de 5 à 2000 participants. Il permet de traiter de sujets complexes et de produire une diversité de mesures concrètes en peu de temps.

[6Le world café est une méthodologie de discussion conviviale basée sur la reproduction de l’ambiance autour d’une machine à café où les participants viennent et débattent sur des thématiques précises. Cet outil fait émerger d’un groupe des propositions concrètes et partagées par tous.

[7L’élection sans candidat est un processus de décision collective qui permet la nomination d’une personne, au départ non candidate, dont les compétences correspondent au mieux aux responsabilités et tâches assignées au poste à pourvoir.

[8Notre raison d’être est de (r)éveiller les consciences en vue d’une transformation sociétale qui harmonise les relations entre les humains et qui replace l’humanité au sein de la Nature. A cette fin, nous travaillons à l’émancipation, la formation et l’accompagnement des citoyens en leur proposant des actions concrètes.

[9Nos missions sont de développer nos connections avec les réseaux internationaux (FoEE et FOI) ; de poursuivre notre expansion vers des publics plus larges et de prendre soin de l’humain au sein de l’association.